‹ L'hermite du Faubourg Saint-GermainChapitre 53 sur 54 · DE BENVENUTO-CELLINI · texte numérisé non relu

DE BENVENUTO-CELLINI

(JttilUl iftaa.)

LiES mémoires d'un artiste, quelle que soit sa célébrité j n^ofirent jamais , du moins à un grand nombre de lecteurs , qu^un intérêt assez médiocre; mais ceux que j^annonce sont une exception A la règle. Us plairont généralement, grâce aux étranges aventures qu'ils renferment , et au caractère plus étrange encore de 'celui qui les raconte. Quel bomme que ce Benvenuto-Cellini ! Certes , on ne connaît pas aujourd'hui un seul orfèvre , même un seul sculpteur , qui lui ressemble.

A-t-il affaire aux souverains , aux mattres de la terre? il prétend traiter avec eux de puissance i puissance. Il ne lui sliffit pas d^étre admiré, il veut qu^on le respecte ; j'ai presque dit qn^on le craigne. La tiare lui impose peu, le sceptre encore moins. Vous lé ioye% lutter d'abord à Rome contre les papes , et venir ensuite braver à Paris le dr^dh d'tiii pérsôilnagé pUi rfedfbdable ^tiè le roi lui-même , et qui pardonnait surtout moins facilement, de la duchéssé d'Etampes, tant il est convalhcu que tout doit céder à la supériorité de ses talen3 !

Quant à ses égaux , malheur à ceux dont il est, ou se croit offensé! Qu'ils se réconcilient bien vite avec Dieu ; car lent detKtiii^ë hétn n'^est pas trèis-élûignëe. Beïrrèiiiito^CeniM fié fatigué pas les tribuiidut de seii plainte^ : éùû ésK pingôle , son poignard , vdUà ée^ juges éC ses téii'^ geuw? il tCeti tùùiksAt pas d^autres. C*esf irt brave enfré léibraVes , et liièihë, q^anijé compté tous ceux qu'il â em&jh iéiie kftéfi^j Jé'né sais si je ne devrait pii Tdpt^ëlér nt ïétb^.

H ^st vrai qne^, lors^^^H^ fl'eii dut pas d<^x ou troii cent thilk slûtr^ys soiiS létii's ëirdrés , ott' péià aujourd'hui les héros de cette espèce ; mafe C^ésl

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répoqûë où te\ i^yttige nous réporttf ^ Tkëtdiûmé pouvait ^ftui pêliié s« dOustrairé à'cd dé^ sàgfénîeikf , citconâtaiice quiàdil fious faire Hi^ tachet end6t« pfoft de ftik àifiiÈ Mëiûoires M BenVèttUfO, ptiiiqti'Us oArèilt, danâ le cadre étroit de UMe d'un se^t lioaume , le iaMeati le plui^ fidète dè^ ititetit» d'un slèele turbulent où , sans invoquer dési lois trop souveiit impaissànteâ, chacun $e faisait justice à soi-même ^ et ne Voyait dans k veUgeancé que l'exercice d^uft droit naturel , où il i^tffBsàit aul coupables de se ménager iaf protection de quelque grand personnage, pour n'àVoir à cr^ndre ni los reclierclîés Jte^ h police, tti râoquende dés prbcuteurs-g^néraux^ L'hiâtoirè TaVàit dit $ les Mémoires dé fienve^ nuto-Cellini le démontrent. - .

c Cet artiste nàqttil atf toniraoïicetnent du seizième siècle. Il idOtti^ iipi^éifd , et il nous prouvé taêttiè, autisnt que ces cboses^là peniveut se prouvei", qtte les CêHM^ sont issus 4lnn vaillant capitaine qtii ser^ai^ dmk les ordres du conquérant des Gantes , et étt^ éfïiit même foit atmé. Cette origine est , comme on voit, assit belle, et fe connais en France de très-bons

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gentilslioimes qui ne roudraîent pas remonter plus haut» et qui seraient assez modestes pour se contenter de descendre d'an compagnon de César. Je ne m'étonne donc plus que Benyenuto ait été brave ; bon sang ne peut mentir.

Qnoi qu'il en soit de cetl^ noble origine , le ^re de Benvenuto était, A fortune , voilà de tes jeux ! fiûieur au palais^ et bornait son ambition à transmettre son tadent et sa place à son fils; mais heureusement celui-ci ne voulut ni l'un ni l'autre ; il se croyait fait pour être quelque chose de'mieux qu^un joueur de flûte. « J'a- '» vais , nous dit-il dans ses Mémoires, ce mau- •> dH ftùkr en horreur , » et l'Italie s'en félicite aujourd'hui; car elle sait qu^elle doit un de ^^ plus célèbres artistes à l'aversion de Benvenuto pour ce maudit flàier.

Très-jeune encore , une mauvais affaire , comme il en eut tant depuis , l'obligea de quitter Florence. Déjà le conseil des huit était assemblé pour le juger. Quoique fort de son innocence, il crut prudent de ne pas comparaître; il nous apprend qu'il y avait dans ce conseil un juge « qui aurait fait donner la question à un saint. » Or , comme il était à présumer que ce

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juge n'aurait pas plus d'ëgards pour un pauvre apprenti orfèvre , pour le fils d'un Auteur ^Benyenuto décampa , et il fit bien.

Le voilà donc à Rome. II y surpasse bientôt tous ses maîtres, et il y fait, pour les cardinaux et pour le souverain pontife , des ouvrages fort admirés , et qui le placent déjà parmi les artistes fameux de cette époque , que Tltalie appelle avec orgueil rage d'or. Point de doute qu'il n'en eût fait un plus grand nombre si son humeur belliqueuse ne Tavait sans cesse forcé d'interrompre sts travaux ; mais chaque jour nouvelle dispute, nouveau combat. « Benver » nuto , dit un écrivaÙQ de sa nation , était vin- » dicatif comme une vipère , et même un peu » traître. ». Le trait suivant, qui donne d'ailleurs une idée assez juste des mœurs du tems , prouvera que cet écriyain ne s'est pas tout-à* fait trompé.

Un certain Pompeïo , qui se promenait souvent dans Rome, accompagné de quelques mauvais gamemens de sa s<»te , provoqua un jour BenvenutO'Cellini par un sourire moqueur, « Je le » suivis, dit celui-ci, et lorsqu'il sortit d'une » boutique où sa mauvaise étoile l'avait con~

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n doit , je Wis à là ttâiH m pètH pk>ighaHl » ajfiié , et )e te îiti plongeai si tivéikient dans I» la poitrine que personne tie pilt lé sàoVér de n la mort. Je juré ^e je ne voulais que le èûh' » frer; msAi 6n ne frappé pas ôà Ton veiit. « Que le dél tdtis prëserre de parëille balafres! Mais si e'est ainsi que âénVeiitito balafrait les gens, je serais curieux de i^avoiir cdmitiént il s'j prenait lors<fU'il avait envie de faire mieux. Certes soil cas ëtait pendable; mais, fort de la protection de ieût përsofmages puissans , il ne fat paâ ttiéme pélldu put défaijtt. Sixte Quint n'était ^a& là. Il eût fait ^m&i^ 4 lui , tes protecteurs et le j^iCOtégé; eâr Tatitotité sttprétne est tôttjoiits respectée qUaUd èllë Veut r£tre , et te veut fôfftemenl. Oh ne > FiUâiilté 9 on ne Tou^ tràge, que lotii^u'elle à la faiblesse^ Ott plutôt la lâcheté dé te soUffHr, të qhî &it nattre tei révolutions, et les fait même quelquefois recoiâ-^ médcér.

Le sié^e de Rome fdutrtit fiietittftt à nôtre lié^ ros uiÀ plilà' noble occasion de stgààlèr si tableur. Le p^ethier qu^I tue e^t le cohhëtiblè lié Boui^bdn. C'était assez bien débuter. La suite y répondit. Enfermé , avec Cl émeut YII , dans

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le chStèaÉ '^iÊÉt^An\gt^ on cbdtge B^ny^nto de iàirifler le &u -de iâ prb^ipâle batterie ; il \t dirige si bien^ qae le nombre des ennemis dimi^ nue à Tiaed^i&il ; <et j^ erois que pas nâ n'en serait retira si h pm «tf été rîgnée fanit f <mns plus tdrd. L'historien, mairie long técit qii'il fait dt ses prouesses , aspire qti(e , « s'il voulait » embellir sa pk^ il àufâit des V^hoses bien plus »? surprenantes à nous iraconter ; » mais , comme il est modeste , il croit devoir lés passer sôus silence*

Permettez que César ne parle pas de lui.

€epemEanf il n'était pas tranquIRe. Ses exploits s sa gloire homicide , lui donnaient des crapules. Le connétable de Bourbon qu'il avait tné , ce général espagnol qu'il avait fendu en tffeiu: parts , le duc d'Oran^ blessé dangereusement par lui V tant d'antres enfin qui n'étaient inoarts que de son fait, pesaient sûr sa cousci^ce 1, et il voulut se débarrasser de eé fardeau. On jour donc que le pape lui témoignait combien il était ^ti^&it dé ses services , « {e me ^ jetai vdit«41 , ft ses pieds sacrés , et je lui de-^ >» mandai l'absolution pour tous les hoùiiÉides

•» que j^avais commis poiirle service de TEglise^ « Le pape leva la main , me fit une croix snr le » visage, en me disant qnHl me bénissait , et qa 'il » me pardonnait la mort de tous ceux que j'a- » vab tués et que je tuerais encore pour le ser- » vice de TEglise apostolique. »

Je ne sais quelle feuille libérale , scandalisée de cette absolution, qui lui parabsait légèrement donnée , a trouvé que sa sainteté avait la manche un peu large. Qu'est-ce à dire? combattre pour l'autorité légitime est-ce donc un péché si gros , si énorme , que le pape lui-même ne puisse pas en absoudre , malgré ses cas réservés? A ce compte , le trappiste don Antonio , qui n'y va pas de main morte, Tannée de la Foi, ou mieux l'Espagne presque tout entière, serait damnée. Quant à moi, j'avoue que, quelque prix que j'attache à l'absolution pontificale, je croirais très-bien pouvoir m'en passer en pareille circonstance. Ce n'est pas de ces homicides, qui étaient de bonne guerre, que Benvenuto aurait dû demander à être absous, mais de la cruelle bahrfre que sou petit poignard bien effili avait faite au signor Pomj>eïo ; et il n'y songea même pas.

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Doué d'une imagination fertile en expédiens, Benyenuto rendit au pape, dans cette occasion, un autre service bien important. Sa sainteté , voulant, si le château Saint- Ange était pris, soustraire du moins à la cupidité des vainqueurs les joyaux de la chambre apostolique, lui ordonna de les séparer de l-or sur lequel ils étaient montés. Cette opération fut bientôt terminée ; mais la chose la plus difficile restait à faire. II agissait de trouver une cachette pour les joyaux. Une idée fort heureuse vint alors à Tesprit de Bcnvenuto. « Je les enveloppai , dit-il, de petits « morceaux de papier, et je les cousis sur le n dos du pape. » Certes , ik étaient en lieu de sûreté. Qui se fût jamais avisé d'aller chercher les joyaux de la chambre apostolique sur le dos du saint père? Nos commissaires euxjmémes, qui cependant avaient le nez fin, n'eussent jamais deviné. qu'ils étaient là. Mais, après les avoir Ibng-tems cherchés en vain , ils n'auraient pas manqué de dire : Le pape nous a volés.

. Benvenuto eut plus tard des démêlés assez sinen avec Clément YII , et , en vérité , je n'en suis pas surpris ; on doit passer bien des caprices aux grands artistes , mais il en avait lui seul plus

Im

334 MKUtoia^s

qw tous les ^utx^^ qm^mblp. Qiicqiif^oQ a^vit bammes plus Cu^ta^que et sQrtottt.pIp&fiar : î^pcenaît avec le souvec^^ p<|Ptife \^ liberté qv^H aur^ût pu prei|4re av^c un vtçaife de Saint- B,9cb. N'o$a^t-Ur pas»* W jem, 1im leprocher d'a|voîr manqua de pfiririe, ce qql, cheft im pape i était fort vUaia? QéBieat VU cependant loi pardonna cette ûnpertmeiice » cenune U lui en avait pardonné t^nt d^antres.

Mais ce bon pape nionrat , et le« cbose»n^ se passèrent pas si ^iicen^^fc sens son âucces*

seur. B^nvem^to avait do noy^enj^ ennanîs, qu'il deyait , les uns à sa supériorité,, les anlres à la violence de son caractère et à aon petit poignard, bien af^lé. Or, une occasion de k perdre Si' éta^t présemée., ils nç bi l^sère^t pas écJjofff^. On Tacciisa. de s'é^eafipropiiié une p^^ie- de ces joya^i* qu'il avait si ingénifiosem^t coi;^us sur le dos dit dernier pape; C'était une odieuse caloannet, maisil.ft'eotfiiit pasimoias enfermé tD^-jons^.tems ^ dans le . cbâteam ' Saint-** Ang.e 9 qu^ son cburage avait si iMn défendu. Les.libér^iw voiit crier ici i Harbitaire, etje le. ]f u^ p^rmiete , il y a motif suffisant; nuûs qu^ils n'oubUe.nlf pas que^ dep«is que les liber-«>

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tés [wl^liques^oiit été chez U0113 sojlenn^llcmçQl gar^ipties , et les droits de Vbomms affiché^ au cota 4e toolçs les rae$ , il y a eu , et d^As un 4élaitrès-cpiv1;, pliis de d^tei^tions j^rl^itraires qa^on n^en peut reprQcIier \ toute 1^ yieiUe 09^ narchie : quajoul qp Iç sait y ou a quelque indulgence pour le seizième siècle, qui u avait qu^une Jdée a^seit confuse de la pondéiratipu des pouvoirs et de leui: équilibre.

ËP sortant de, prisoi^ , Benvenuto vint en Fi'ance , et y reçut ces nol^Iqs eucouragemens (|i]^un roi , pi^otecteuç éclairé des arts , accordait à . tous les t^len^. ]j[ai3 il eut le ujiallieur de déplaire à la duçl^sse d'Etampes, qui, au lieu d'çxçujser ses bizarreries et ses emportemens , tépétaits^^çesseàl^rançoi^P' : « Cethpnun^ ^ ii\ettra le feu à votre Paris. » En effet,, cet honuneTl^ était tçiçrible ; avait-il un prpcès ( et. disons-le en pas^a^it,. s^s procès ^ta|içnt de la. iiatprsi de ceui; qui sont aujpurd'bui [ngé^ à h|iis qlo$) y il ne. quauqus^it j;|fn^is de tqUMer s^ partie adverse. I^a duçhe^e d'Etauipes avait w- Gore 4'^Htres reproches à lui faire, Eufin^Jupitet tes fpuAit- tout:^fait irrécpnciliables.

Çe.nyçiimtP venait d'achever la statue das4ppr

▼erain des dieux. « Non , s*écrij^ le roi en la » voyant, non! il n^a jamais paru une si belle » chose dans le monde. » Comme il était nnit, M"* d^Etampes dit alors : « Ah! si on la voyait '» de jour 5 cette statue, elle ne serait pas si >' belle , et on lui a mis un voile pour cacher ses » défauts. » En effet, Tartiste , voulant que son Jupiter parût décemment devant les dames de la cour, Tavait couvert d^un voile très-léger; mais irrité de ce qu41 venait d^entendre , « de » dépit, ajoute-t-il , je déchirai le voile, et » mon Jupiter parut dans toute sa nudité. » La duchesse rougit de colère et de pudeur, se crut méprisée, et ne tarda pas à se venger. OOensat^on jamais une favorite impunément? Néanmoins Benvennto parle toujours avec respect de Frspiçois V ; il ne Tappelle jamais que son grand roi; enfin , c^est le seul des souverains avec lequel il regrette de s'être brouillé.

On devine sans peine de quelle manière cet homme singulier, de retour dans sa patrie, dut se conduire avec le duc régnant, Côme de Médicis. Celui qui avait tenu tète aux papes et aux rois, et qui croyait d'ailleurs descendre d'un compagnon de César , pouvait-il se montrer fort

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