LES £TR£NN£S DU VOISIN
tambours et les fifres de notre dixième légion , ne s^est-elle pas fait écrire à votre porte?
LE UINISTRE.
La France est bien honnête ; mais ses politesses, auxquelles je suis d'ailleurs fort sensible , ne compensent pas les cruels chagrins qui me rongent.
LE Yoism.
Le poète a donc eu raison de dire :
Ni l'or, ni les grandeurs ne nous rendent heureux.
LE MINISTRE. '
Votre poète n'a dit que. trop vrai ; et si Ton en doute, qu'on me regarde : j'ai de l'or, beaucoup d'or; j'en suis tout cousu
LE VOISIN
Cbut ! parlez plus bas • les libéraux pourraient vous entendre.
LE MINISTRE
Les dignités, les honneurs pleuvent sur moi.
On ne sait pas tout : ils m'appellent JU. le comte , et je vous prie fort de croire que je suis duc^ en attendant mieux. Enàn , tout ce qui brille en France , je l'efface; et , après le roi , c'est moi,
itES ETRfiNNES DU VOISIN. 5
3aiis contredit. Mais, maigre toutes mes richesses , tout mon crédit , toute ma puissance , je ne suis pas heureux. Je le suis cent fois moins quMl y a dix à douze ans.
LE VOISIK«
Je le crois : vous n^étes pas dégoûté ; c'était le bon tems alors. Vous n'aviez pas le sou ; partant, point de soucis, point d'inquiétudes. Heureux les gueux ! La crainte de perdre ne tourmente que ceux qui possèdent. C'était encore ,
voisin, la saison des plaisirs des amours.
Jeune , aimable... ^. Vous avez la jambe fort bien faite.
LE MIiaSTRE.
On me l'a dit très-souvent.
LÉ voism.
Enfant chéri des dames et même de trèsgrandes dames.
LE MimSTRE.
Ah! cessez de me rappeler des jours trop tôt écoulés ; je soufBre davantage.
LE voism.
Vous souffrez, voisin, Eh bien ! souffrons en-