UNE LOGE DE FRANCS-MAÇONS
Quoique les obligations solennelles que contracte un franc-maçon lui rendent impossible de révéler les secrets et les mystères de la francm^^nnerie , cependant il s'y trouve des choses qui doivent être rendues publiques et qu'il est permis de .divulguer : par exemple , les principes de cette association, Futilité dont elle est, le but qu'elle se propose , la soumission qu'elle professe pour les lois , l'ordre qui y est observé, la morale qu'elle recommande, enfin l'union qui règne entre tous ses membres.
On peut considérer la franc-maçonnerie sous deux points de vue différens : comme une société secrète et mystérieuse , et comme une réunion de joyeux convives. Sous le premier rapport , une chanson qu'on a chantée bien des fois dans
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plus d^une loge, et dans laquelle se trouvent ces vers :
«c Dès qu*il a oh» son tablier,
» Le premier lord de ce royaume
» N^est plus qu*un ourrier , »
dit tout ce qu'il est permis à un frère de communiquer aux profanes. Sous le second , il suffit de citer le Nunc te , Bacche , canam y des Métamorphoses d'Ovide , pour annoncer que , lorsque les frères se reposent de leurs travaux , un festin amical devient Tordre du jour, et qu^il s^opère des métamorphoses dans une loge , car on y voit souvent le cœur insensible s^ëcliaffifer par la charité , et Thomme orgueilleux y doifter des preuves d'humilité.
Il est inutile d'en dire davantage , et je me bornerai à assurer mes lecteurs que la loyauté , Famour de Tordre , la soumission aux lois, sont les caractères distinctifs its francs -maçons; qu'il ne peut se passer dans une loge rien qui puisse être dangereux pour la religion et pour Tétat ; et comme on sait que les hommes de tous les rangs , depuis le prince jusqu'au paysan , y sont admis comme frères , on ne peut avoir à cet égard ni doutes, ni craintes raisonnables.
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Les obligations fraternelles des francs-maçons sont partout les mêmes ; mms nulle part Tantiqnité et la popularité de cet ordre ne sont aussi manifestes, qu'à Edimbourg. Le nombre des loges y est très-coiKsidérable, comparativement avec la population d' Auid Reekie , ou , pour employer un langage plus relevé , de la reine septentrionale des cités. Elles y sont plus fréquentées que dans la plupart des autres villes ; et il est reconnu partout que la franc-maçomierie écossaise tient le premier rang potir le maintien de Tancienne discipline. Étes-vous du rite écossais ? c'est la^emiëre questtcAr qu^un franc-maçon étranger adresse à un feàre sur te continent, tant est grande Testime qu'on accorde à la franc-maçonnerie d'Ecosse dans les pays où il règne assez de liberté pour que cet ordre y soit toléré !
Etant moi -même du nombre des frères , je quitte souvent mon bermitage pour aller en loge, et j'ai eu occasion de rematqpuer qrfe la francmaçonnerie écossaise est toujours alliée à Thospitalité , qui est une vertu nationale en Ecosse comme en Iriande. Une réunion en loge amène d'autres réunions amicales ; le principe de secourir et de soutenir un frère ne se renferme pas dans l'intérieur d'une loge ; tous les frères Fera-
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portent chez eux , et accomplissent le devoir d'aider leurs frères dans leurs besoins. Les hommes, faisant ensemble le voyage de la vie , sont comme des matelots travaillant sur le tillac d%ii navire , ils se doivent mutuellement secours et assistance ; le fort doit seconder les efforts du faible pour surmonter un courant trop impétueux , et pour entrer dans le port en dépit des vents contraires.
Parmi le grand nombre de loges dans lesquelles j'étais admis à Edimbourg, et |e pourrais dire auxquelles {.'appartenais , il en était une dont un médecin était le grand-maître. On trouvait en lui tous les sentimens du philantrope dans leur plus grande maturité. Je me suis fait un plaisir de suivre cet être bienveillant dans sa vie publique et privée , dans sa conduite comme francmaçon et comme professant Tart de guérir, et, pendant vipgt ans , je n'ai pas remarqué en lui le moindre changement dans ses principes, la moindre déviation des lois de Thumanité et des préceptes de la franc- maçonnerie. Je puis , en toute conscience , dire de lui avec le poète latin :
« y^ûit illo meVor çaisçuam , nec amantior açui » Vir fuiL »
Quelle ne sera donc pas la surprise de mes
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lecteurs quand je m^acquitterai de la tâche pé^ nibie de leur raconter avec quelle brutalité il fut traité par un être qui se disait un franc- maçon , un homme! Mais je réserve ce trait pour une autre occasion, voulant consacrer l'espace qui me reste à ébaucher une faible esquisse du caractère de mon ami , que je ne ferai connaître que sous le nom du docteur Benvoglio,
Il était encore fort jeune quand il commença à étudier la médecine , et qu'il se fit admettre . dans la framc-maçonnerie. Il fit honneur aux deux grades qu'il obtint ; fit servir l'un aux intérêts de l'autre , et les employa tous deux pour le bien du genre humain. Jamais il ne fermait sa porte au malade indigent qui venait le consulter sur ses souffrances , à l'ami qui avait besoin de conseils ou de secours , au frère ^{ui se trouvait dans l'embarras : sa bourse et ses connaissances étaient également à leur service. IL n'exerçait l'influence qu'il avait acquise dans sa loge que pour des œuvres de bienfaisance et de charité. Lorsque, après bien des années, les circonstances l'engagèrent à transplanter st^ ta- ^^ens sur un champ plus vaste (l'Angleterre) , il ne changea pas de principes, et quoique une
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clientelle plus étendae , les soins d^une famille nombreuse , et une vie nécessairement plus active Tempéchassent de fréquenter les loges aussi assidûment , il portait toujours ses frères dans son coeur, et jamais il ne manqua de les soulager quand il en trouva l'occasion. Jamais il ne négligea un malade à qui il donnait des soins gratis pour le riche en état de payer généreusement. Jamais il ne refusa , par intérêt , d^écouter un frère qui voulait lui exposer ses embarras ou sa détresse. Ses habitudes tranquilles, son amour pour une vie privée et pour Tintérieur de sa maison appartiennent plus à TAngleterre qu'à FEcosse ; et cependant, quand Toceasion Texige, il sait prouver qu'il est patriote et'digne enfant de la Calédonie.
Pour terminer son portrait , il faut y tracer les traits d'un bon époux, d'un tendre père, d'un ami sûr et fidèle; mais comme j'aurai encore occasion d'en parler, je me contenterai 4 'ajouter que tout ce que ma faible plume vient de tracer, mille bouches à Edimbourg seraient prêtes à s'ouvrir pour l'attester.
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