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S'il y a quelque chose à reprocher particulièrement aux enfans d'Albion^ c'est de porter jusqu'à l'excès les préventions nationales. Rien n'est plus louable que l'amour de la patrie, quand il se borne à donner un caractère national 9 à rendre Thomme fier d'être né dans son pays. Ce sentiment le soutient contre une foule de tentations ; l'empêche de comproniettre l'honneur du sol qui l'a yu naître ; l'excite à de hauts faits , et le porte à vouloir servir de modèle à cpyCM^e veut acquérir de rhbnneur et de la renommée. Mais quand ce préjugé septentrional, cet attachement pour son sol natal, pour son élan, pour ses parens, pour ses amis, qui, dans le sud , ne méritent pas toujours ce nom , s'arrogent des droits exclusifs , et prétendent à
6o MANIERES ETRANGEllES.
une préférence qui n^est fondée sur aucun autre titre ; quand Rorie Mac Favlan et Ronald Mac Favish peuvent à peine mettre les pieds sous la table d^un étranger , sans vouloir amener toute leur famille pour prendre part à la fête ; quand Jock Merrllies ou Chairlie Douglas ne peuvent entrer dans une société de commerce sans vouloir y intéresser , de manière ou d^autre , leurs cousins et les cousins de leurs cousins , ce sentiment touche presque à Tinjustice ; et Ton est effrayé en songeant combien Tair de TEcosse est prolifique , et en voyant que le pain y est si rare , que quiconque peut y mettra la main , veut l'accaparer entièrement pour soi et pour les siens.
L'amour du pays est un vain mot en Irlande ; il y est presque inconnu. L'Irlandais s'en fera pourtant un prétexte pour se battre , parce qu'il a rhumeur querelleuse d'un gladiateur; il en parlera beaucoup , parce que tout le monde parle en cette ile : la populace avec volubilité; les rangs mitoyens , avec circonlocution ; les classes supérieures , avec éloquence ; mais il a la tête et le cœur trop légers pour en faire le principe de sa conduite ; ses passions sont trop vives pour qu'il ne soit pas jaloux du succès d'un compa-
triote ; enfin il est trop inconsidéré pour s'inquiéter beaucoup à ce sujet : un bon compagnon est son concitoyen, n'importe le pays qui Ta vu naître. L^ Anglais est froid et calculateur, ferme et invariable , intéressé , mais équitable ; il rend justice à tout le monde. Sandy la rend à trois classes de personnes : d'abord à lui-même , ensuite à ses parens , enfin à ses compatriotes.
C'est pour cette raison que les étrangers s'introduisent moins souvent et réussissent plus difficilement en Ecosse que dans les deux autres parties des lies britanniques. LTcosse n'est pas une serre chaude pour les productions exotiques, et quand il s'y trouve une plante étrangère , elle n'y prend jamais qu^une croissance forcée. L'adoption des manières étrangères y est plus fréquente , parce qu^elle semble moins coûteuse , et cependant le véritable Ecossais est toujours gauche quand il veut s'en revêtir, et ce n'est que l'exemple des grande , la mode , le désir de faire comme les autres , ou T envie de donner à ses enfans un vernis plus brillant , qui peuvent le déterminer à les tolérer.
Pendant le demi- siècle qui a précédé les dernières années , on ne connaissait à Edimbourg ,
6a MANIÈJLES £1 EANOàUS.
en fait de mu^ue vocale et iastrumenlale itar' lienae , rien au dessus d'Urbani et de StaUIini , dont les talens ne s'éleyaient guère au delà du prix modique qu'ils y attochaient, et du paurre Corri, qui passa toute sa vie i &ire des testatiyes pour diriger le goût de la moderne Athènes ; qui échoua dans tous ses bab , dans tous ses concerts , dsms tous ses divertissemens , et qui, ayant pareillement manqué dans son commerce, alla mournr de chagrin sur le cotttinenL U était si malheureux dans toutes ses entreprises, quMI ayait coutume de dire qu'il était conyaincu que s'il se faisait boulanger , les habitans de la bonne ville d'Edimbourg cesseraient de manger du pain. Dans le fait, l'expérience lui apprit que quelque délicieuse que pût être une voix, quel-, que talent qu'cm montrât sur un instrument , quelque harmonie savante, ou quelque mélodie enchanteresse qui brillât dans une symphonie , une simple variation sur un air national rempor* tait toujours la palme et excitait un tonnerre d'applaudissemens.
J'en puis citer un exemple encore plus récent Un certain lord , d(»it le domicile n'est pas très-éloigné de nos frontières , ayait importé
MAIÏIÈAES ETRANGERES. 63
en Ecosse ime macchaodbe d'un nouveau genre sous la forme d'une cantatrice italienne. Elle avait une méthode de chant qui appartenait, sans contredit, à la meilleure école; cependant le psé- )ugé national était tellement prononcé contre ce nouveau style, qu'elle ne fut pas goûtée ; et une dame respectable ^ à qui l'on demandait qui avait chanté telle ariette ilaliemie , répondit en levant les épaules : « Ce n'est que Meljy » , voulant dire Jusiinelli ; et son ton en disait encore plus que ses paroles.
Quelques personnes aCTectent d'avoir du goût pour les arts étrangers ; mais la sincérité n'est pas de la partie. D'ailleurs le chardon* n'est pas une plante qui plie comme le roseau , et ce sera presque un miracle si les opâras italiens et les bals masqués attirent jamais la foule dans la capitale de l'ancienne Calédonie.
Nous donnons ces détails sans aucune vue de blâme ou d'apprpbation ; nous les rapportons comme des faits appuyés sur l'expérience. Les spectacles ne sont pas même suivis à Edimbourg comme en Ângleterre.i?eu de gens les fréquentent
* Le cbardoB est rembléme de FEcosse » comme le lis est celui de la Fraace.
habituellement ; on n'y va que rarement , par occasion , et l'on y est attiré par quelque vue secondaire , comme la curiosité de voir soit un nouvel acteur , soit un personnage célèbre ; mais les habitués du spectacle ne suffiraient pas pour nous payer l'éclairage de la salle. Les théâtres, les cafés , les rendez-vous amoureux , les tables de jeu , plus dangereuses que tout le reste, font les délices de nos voisins ; son chez soi , son coin du feu y son violon et sa cornemuse , son réel * et sa ballade , sa bouteille et son ami , sont les passe-^tems de l'Ecossais. Cette jouissance est plus sûre et moins dispendieuse que toutes les autres , et elle convient mieux à ses goûts et à son caractère.
La candeur et la philantropie condamnent une antipathie sans raison et un égoïsme exclusif ; et la compassion et l'hospitalité doivent toujours accueillir l'étranger qui cherche secours et protection sur la terre de la liberté. Sandy est très-disposé à le recevoir en lui tendant la main et en lui pr&entant un verre ; mais il faut qu'il soit modéré dans ses espérances, modeste dans ses prétentions , discret dans ses projets d'intro-
* Danse écossaise.
duire des nouveautés dispendieuses , en un mot, qu'il ne se mette pas aussi à son aise quMl pourrait le faire à Londres ; car si on ne le regarde pas tout-à-fait avec méfiance, on le surveille du moiiis avec vigilance , et il se passera longtems avant qu'un étranger puisse gagner par des cabrioles , en Ecosse , le cœur et la main d'une riche héritière.
Hayden est le musicien étranger le plus en vogue en Ecosse. Veut- on savoir pourquoi? c'est qu'il a ajouté de charmans omemens à plusieurs airs nationaux. Sans cette raison, la musique d'Hayden n'y aurait jamais fait fortune.
Du côté de la morale , la balance penche en faveur de la Calédonie ; du côté du goût et du ton de la société , c'est l'Angleterre et l'Irlande qui l'emportent. Un moyen -terme heureux est ce qu'on doit souhaiter à chacun de ces trois royaumes.
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