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relies , la vengeance , le meurtre , et quelquefois même le suicide. Ce serait perdre le tems que d^en citer des exemples; ils ne sont que trop nombreux , et ils augmentent malheureusement tous les jours.
La froide et prudente Calédonie ne compte qu^un petit nombre de ses enfans qui soient infectés de ce vice , parce que la fainéantise n^est pas le défaut habituel des gens qui n'ont que peu de fortune , ou qui sont obligés de suivre une profession pour se procurer des moyens d'existence ; car lorsqu'on est une fois accoutumé à une vie active et industrieuse , on devient naturellement ennemi du jeu. Il faut pourtant convenir que Sandy y prendrait goût assez aisément s'il était à moitié sûr de gagner ; mais il n'est pas tenté de confier au hasard ce qu'il a eu tant de peine à obtenir : il est trop prudent pour commettre une telle folie.
n est bien vrai qu'un homme qui occupait un rang très-élevé dans l'armée , laissa naguère à ses filles une immense fortune , produit des dés et des cartes , et qu'il était né dans l'empire du chardon. On ne peut nier aussi qu'il ne s'y trouve
quelques hommes tares qui vident les poches de leurs concitoyens et qui exercent leurs brigandages dans de splendides appartemens ; mais le nombre en est peu considérable, et la plupart Tont mettre à profit leurs talens dans le sud de la Grande-Bretagne ; le petit théâtre sur lequel ils pourraient les exercer dans la capitale de TËcosse , la vigilance des magistrats de cette ville , le bon ordre qui y règne et la prudence de leurs compatriotes n'étant pas favorables à leurs infâmes spéculations. On y connaît un repaire obscur et méprisé , hanté par ceux que possède la fureur du jeu , et dont la funeste influence ne sVtend que dans un cercle assez étroit ; mais ces rendez -vous splendides de Londres, ces enfers * réguliers où de nobles aigrefins mettent également à contribution Anglais et étrangers , ne se sont pas encore établis au delà du Tweed ♦♦.
Nous avons encore à apprendre ce que pourra produire la fureur de tout mettre à la'moderne
* Nom qu*on donne à Londres aux maisons de jeu. ** Fleuve qui sépare FËcosse de l'Angleterre, du côlë de Torient.
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dans Auld Reâkie , et de faire des voyages sur le continent ; mais il est probable qu^il se passera encore bien du tenus avant que le véritable Ecossais tombe dans Fabratissement du joueur de profession, s^expose an hasard de n'avoir qu'un hôpital pour refile , on au risque d'être eoildamnë à faire tourner la roue du moulin à pied * Le peu de feu qui exis^te actuellement à Edimbourg est sur une si petite échelle , qu'il est plus méprisable que réprëhensible. On ne peut que rire en voyant mis^ress Eléphant (nous la nommons ainsi. à canse de sa taille) déployer tant de persévérance et d'avidité en jouant au ^îsth ou au «brag ** avec des élégans surannés et de vieilles filles , pour gagner peut-être une demiguinée ou perdre sa bonne humeur ; et il est à , peine possible d'avoir pitié ée ce jeune clerc qui se fait un honneur de perdre sonargeivt en jouant avec une dame titrée : ces fautes vénielles s'é* vanonissent devant les péchés mortels qui se commettent dans 'd'autres capitales, et dans des
* Occupation actuelle , dans les prisons d* Angleterre, de quiconque est condamne aux travaux forcés. »* Jeu de cartes écossais.
^ères 'phis «levées ; et puisse-t-^il en être ainsi bien long-^tenis !
Après ces remarques préparatoires , dont aucune persoime ccmnaissant TEcosse ne peut nier la vérité, te récit aussi court ^e fidèle que nous allons faire ét<»uiera nécessairement le lecteur. Je ne me permettrai de faire connaître ni le tems, ni le lieu , ni les noms ; mais le triste souvenir de révénement que je vais rapporter est encore tont frais dans T esprit de ceux à qui il a arraché des imprécations bien méritées contre les êtres fanmoraux qui ont été la cause de cette scène tragique. Je laisse à la conscience coupable de ceux-ci le soin de s^y reconnaître.
Un jeune homme, petit de taille et encore moindre d^espt it , était du nombre de ces jeunes gens qui font du peu d'années qui doivent être consacrées à l'étude un tems de plaisir et de dissipation ; qui dévouent leurs matinées au billard , leurs soirées à la taverne , et leurs nuits aux dés et aux cartes , qui , sans qu'on }oue très* gros jeu , peuvent pourtant produire de bien fuaestes effets , comme on va te voir. Ce jeune homme , fréquentant habituellement un certain
café , avait coutume d'y recruter, enittnaiit, ies compagnons avec qui il pût passer la soirée en se livrant aux seuls plaisirs qui pussent convenir à son esprit borné. Comme il avait souvent à payer leur écot, il se trouvait, à la fin de chaque trimestre , avoir dépensé quelque chose au delà de la somme qu'il avait à recevoir , et enfin il fut arriéré de tout un quartier.
II n'imagina pas d'autre ressource qu'en empruntant , et , s'étant adressé à un digne homme qui escomptait des billets au taux le plus raisonnable, car il prenait rarement plus de vingt à vingt-cinq pour cent , il réussit à en obtenir cent cinquante livres sterling en échange d'un billet à ordre payable à trois mois. Mais comme, pendant cet intervalle de tems, il ne changea pas de manière de vivre , il arriva qu'à la fin du trimestre il se trouva dans le même embarras pécuniaire qu'il avait éprouvé trois mois auparavant.
Pour faciliter la négociation de ce billet , un de ses amis , un véritable ami , avait consenti à \ endosser. Il était donc devenu responsable de cette somme, et, à défaut de paiement, il pou-
vait être envoyé en prison. Us allèrent trouver rnsurier , qui parla beaucoup des inconvéniens que lui oceasionerait le renouvellement de ce billet, et qui fit valoir Tindulgence et la complaisance dont il donnait une si grande preuve en y consentant. Bref, il voulut bien prendre un autre billet à trois mois , revêtu des mêmes signatures , et , pour couvrir les intérêts et d'autres frais accidentels , le nouveau billet fut porté à deux cents livres. Il avertit en même tems Tami du jeune bomme que , si celui-ci ne l'attaquait pas à r échéance , il s'adresserait à lui pour en obtenir le paiement , attendu que , passé cette époque, il lui serait impossible d^accorder un seul jour de délai.
Le débiteur principal s^épuisa en protestations d'exactitude, et, dans le fait, la crainte de compromettre son ami fit qu'il écrivit à ses paxens pour leur avouer sa faute. Ceux-ci lui envoyèrent la somme nécessaire pour payer son billet, en joignant à cet envoi une réprimande ^vère et une injonction sérieuse d'être plus circonspect à ravenir, et ils eurent même la pré^ caution de ne lui faire toucher les deux cents I. 4
livres que ia T«ille de l^échéance : acte de pnr^ denee dont révénement prouva Finutilitë.
Le cœur joyeux et la poche bien garnie , il se rendit au café qui était son tendez-vous habituel , y trouva ses compagnons ordinaires , et leur fit part de sa satisfaction. Il n^alla pas chez son véritafble ami ; il comptait le voir le lendemain matin pour lui montrer le billet acquitté et le remercier du service qu^il lui avait rendu. Il dina gahnent , but encore plus que de coutume , se laissa entraîner au jeu , et perdit jusqu'à sa demiëre livre. Son ivresse se dissipa alors ; il songea quHl ne lui restait aucun moyen d^acquitter sa dette ; qu'il pouvait ^tre envoyé le lendemain en prison ; que son ami pouvait partager le même sort , sans qu'il pût rien faire pour le lui éviter; enfin les remords et le désespoir s'emparèrent de leur victime. Les horreurs d'une prison n'étaient rien auprès de l'idée d^avoir trompé l'attente de son ami et de le laisser dans l'embarras. Il n'avait pas le courage d'implorer une seconde fois la compassion de sa famille , et il ne lui restait aucune autre ressource. Ses amis, ceux qui avaient partagé ses dépouilles , 1 -empé-
cheraient-'ib .de tomber dans Tabiine ? ils étaient peut-être alors occupés à rire à ses dépens.
Il passa la nuit sans dormir, dans une agita^ tion fiéyrease , et n'étant pas plus retenu par la religioB que par la raison , il se détermina an siiicide , et n^hésita plus sur le genre de mort quHl choisirait. Armé d'un pistolet dWé main, tenant de Tautre un poison mortel , il fut quelque tems sans pouvoir se décider à faire un choix. Enfin , il parait que le courage lui manqua pour se tirer un coup de-pistdet , et qu'il avala le fatal breuvage. Il était mort quand on le trouva dans sa chambre. Son trépas ne produisit aucun effet sur l'usurier. Il lui restait une antre victime parmi les vivans, et il usa;de toutes les rigueurs de la loi pour forcer un malheureux à payer une dette que Pamitié seule Tavait engagé à contracter. Les joueurs crièrent : « Le pauvre diaUe! » Mais ils auraient volontiers sacrifié , à pareil prix 9 un autre pauvre diable toutes les 'icmaines.
De tels événemens arrivent tous 1^« jours dans des capitales comme Paris et Londres sans qu'on y fasse attention ; mais à Auld Reekk , celuici produisit une sensation terrible et générale.
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Puisse-t-il faire une semblable impressiiHi sur l'esprit de tous les jeunes gens, et leur inspirer une borrenr salutaire du jeu! La seule consolation qu'on y trouva , c'était qne cet infortuné n'avait pas reçu le jour dans le pays dti chardon; mais ce n'en est pas une pour le philaatrope et le cosmqtolite.