DE LA REINE D'ANGLETERRE
(Avril i8ai.)
Oui, sans cloute, elle est innocente ; mais n'en parlons plus. A quoi bon revenir sans cesse sur un point qui n'est plus en litige? Un procès mémorable qui, malgré les écbauflburées de Naples et du Piémont , n'est point oublié , a décidé une question que nos brochures avaient déjà fort éclaircie. Il est donc bien inutile de féumir de nouvelles preuves à l'appui d'un fait si rigoureusement démontré , et de venir encwe au secours d'une innocence qui n'est attaquée par personne. Puisque, ce qui, dans un cas de cette nature, est asses^ difficile , vous êtes arrivé à l'évidence ,
contentez* vons-^n ; je vous le conseille, même dans rintérét de celle que vous défendez. On sait ce que répondit cet Athénien auquel on de^ mandait pourquoi il proscrivait Aristide : « Je me lasse de l'entendre appeler /aj/^. » N'est-il donc pas à craindre que quelque esprit mal fait, comme il y en a tant , ne dise également : «< Je me lasse de Tentendre- toujours appeler la plus vertueuse des femmes, ce qui n'est pas , d'ailleurs , très-poli pour la mienne , dont la yertu , après tout, en vaut bien une autre. »
Le traducteur des Tablettes a pensé difiéremment. C'est pourquoi Ton trouve , au commencement de ce volume , un nouveau plaidoyer en faveur de la reine ; plaidoyer fort de preuves , et aussi puissamment raisonné que celui de M. Brougham, mais fort inutile, puisqu'il est reconnu qu'on ne peut plus rien ajouter à la conviction des juges et de l'auditoire. Autant vaudrait-il , suivant moi , entreprendre de prouver qu'Hercule était brave , que M. Baour-Lormian est le premier poète , et M. le général *** le premier orateur du siècle.
Puis , je voudrais qu'en défendant l'accusé , on fût un peu moins dur envers les accusateurs.
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Ce sont, il est vrai , des ministres ; et /dans un gouveraement représentatif, on n^est pas ministre pour avoir toutes ses aises. Mais , ministre ou non, réquité veut qu^on écoute ce qu^ilsont à dire pour excuser leur conduite. M. Desquiron de Saint- Aignan connaît aussi bien que nous les vilains bruits qui couraient sur le compte de son auguste cliente , bruits très-calomnieux , nous le savons aujourd'hui, mais enfin généralement répandus. Les ministres anglais n^ ont-ils pas pu, comme tant d'autres, être trompés par de fausses apparences.'^ Je Tai été tout le premier; car, entre nous , je ne la croyais pas si sage.
Je pense, au reste, comme M. Desquiron de
Saint- Aignan, que même dans Tbypotbèse où
rinnocence de la reine aurait été quelque peu
endommagée , se taire était encore le parti le
plus sage. Le bruit, en cette occasion, n'est bon
à rien : un grand philosophe Ta dit il y a long-
tems. C'est La Fontaine, et il faut 1^ croire.
Allez donc vous plaindre devant les tribunaux,
La cour sera sans doute fort touchée de votre
cas; mais son arrêt remettra-t- il les choses dans
l'état où elles étaient auparavant? Je ne serais
pas même surpris que les plus jeunes conseillers.
en opinant , eussent envie de rire. Quant an public , on ne connaît que trop sa malignité ; et aujourd'hui, pins que iamais, les rois ont tant de raisons pour ne pas le nettre dans la confidence de leurs chagrins domestiques! Leur légitimité a tant d'autres échecs h prévenir!
« Existe-t-il d'ailleurs, demande Irès-jndi- B cieosement M. Desqniron, exîste-t-il en An- ■ gleterre une loi qui punisse l'adultire commis » avec un étranger? » La législation est muette jt cet égard. Serait-ce , comme quelques-uns le pensent, un oubli du législateur? Ne serait-ce pas plutôt un privilège qu'il aurait voulu accorder aux étrmgers , que les lois anglaises ont , sous d'antres rapports, traités peu favorablement, privilège dont Valien £i// peut toujours corriger l'abus? Mous l'ignorons ; mais , soit oubli, soit politesse, quand la loi n'a point parlé, les juges sont obligés de croire qu'elle a eu de bonnes raisons pour se taire ; et ainsi ce procès Eamenx me parait , comme à M-. Desquiron, avDÎr été fort l^èrement engagé : on ne pouvait qne mettre les augustes parties hors de cause , dépens compensés.
Après la défense de la reine , nous lisons dans
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ses Tabktks une notice sur M. le baron Pergarni, d'autant plus curieuse qu^elIe est écrite par M. le baron lui-même, et qu'elle doit enfin fixer nos idées sur beaucoup de points historiques d^me haute importance-, que la mauvaise foi ou rignoraiice avait étrangement dénaturés. Toutefois , les biographes ne nous ont pas trompés en nous donnant M. Pergami pour un enfant de bonne maison. Il convient de ce fait ; mais « ma maison, dit-il, jadis illustre, était » tombée , par le malheur des tems , dans Fobs- » curité, et même dans Toubli. » Ce fut donc pour'la relever qu'il embrassa la noble profession des armes. D'abord soldat, on le voit s'élever, par son courage > au^ grade de maréchaldei^-logis-chef ; mais on n'en est bientôt que plus surpris de le trouver au service du général Pino , en qualité de courrier. Quelle chute ! M. Pergami nous apprend , il est vrai , qu'il était plutôt Vami du général que son courrier. On croira toujours que de pareilles fonctions convenaient peu à un gentilhomme d'aussi bon lieu, et ne convenaient pas davantage à un ancien officier d'état-major. Au reste, c'est surtout M. le gé-
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nëral Pino que je blâme ici. Comment a-t-il pu souf&ir que son ami devint son courrier?
Quoi qu'il en soit, M. Pergami passa bientôt au service de la princesse de Galles, et en la même qualité. Sa correspondance , qui forme la plus grande partie des Tabkttes de la reine , date de cette ëpoque, et elle renferme beaucoup d'anecdotes plus ou moins intéressantes, dont quelques-unes n'étaient pas encore connues. On voit d*abord avec plaisir que M. Pergami, malgré les bumbles fonctions qu'il remplissait alors, avait néanmoins des relations fort honorables. Presque toutes ses lettres sont adressées à des personnages de haute distinction; et, parmi ses correspondans , je ne vois guère que M. Tavocat Codazzi de Milan qui ne soit point titré , et n'ait pas de père gentilhomme.
Un jour , c'est à la comtesse A*** que Pergami écrit; un autre jour, c'est à la marquise B*** ; et le ton léger qu'il prend avec ces dames prouve qu'elles ne voyaient pas en lui un courrier vulgaire , et qu'elles avaient apprécié $ts excellentes qualités. On en jugera par le passage qui suit : « Mille baise-mains , aimable et cruelle
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» comtesse. En galant chevalier, je finis par » où ) ^aurais dû commencer. J'ai été malade à » la mort par Tefiet d'un événement affreux. Je » vous conterai cela un autre jour; mais n'allez » pas vous alarmer , je $uis hors de danger.
» Mon cœur seul, aujourd'hui, est malade, et » votre rigueur en est la cause. » Comment une comtesse peut-elle être cruelle, quand elle a affaire à un courrier si galant et si tendre?
C'est à Naples que M. Pergami eut le bonheur de rendre à la princesse de Galles un service signalé , qui ne pouvait rester sans récompense. Une main criminelle avait mêlé le poison le plus subtil au vin qui devait être servi à son altesse royale. Pergami but, par hasard, cette fatale liqueur, et sauva peut-être ainsi les jours de sa maîtresse. Voilà l'événement affreux dont il parle dans sa lettre à la cruelle comtesse. On .voudrait nous faire croire que ce vin empoisonné provenait du crû de M. le baron Ompteda , ministre du roi de Hanoyre. Mais où sont les preuves de cette atroce accusation? Et fallait-il recourir à <de pareils moyens pour prouver une innocence qui, si je puis m' exprimer ainsi , se prouve toute «,eule ?
Pergami, dont la vie avait été en pérS, fut élevé an: rang d^écnyer, et reçut en- même tems le titre de baron. La princesse ne borna pas là les marques de sa reconnaissance ; elle voulut avoir auprès d'elle toute la famille de M. Per* garni, la comtesse Oldi, sa sceur, et la petite Victorine, sa fille, que son altesse eut la bonté de faire coucher avec elle , fatale circonstance qui a àaamé lieu à un quiproquo bien fâcheux. C'était Vie tonne; et il a para plus naturel de croire et de dire que c'était* M. Pergami qui avait reçu de la princesse cette marque d'attention. On a voulu prendre la fille pour le père. Heureusement pour la reine ^ le ciel , qui protège rimocence , a déjoué les complots des méchans , et forcé les mauvaises langues à se taire.
II est bon de remarquer que M. Pergami devait, d'une manière ou d'une autre, faire une fortune brillante^ Murât, jdit Joachim P', iui offrit , à cette époqae , un régiment de lanciers , et lui offrit en outre un avancement rapide. A quoi tiennent nos destinées? Si M. Pergami n'eût pas refssé cette offre séduisante , il serait aujourd'hui, on «n'en 'peut pas douter , un des généraux de la grande armée napolitaine , et on