‹ L'hermite en BelgiqueChapitre 11 sur 14 · FRAGMENT D'UN VOYAGE · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UN VOYAGE

devienne meilleur ? et ses droits pour qu'il en soit plus heureux. Mais l'influence sacerdotale que devient-elle alors? Ah! voilà le grand point; ma foi c'est embarrassant, car. . . .

Tout prêtre , dit saint Paul , doit vivre de l'autel.

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BINGH.

Tutto il mondo e fatto corne la nostra famiglia.

Polich.

Durant une de mes excursions dans le Hainaut, j'avais ouï parler avantageusement d'une petite bourgade fort renommée par sa kermesse et par la variété de ses paysages : l'envie me prit d'y faire une battue; et mon dessein , aussitôt exécuté que conçu, donna lieu au chapitre suivant, écrit en courant, et que je donne pour ce qu'il m'a coûté.

Rien n'approche de la beauté des sites pittoresques qui entourent Binch. Devant nous, dans le fond, s'élevaient les toits de la cité vers laquelle nous dirigions nos pas, resplendissant des rayons du soleil; plus haut à l'horison, la route qui mène à Gharleroi ; de ce côté , la colline boisée sur laquelle s'élevait jadis le château de Mariemont; de l'autre, la tour et les bâtimens de Bonne-Espérance , ancienne abbaye de Prémontrés. En continuant à me tourner de ce côté , je remarquai successivement les avenues du château de Rouveroy,

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voisin de la frontière de France ; les épaisses colonnes de fumée qui s'élevaient des machines à vapeur du Formage ' , la tour du château de Mons, les hauteurs de Casteaux sur la route de Bruxelles, et le moulin du Rœulx, qu'on me dit être le point le plus élevé de la province. Quelques légers nuages faisant jouer des flots d'ombre sur l'espace qu'embrassaient mes regards, animaient ce beau tableau. Mais l'heure du dîner approchait, force nous fut de le quitter bientôt.

L'entrée de Binch est difficile et même dangereuse lors de la rencontre de deux voitures pesamment chargées. Celle qui descend ne peut s'arrêter sut cette pente rapide, et celle qui se trouve surprise à l'entrée de la porte ne peut lui faire place qu'en s'exposant ellemême à verser sur un débord dont le plan semble disposé à cet effet. Depuis vingt-cinq ans, dit-on, il est question de remédier à tout cela : il faut espérer que ce projet se réalisera enfin sous un gouvernement qui entreprend trop de communications nouvelles pour qu'on puisse ne pas lui supposer l'intention de remédier aux dangers que présentent les anciennes.

La première rue que l'on parcourt porte le

: C'est ainsi qu'on nomme la contre'e à Test de Mons , où sont agglomérées les exploitations charbonnières.

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nom de Million, d'où l'on devrait conclure que ses habitans sont des millionnaires, qualification qui contrasterait visiblement avec l'apparence de ce quartier , l'un des plus pauvres de la ville.

Nous arrivons à la Grand'Rue ; cette fois le mot et la chose s'accordent bien ensemble, et cette rue est à Binch , proportion gardée , ce que la place de Meir est à Anvers. JN ous descendîmes à l'hôtel du Roi d'Espagne, que l'on voit au-dessus de la porte armé d'une cuirasse et coiffé d'une perruque à la Louis XIV; ce qui ne lui donne nullement l'aspect d'un roi constitutionnel. Tout dans cet hôtel se fait de par Sainte- Marie \ D'après cet aperçu, l'on peut croire qu'il n'existe pas entre le roi d'Espagne de Binch et celui de Madrid une aussi grande différence qu'on serait tenté d'abord de se l'imaginer.

J'attendais en nombreuse compagnie l'arrivée du potage , lorsque , frappé de l'aspect d'un groupe de panaches blancs semblables à ceux que portent les officiers de la maréchaussée .je courus à la fenêtre d'où je considérai un rassemblement de sept ou huit personnes vêtues d'habits bourgeois, mais chaussées et coiffées selon l'ordonnance de la grosse

• C'est le nom du propriétaire de rétablissement.

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cavalerie; ils s'empressaient autour d'un grand maigre, affublé d'une épée, d'une écharpe et d'une médaille suspendue à un ruban bleu de ciel. Qu'est-ce que cela? dis-je à haute voix. C'est, me répondit un passant, l'état-major des francs chevaliers. Peu satisfait de cette réponse , je reportai les yeux sur celui que la déférence des autres m'indiquait pour leur chef; et soit vérité, soit prévention, je lui trouvai l'air très -chevaleresque , et plusieurs traits de ressemblance avec S. M. Charles X. A table je renouvelai ma question, et par manière d'indicalion succincte, un jeune employé me conta l'histoire suivante.

Il y avait à Mons en 1822 une demoiselle sur le retour de l'âge qui comprit fort bien que, pour assurer le salut de son âme, elle devait se dessaisir de sa fortune en l'appliquant à une œuvre pie. On lui fit envisager combien il serait doux et consolant pour elle de finir ses jours dans une communauté religieuse où elle jouirait de la considération due a une fondatrice, et dans laquelle la jeunesse viendrait puiser une éducation chrétienne. L'autorisation royale lui fut accordée sous l'obligation de choisir, pour cet établissement, la ville de la province qui présenterait le local le plus avantageux à l'emploi des fonds et

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« qui posséderait le moins de ressources pour

l'éducation de filles. Binch remplissait les conditions voulues ; l'ancien couvent des Récollets fut acheté , restauré ; et l'année suivante une succursale de l'institution du Sacrécœur de Jésus de Mons fut installée ici par M. le curé de Sle-Waudru, fondateur et directeur de cette congrégation dans sa paroisse. Des troupes de jeunes filles vêtues en bergères et classées par rang de taille avaient été rassemblées ;

« Mais il eût été mal , » Quon n'eût vu daus la fête aucun homme à cheval. »

Tout ce qui parut susceptible d'enfourcher bête chevaline fut convoqué : on ne savait quelle tenue prendre ; l'on convint de porter une écharpe au bras , et une gaule à la main. Mais de quelle couleur devait être l'écharpe? un émissaire aposté par l'un des plus notables habitans de l'endroit , insinua que le bleu de ciel étant la couleur de la livrée du magistrat , dont le choix avait penché en faveur de Binch , il lui serait bien agréable, lorsqu'il viendrait présider à l'installation, de voir ses couleurs arborées par les chevaliers du sacré-cœur. Il s'éleva à la vérité quelques objections contre cette motion ; mais vous savez de quoi se composent ordinairement les tnajoiitcs , et

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certes dans cette assemblée, on n'avait eu garde de déroger à un usage consacré depuis Adam. La résolution fut donc emportée par acclamations , et tous coururent se faire écharper.

La cérémonie fut superbe ; il y eut marche triomphale, encensemens, bal, et repas, h la suite duquel les chevaliers cimentèrent leur association, résolurent de perfectionner leurs statuts et leur tenue , et décidèrent que chacun d'eux prendrait la qualification de franc chevalier. Un plaisant de l'endroit prétendit que l'on pourrait faire de mauvais quolibets sur une institution éminemment utile. Messieurs les francs chevaliers n'en continuèrent pas moins de se revêtir deux ou trois fois l'an , aux termes du règlement , de leur culotte blanche, de leur habit bleu et de leur cravate noire pour aller dîner chez leur commandant, après avoir eu soin toutefois de chausser leurs éperons et de se munir d'une gaule. Leur costume a donné lieu à de singulières méprises ; je me contenterai de vous citer le fait arrivé a l'un des chefs d'une grande société industrielle, du royaume, qui, ayant assigné un rendez-vous d'affaires à un notaire de Binch . ne fut pas médiocrement surpris de voir entrer dans le salon de l'hôtel où il ve-

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liait de descendre, un individu qui lui parut être un agent de la force publique, et qui l'appelant par son nom lui demanda , après les politesses d'usage , communication des papiers dont il devait être porteur. L'administrateur croyait qu'il s'agissait de son passeport; il éclata de rire lorsque l'homme de loi, déguisé à l'occasion d'un repas de corps, lui eut fait entendre qu'il désirait prendre connaissance du cahier des charges de la vente pour laquelle il lui avait fait écrire quelques jours auparavant.

La médaille que vous avez sans doute remarquée a la boutonnière du chef chez lequel ils vont dîner, lui a été décernée en sa qualité de restaurateur de la chevalerie binchoise ; et si les considérations que je vous ai fait connaître n'avaient déterminé impérieusement le choix de sa couleur , cette offrande de la reconnaissance aurait été appendue plus convenablement à un ruban lie de vin.

Et cette fondatrice , repris-je , n'avait probablement point de parens ? — Pardonnezmoi, monsieur, elle en avait, et même de trèsproches.

Nous finissions notre dîner lorsque les sons bruyans de deux clarinettes , d'une trombonne et d'une grosse caisse , annonce-

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rent que le bal allait s'ouvrir au Château. Je voulais m'y rendre sur-le-champ, mes compagnons m'engagèrent à ne point me presser, parce que le beau monde, retenu par les plaisirs de la table, ne s'y rendait que plus tard. Je continuai donc à écouter la conversation de deux commis-voyageurs et de notre employé qui passèrent successivement en revue quelques aventures de Binch : les avantages que procure à cette ville le commerce de dentelles , l'immense supériorité qu'obtiennent à plus d'un titre les commis-voyageurs femelles sur ceux de notre sexe , les avantages que présente la méthode de M. Jacolot appliquée à l'enseignement musical , etc. , etc. , etc. Ils firent aussi le calcul approximatif des ccrevisses que M. C. amènerait cette année au château. Ici une explication devenait nécessaire; ces messieurs s'empressèrent de me la donner, en m'apprenant qu'un bon vivant de l'endroit avait coutume de traiter largement ses amis du dehors durant toute la kermesse , et que l'aspect du groupe de figures enluminées qu'il menait ordinairement à sa suite l'avait fait comparer à un plat d'écrevisses. Enfin, nous laissons Cornus pour Therpsicore , nous traversons une place ornée d'une fontaine , monument d'utilité publique

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que ne possèdent point bien des villes plus importantes que celle-ci. On me fait remarquer le collège local qui fut choisi pour faire une retraite pendant les vacances de 1822, c'est-a-dire que 3o ou 4° curés des environs reçurent l'injonction de s'y réunir durant l'espace de huit à quinze jours pour se livrer en commun à des exercices de piété et ouïr les exhortations de prêtres étrangers à l'arrondissement. Cette mesure, me dit-on, obtint le double résultat de mécontenter les anciens fonctionnaires ecclésiastiques , qui avaient lieu d'espérer qu'on abandonnerait à leurs lumières et h leur expérience le soin de diriger leurs ouailles; et d'exciter le zèle inconsidéré de quelques jeunes gens qui se crurent appelés, comme une réserve de troupes fraîches , au secours de l'église militante.

Nous nous dirigeons vers un grillage peint en noir ; mes guides partageraient-ils la philosophie des habitans de l'antique Egypte qui exposaient une momie aux regards de leurs convives, afin de les exhorter, dit-on, à profiter gaiement de l'instant qui nous sépare de la mort? Je m'aperçois que j'ai pris le change : le son de la musique m'annonce que ce n'est point dans le champ du repos , mais bien dans celui du plaisir , que nous

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venons de pénétrer. Après que j'en ai dépassé le seuil , on m'invite à me retourner , et je lis au-dessus de la porte ;

Décence , urbanité , Dans ces lieux de gaité.

La leçon est fort bonne, elle me semble destinée à prévenir ceux qui arrivent ; ainsi placée , elle peut tout au plus servir d'explication tardive à ceux qu'on met à la porte.

Ce que l'on désigne aujourd'hui sous le nom de Château de Binch n'offre plus que le terrain sur lequel Marie, reine de Hongrie, sœur de l'empereur Charles V, fit jadis construire un manoir, dont il ne reste pour tous vestiges qu'un escarpement flanqué de tours sur lequel on a ménagé une terrasse qui présente aux promeneurs des points de vue fort agréablement variés. Des potagers enclos de haies vertes remplacentles bâtimens somptueuxoù se trouvaient naguère réunis tant de nobles dames, d'illustres chevaliers et de puissans abbés. Sic transît glo?'ia mundi. Mais en revanche l'on a ménagé au milieu d'un quinconce de peupliers une salle de danse d'un aspect champêtre, qu'entoure un double rang de chaises occupées par des dames qui, pour la plupart, surchargées de parures, forment un contraste choquant avec la simplicité du local. V amour-propre raisonne

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parfois bien mal, dis-je tout haut à l'aspect de quelques minois que j'aurais trouvés fort bien s'ils n'eussent été surchargés de plumes et d'oripeau. Heureusement je n'eus point à me repentir de ma promptitude , et je suis certain qu'aucune des personnes qui auraient pu trouver mon exclamation désobligeante , ne songea à s'en faire l'application.

Une contredanse commença. Je vis avec peine maint soulier de satin blanc sali par la poussière, maint autre déchiré par le choc d'un gravois que l'on n'avait pas eu la prévoyance d'enlever; la trop légère enveloppe ne pouvait préserver le pied de la danseuse, dont la douleur se trahissait par une grimace qu'elle avait grand soin de remplacer par un sourire lorsqu'elle se croyait observée. Les femmes comptent pour peu de chose la gène et la douleur pourvu qu'elles s'amusent !

Avez-vous remarqué, me dit un de mes guides , cette nymphe à la taille élancée dont les rubans couleur de feu sont en harmonie avec le teint mûri par les rayons du soleil? c'est l'amazone que nous avons vue tantôt entrant en ville sur un cheval traquenard qu'elle enfourchait avec tant d'assurance. Jetez un coup d'oeil sur ces deux ci-devant jeunes gens dont l'un débite en ce moment une déclaration

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banale à une jeune personne» qui meurt d'envie de rire de son ton pédantesque, et l'autre qui , fidèle h la culotte et aux bas de soie, agite ainsi que deux pioches ses énormes pieds emmanchés de deux jambes grêles. Cette jeune personne à la peau blanche, à la tresse blonde, est la belle limonadière de Binch, et le gros monsieur au toupet tondu de près, à la mine joviale, qui porte une énorme clef de montre et dont le vêtement nécessaire forme des plis qui décèlent l'absence tles bretelles, en est le Mécène ; protecteur de la gsîté et des beaux arts , il est en même temps administrateur zélé et éclairé des établissemens de bienfaisance. Observez-le dans ce moment : comme il paraît animé en dirigeant de l'œil et du geste les mouvemens d'une douzaine d'orphelins qui battent la caisse; il est toujours saisi d'un égal transport quand il s'agit d'une action utile ou d'une partie de plaisir.

Ces tambours annonçaient la 'fin du bal champêtre; nous nous empressâmes de regagner l'hôtel où nous attendait notre cabriolet; et tandis qu'on attelait notre cheval, j'inscrivis sur mes tablettes : Binch , petite ville fort amusante à voir pendant la kermesse.

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La situation de Tyr est heureuse pour le commerce ; cette grande ville semble nager

au-dessus des eaux Les Tyriens sont

industrieux, patiens , laborieux, propres, sobres et ménagers ; jamais peuple n'a été plus sincère, plus constant, plus sûr, plus commode à tous les étrangers.

Télémaque, Liv. III.

Si Gand eût fini par être la capitale d'un grand empire , son histoire ne serait pas moins intéressante que celle de Rome \ Effectivement en contemplant la cabane couverte de chaume de Romulus, notre imagination se plaît déjà à admirer les colonnes du Panthéon, le vaste théâtre de Marcellus, et se promène sur ce Forum qui vit les immortels triomphes des vainqueurs de l'univers, et où toute la grandeur romaine semble encore debout, assise sur de majestueux débris. Gand, au contraire , enclavée pour ainsi dire dans la mer du Nord, capitale d'une province conquise en grande partie sur les flots, et fertilisée par Jes sueurs d'un peuple infatigable et in-

• M. de Reiffenberg.

dustrieux, ne dut qu'à elle seule ses accroissemens successifs : elle ne porta jamais chez les nations voisines des mains avides , pour en revenir chargée de riches , mais sanglantes dépouilles.

L'origine de la ville de César I fut du moins plus noble que celle deRomulus, qui, pour peupler sa colonie naissante , offrit un asile infâme à tous les voleurs, les brigands et meurtriers de la Toscane.

Mais ce qui a surtout empêché la ville de Gand de s'élever à la célébrité dont jouit Rome, c'est que la Flandre n'eut jamais d'historien digne de ce nom. Des compilateurs exacts , des chroniqueurs laborieux, nous ont laissé, sans aucune raison, sans réflexion aucune, de simples annales destinées à perpétuer la mémoire des faits, des personnes, des dates et des lieux; mais nous avons toujours manqué de ces génies sublimes, tels qu'en ont produit Athènes et Rome ; écrivains dont la plume brûlante du plus noble patriotisme, exaltait , même quelquefois au mépris de la vérité, les plus minces exploits de leur patrie. Si quelques-uns de nos annalistes nous ont

• Selou quelques auteurs , Gand a été fondé par César » qui l'appela de son nom Caïus ou Gaius , Gaïa, d'où l'on aurait fait Gauda et Gaudavum,

laissé autre chose que des registres historiques , au milieu des tableaux naïfs et pleins de charmes qu'ils déroulent à nos yeux, l'œil du philosophe y remarque souvent avec peine une tendance à préparer les progrès du despotisme et à inviter les sujets à la servitude.

Trop peu nombreux pour former un état indépendant, les Flamands changèrent souvent de princes par des alliances ou des traités ; de la leur caractère politique fut souvent calomnié par des écrivains vendus à leurs maîtres. Aucun peuple n'est plus facile à gouverner sous un bon prince , ni plus difficile sous un despote ou un maître imprudent. Jaloux jusqu'à l'excès de la liberté, dont la lie de la nation jouissait souvent avec turbulence, jugeant avec calme les opérations du gouvernement, ils couraient aux armes, chaque fois que le prince, au mépris du pacte social qu'il avait juré, violait leurs privilèges. De là vient que l'histoire de la Flandre est une suite non interrompue d'impôts exigés, refusés d'abord, mais arrachés plus tard par quelque défaite sanglante , et ce qu'on appelle le droit du plus fort , comme si la force était un droit.

Gand, dont les monumens historiques ne font pas mention avant le viie siècle , ne mé-

rite guère le nom de ville que vers l'année 63o, époque où saint Amand, envoyé par le roi Dagobert, fonda deux abbayes célèbres, celle de S^Bavon et celle de S^Pierre. En 826, Charlemagne, afin de maintenir son autorité dans cette ville, envoya en qualité de prélat de ces deux monastères , le fameux Eginard, dont les amours avec la fille de son maître ont fourni àMillevoye la matière d'un joli poème , et ont inspiré l'auteur du joli opéra de la Neige.

Veut-on savoir de quelle liberté jouissaient les Gantois sous leurs comtes, dans le i2'ne siècle ? Ecoutons le commencement d'une de leurs chartes, où sont consignés les privilèges qu'ils regardaient avec raison comme une des sources de leur prospérité. Je suis persuadé que bien peu de rois seraient tentés d'octroyer, comme Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut , une constitution aussi conforme au droit naturel et contenant des principes aussi libéraux.

« Au nom de la Très-Sainte et Indivisible Trinité , etc.

» Il est conforme a la loi de Dieu et aux lumières de la saine raison, que les princes qui prétendent être honorés et servis par leurs sujets , se fassent réciproquement un devoir de respecter et de maintenir intacts les droits et coutumes raisonnables de ces derniers : et par ces considérations etc.

» Art. i. Les Gantois doivent à leur prince fidélité et amitié, aussi long-temps qu'il les traite conformément à la justice étala raison; car c'est en agissant ainsi que les princes régnent pour l'avantage de tous, etc., etc. »

C'est vers cette époque que les Vénitiens et les Français proclamèrent roi de Jérusalem un comte de Flandre, dont la brillante valeur avait beaucoup contribué à abattre l'orgueil des ennemis du nom chrétien. Alors l'étendard de la Flandre flottait tour-à-tour sur les murs de la ville sainte , sur les monumens de Constantinople et sur ceux d'Antioche.

Il est un Gantois célèbre dont la plupart des historiens, accoutumés à se copier les uns les autres sans remonter aux sources, ont singulièrement calomnié les actes et le caractère ; on devine que je veux parler du fameux Jacques Van Artevelde, père de Philippe , homme qui fut pendant sept ans ruwaert ou protecteur de la Flandre, qu'il éleva à un très-haut degré de prospérité et de richesse. Il avait à venger la mort de son aïeul , Seger le Cortroisin, décapité injustement en i33y, par les ordres du comte Louis, comme prévenu d'avoir favorisé le parti anglais. Craignant en outre de voir tomber la prospérité des fabriques de la Flandre, parce qu'Edouard III, roi d'Angleterre,

qui formait des prétentions sur la couronne de France , menaçait de prohiber l'exportation de la laine si les Flamands n'embrassaient sa cause, Van Artevelde fit cause commune avec ce roi, et essaya de détacher le riche comté de Flandre de la maison de Bourgogne. Pour parvenir à son but , il divisa la ville de Gand en deux cent cinquante voisinages, organisa militairement tout le peuple, et pour gagner plus facilement sa faveur, quoiqu'issu dune famille noble, il s'agrégea au métier des brasseurs. A la tète des corps et métiers, qui au moindre signal se trouvaient en armes au nombre d'environ 20,000 hommes, il soumit en peu de temps toute la Flandre a son pouvoir et en chassa tous les Lilie/is, ou les Français et leurs partisans. Malgré toute l'influence qu'il avait acquise , il ne put jamais obtenir de ses compatriotes de faire élire ie prince de Galles à la place du comte Louis. Ce tribun puissant, dont Fhistoire ne saurait entièrement justifier les attentats contre l'autorité de son prince légitime, fut assassiné dans sa maison, en 1 344 ? par les partisans des Français. Doué d'une éloquence facile, homme d'état et habile politique , guerrier courageux , tel est l'homme véritablement extraordinaire que quelques écrivains belges, après un espace de cinq siè-

cies, ont détaché du pilori de l'opinion, et ont réconcilié avec la postérité , le patriotisme et l'honneur.

Jacques Van Artevelde fut remplacé successivement par JeariYoens, chef du parti des Chaperons blancs, par Pierre FandenBossche, et enfin par Philippe Fan Artevelde, qui, avec 20,000 Flamands, périt en i38s a la désastreuse bataille de Roosebeke. Après lui, Ackerman , proclamé protecteur, essaya vainement de lutter pendant trois ans contre la mauvaise fortune de sa patrie. Les Gantois renoncèrent enfin pour toujours à l'alliance des Anglais , et jurèrent à leur prince une fidélité éternelle.

Une des époques intéressantes de l'histoire des Gantois est encore celle du mariage de Marie de Bourgogne, en 1 4 7 7, avec Maximilien fils de Frédéric III, empereur d'Allemagne. Cette alliance , qui fit passer les Pays-Bas sous la maison d'Autriche, fut la source, dit Voltaire, des guerres qui régnèrent pendant tant d'années entre cette puissance et la France; elle produisit la grandeur de Charles-Quint; elle mit l'Europe entière sur le point d'être asservie, et tous ces grands événemens arrivèrent parce que les Gantois s'étaient opiniâtres à vouloir marier leur princesse à Maximilien

et non à un prince français. Philippe-le-Bel, fils de Marie , qui épousa Jeanne-/a-.Fo//e , infante de Gastille et d'Aragon, donna le jour au fameux Charles-Quint.

Ce monarque, l'un des plus grands princes des temps modernes, naquit à Gand le 2 5 février i 5oo , à la Cour des Princes. Le bâtiment où il vint au monde est occupé aujourd'hui par la fabrique de MM. Coppens et Cappart. Jeanne , à qui l'amour pour son époux avait inspiré des sentimens de jalousie qui lui firent parfois perdre la raison, quoique se trouvant au dernier terme de sa grossesse , voulait assister à une fête qui se donnait au palais. Tout-à-coup elle sortit du bal pour satisfaire un besoin naturel. Les dames d'honneur qui ne la voyaient pas revenir la trouvèrent seule dans un lieu d'aisance, où elle venait de donner heureusement naissance à un prince. Quelques auteurs ont écrit que Jeanne avait voulu donner la mort à son enfant. On ne sait sur quoi repose cette assertion hasardée, et à laquelle l'imagination répugne à ajouter foi. Ce petit cabinet à l'existence duquel on ne croyait plus depuis longtemps , subsiste encore en dépit des différens propriétaires par les mains desquels il est successivement passé. Il était orné autrefois

de bas-reliefs représentant les plus beaux exploits de Charles-Quint : il sert aujourd'hui à renfermer les instrumens brisés et les vieux rouages de mécaniques à filer le coton. Il est à regretter qu'un semblable monument historique qui, en Angleterre, serait placé sous la garantie des lois et des magistrats, ne se soit pas religieusement conserve' à la postérité la plus reculée.

La gloire de Charles est trop grande pour que nous en parlions ici. Nous remarquerons seulement qu'elle serait bien plus brillante si ce grand prince, par faiblesse pour la cour de Rome et les préjugés de son siècle , n'eût le premier allumé les bûchers de l'inquisition, en i53o à Gand, et jeté les brandons d'une guerre civile, qui, sous son fils le farouche Philippe II, éclata avec fureur, et ravit à la couronne d'Espagne une de ses plus belles provinces. Nous dirons seulement quelques mots de la fameuse révolte des Gantois , comme on l'appelle vulgairement, afin de redresser un fait historique injurieux pour le magistrat de cette ville.

Tout le monde sait que les concitovens de Charles-Quint ayant refusé , comme ils en avaient le droit, un nouveau subside à l'empereur que son ambition entraînait dans des 2. 9

guerres désastreuses , et ayant mis à mort leur grand doyen Lieven Syn, accusé d'avoir déchiré le registre qui contenait leur titre d'exemption , Charles-Quint , après avoir traversé la France au milieu des fêtes que lui donnait sa dupe François Ier , parut dans sa ville natale comme un souverain tenant d'une main le sceptre et le glaive de Vautre. Des historiens, d'ailleurs estimables, ont avancé que tous les magistrats furent condamnés à venir demander pardon , la corde au cou et en chemise. Cette assertion est fausse. Cette punition infamante ne fut infligée qu'à cinquante cresers , ou hommes de la lie du peuple, qui, agités par toutes les passions fougueuses qu'inspirent le sentiment de l'oppression et l'amour ombrageux de la liberté, s'étaient portés à des excès que la meilleure cause ne saurait excuser. Le sobriquet de stropdracgers donné aux Gantois , date de cette époque ; il s'est conservé jusqu'à ce jour , malgré les défenses formelles de l'empereur qui condamnaient a faire amende honorable et à des dommages-intérêts quiconque emploierait cette expression injurieuse à l'égard d'un citoyen de cette ville. Un ancien poète , que je crois être le Gantois De Vriendt, fait allusion à ce fait historique dans les vers

suivans , où il passe en revue les dix principales villes de la Belgique.

Nobilibus Bruxella viris , Antwerpia nummis , Gandavum laqueis ; formosis Bruga Puellis : Lovanium doctis } gaudet Mechlinia stultis.

Sous le cruel Philippe II, l'histoire de Gand n'offre plus qu'une suite de pages sanglantes. Chaque jour les bûchers de l'inquisition dévorent quelque nouvelle victime : les ateliers sont déserts ; un tiers des maisons est abandonné par des milliers d'habitans qui fuient le despotisme , et les animaux paissent l'herbe dans certaines rues. Au milieu de ces calamités, les diverses provinces des Pays-Bas signent entre elles, sous le nom de pacification de Gand , une alliance célèbre et plus étroite, qui plus tard fut regardée comme une loi fondamentale. Le parti protestant ou des Gueux , obtint alors le dessus , et d'opprimé qu'il était devint oppresseur. À sa tête se trouvaient deux hommes violens, Hembieze et Ryhove; ils persécutent les Catholiques, et les Iconoclastes pillent et saccagent avec une fureur affreuse les riches églises de Gand. Hembieze , convaincu d'avoir voulu livrer sa ville natale aux Espagnols , porte sa tète sur un échafaud; Ryhove alla mourir en Hollande

d'une maladie qui dégénéra en une terrible frénésie.

En qub discordia cives

Perduxit miseros !

Philippe II était mort dévoré de chagrin et ayant sans cesse devant les yeux les flots de sang qu'il avait répandus. La Flandre renaît à la paix et au bonheur. Semblable à l'abeille long-temps battue par l'orage et retournant à ses douces occupations , après avoir secoué ses ailes chargées de pluie , le Gantois , sous l'influence du gouvernement pacifique d'Albert et d'Isabelle, s'adonne de nouveau à son industrie et aux arts , enfans de la paix. Rentrée sous le joug monacal des apôtres de la fixité, régie par les institutions stationnaires de l'immuable Autriche , à l'exception des règnes de Marie -Thérèse et de Joseph II , la Flandre marche a pas très-lents vers la civilisation et les arts. Nos prêtres . froissés dans leurs intérêts privés , proclament en 1789, qu'on peut en certaines circonstances s'insurger contre son prince, et préparent les progrès de la révolution française chez nous. On sait quelles en furent les suites déplorables. Du moins est-il vrai de dire que Napoléon en appesantissant sur nous son sceptre de fer, et en nous faisant prendre

l'autel de Ja victoire pour l'autel de la liberté , donna à notre commerce et à notre industrie une étendue qu'ils n'avaient peut-être jamais eue jusqu'alors, et la ville de Gand est proclamée la troisième ville manufacturière et commerçante de l'immense empire français. Ce qui est une preuve incontestable que le Gantois est bon et que l'on trouve facilement le bonheur dans sa ville , c'est que l'étranger qui y a fait quelque séjour abandonne rarement l'ancienne capitale de la Flandre pour aller chercher ailleurs d'autres jouissances et d'autres plaisirs. Il est souvent tenté de dire, en parlant des rives fertilisées par les eaux fécondes de la Lys et de l'Escaut , ce que le favori de Mécène écrivait des bords fortunés du Gales us :

Ille terrarum mihiprœter onmes Angulus ridet.

« Non, l'univers n'est rien pour moi, auprès « de ce petit coin de terre. » Franc et sincère, le Gantois est peut-être réservé et lent à former une amitié • mais comme chez lui ce sentiment ne repose jamais que sur l'estime, l'attachement qu'il vous a une fois voué, il le conservera toute sa vie ; il parlera peu de son amitié, mais au besoin il vous en donnera des preuves non équivoques. Sous le rapport de

l'esprit , beaucoup de bon sens et de justesse, joint à une instruction qui s'accroît de jour en jour, compense ce qui pourrait manquer en vivacité et en saillie.

Le commerce, l'industrie, et une habitude d'ordre et d'économie qui semble innée chez le Flamand, sont la source des plus grandes fortunes et de l'aisance générale qu'on rencontre dans toutes les classes d'habitans. Ceux qui vivent du revenu de leurs terres, ne dépassent jamais le budjet qui est ordinairement fait au commencement de Tannée, et toujours moindre que le revenu annuel. L'on serait fort embarrassé de citer plusieurs Gantois , qui à l'exemple de ce bon et naïf La Fontaine, mangent leur bien avec leur revenu. C'est pour cette raison qu'ils sont rarement forcés de renoncer aux douces aisances d'une vie simple et sans éclat et que les bouleversemens de fortune y sont rares. L'économie corrige , dans les années malheureuses, l'intempérie des saisons ouïes malheurs imprévus. On sent qu'avec de tels principes, on ne doit point transiger avec les devoirs de la probité et de l'honneur. L'activité et le travail, victimes des événemens , obtiennent les égards que l'on doit au malheur : mais si un banqueroutier osait étaler insolemment la fortune frauclu-

leuse acquise aux dépens de ses créanciers, l'opinion publique qu'on ne trompe jamais , en aurait bientôt fait justice. On ne lui rendrait plus son salut; les clubs, les sociétés nombreuses qui sont comme un centre commun d'affection et d'amitié, lui seraient impitoyablement fermés.

Le commerce des Gantois est peut-être un des plus anciens de l'Europe. Dans le xie siècle ils tissaient déjà cette toile éblouissante de blancheur dont ils faisaient un trafic considérable. Au commencement du xve siècle , le nombre des métiers d'ouvriers qui travaillaient à la tisseranderie, s'élevait à 4°?°oo. Aujourd'hui cette branche d'industrie , quoique bien déchue, est encore très-importante. Des fabriques de cotons imprimés et des filatures de coton, telles que celles de MM Fr. DeFos, Rosseel et com/A, A. Voortman , eU\, occupent chacune de 5oo à 800 ouvriers , et soutiennent très-avantageusement la concurrence avec les plus beaux tôssus anglais. Le commerce d'expédition, de transit et de consommation est encore fort considérable : naguère une seule maison avait en même temps en mer huit à dix bâtimens. Le canal du Sasde-Gand qui s'achève maintenant et qui doit faire un port de mer de la ville de Charles-

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Quint, produira sur le commerce, les plus heureux effets. D'après les données les plus probables, il paraît qu'il longera les remparts, depuis la porte du Sas , jusqu'à celle d'Anvers, et que là , les vaisseaux, par un canal de quelques centaines de toises, entreront dans l'Escaut qui les portera jusqu'à Anvers. Gand se prépare déjà à l'accroissement nécessaire qu'exigeront bientôt les besoins d'un commerce plus étendu. Dès à présent, l'imagination se plaît à élever de nouvelles maisons, de vastes magasins, de nouveaux établissemens le long du port projeté , et qui sera achevé dans deux ou trois ans. Qui sait jusqu'où peuvent s'étendre les conséquences de ce nouveau bienfait de la sagesse royale pour la ville de Gand, et s'il ne transportera pas en cette ville une partie du commerce immense qui se fait à Anvers ? Qui vivra, verra. En attendant, le haut commerce et l'administration de la ville secondent par leur puissante coopération, la volonté d'un roi qui croit n'être grand qu'autant qu'il travaillera pour le bonheur et la prospérité de ses compatriotes. Ce fameux Charles-Quint , que certaines gens exaltent à outrance , sans doute parce qu'il a implanté chez nous la sainte inquisition, a-t-il jamais fait pour sa ville natale la centième

partie de4 ce que Guillaume a fait pour elle ? Dans un pays voisin que l'on devinera bien sans que je le nomme, les millions prélevés annuellement sur l'industrie , l'agriculture et le commerce, servent à fonder, à doter des myriades de couvens, où de pieux fainéans et des filles inutiles au monde, consommant éternellement sans produire, s'engraissent aux dépens de la société, d'une sainte et molle oisiveté : chez ie Belge , au contraire , les millions que nous payons a l'Etat, tournent au profit des sciences, des arts et de l'industrie dont ils agrandissent la sphère. Nous pouvons répéter avec un jeune poète dont le nom m'est échappé ,

Le règne de la force expire ;

La rose a perdu son empire ; De l'utile et du vrai , le règne a commencé ; " Belges , consolez-vous ! votre horizon s'éclaire ,

Dans votre nouvelle carrière

Marchez avec sécurité !

Le bien est devant vous , le mal est en arrière ; L'industrie et les arts affranchiront la terre :

Le travail , c'est la liberté.

La vie domestique est pure, et partant le sang est très-beau à Gand , surtout dans les classes élevées de la société. Je ne dirai pas la même chose du peuple : pour passer les autres causes sous silence, entassé pêle-mêle

et sans distinction d'âge et de sexe dans des ateliers malsains et des fabriques où il passe quatorze a seize heures par jour, il devient trop souvent la triste victime de la corruption qui atteint facilement des hommes grossiers sans éducation. Les femmes du commun sont toutefois robustes, et jouissent d'un bon tempérament. On nous répète que nous valons moins que nos pères, et que nous ne sommes plus qu'une race dégénérée* les Gantois nous prouvent le contraire : cette haute stature , cette large et forte poitrine , cette figure fortement caractérisée , ces joues qui nourrissent des favoris épais, ces membres qui à chaque mouvement font jouer unfaisceau de muscles élastiques et souples témoignent que ce ne sont pas des hommes abâtardis et énervés par la mollesse et les débauches. Aussi ont-ils conservé toute la vigueur de caractère et la force d'âme sans lesquelles une population dégradée et avilie ressemble à une société de malades ou de vieillards de vingt-cinq ans, incapables d'agir , de commander et de rien faire de grand et de généreux. C'est à cette cause , soit dit en passant , qu'il faut attribuer en partie la bravoure et la valeur montrées en tout temps par les Flamands. Sans en aller chercher des exemples trop loin de nous,

nous citerons un seul trait de leur courage intrépide. Le 18 juin, dans les plaines de Waterloo , le prince d'Orange est entraîné par son ardeur au milieu d'un régiment français. Le 7me bataillon belge, formé en entier de jeunes Gantois, après avoir résisté héroïquement de passer à l'ennemi , dans les rangs de ceux qui naguère étaient leurs compagnons d'armes, s'élance à travers un mur de baïonnettes , et délivre le prince qui jette sa décoration au milieu du bataillon en s'écriant : Mes amis , vous l'avez tous méritée. Sous l'empire français, lorsque de terribles exigences arrachaient tous les ans les Flamands à leurs foyers paternels , Napoléon, qui savait les apprécier, leur rendait ce témoignage qu'au bout de six mois de service ils étaient de bons et courageux soldats.

L'étranger d'abord accueilli avec défiance est bientôt traité comme l'enfant du pays, quand il est connu et quand il sait se conformer à nos habitudes. Tous les Gantois se rappellent encore l'époque glorieuse où leur ville fut choisie, en 181 4, pour le congrès qui a mis fin aux hostilités entre l'Angleterre et la jeune Amérique. Les ambassadeurs de cette dernière puissance , MM. Quincy-Adam , Bayarl, Clay , Gallatin et Rus sel , accueillis

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