B ESTES DES MŒURS FRANC AVISES
Tontes ces antiques coutumes disparaissent pour céder ]a place à de plus ntodernes, qui, avec le tems, seront peut>étre remplacées à leur tour par les (anciennes , ou par d'autres plus n:ouyelles9 qui seront impcHrtées du continent. Le nombre de celles-ci augmente tous les jours en Angleterre ; mais elles ne seront adoptées dans la vieille Ecosse que plus lentement , et elles y seront discutées cum grano salis ^ avant de pou* voir plaire à tous les go&ts.
Mais, pour en revenir à Topiniâtreté avec laquelle l'£ços32âs conserve les anciennes coutumes qu'il a reçues des Français , je puis a^àsurer que, pour un chapeau à cornas qu*on a vu dans les rues de Londres depuis quarante ans ^ il sVn est montré douze dans celles d^dimbèurg , et cependant il n'y a nullecomparaison à faire entre lapopnlation de ces^ deux villes. Le digne médecin H. et le grand chirurgien W. tenaient tellement à rancienne forme deleur castor, que rien ne put jamais les déterminer à la changer. Le docte libraire d'High-Street porta $ts cheveux en bourse jusqu^à sa mort ; et Strange , maître à danser de Tancienne école d'Edimbourg , conserva toute sa vie scm habit carsé , I. 5
^ BSSTES DES MOEUBS FRANÇAISES.
ses culottes et ses bas de soie et ses cbeveux poudrés. On'voit eacore des lords snrannés et des vieilles fiUes dyatit la taille anssi droite et anssi roide que le cbardon national; plantes bien vivaces , puisque tuit dtiiVers ont produit sur elles si peu d'effet!
Ces Tostiges remarquables qu'on trouve en Ecosse , tant de» anciens usages français que de la langue française , viennent moins des longues liaisons que l'Ecosse a eues avec la: France que du règne de l'aimable et infortunée Marie. Peutêtre aussi doit-on les attribner en grande ptirtie à rémi(^ation des'fidites servilens de la nuisoa de StuBirt -,■ qui résidèrent si- Itoig-tems à Saint- Germain-en-Lale , et qui, étant revenus dans leur patrie dans un tems phs ' tranquille ,- y iinportèrentides-Bodes et des moeuis étrangères, qu'ils- tfusmiiient ï leiBisdescettdans.
LE PEDANTISME.
— N* xm — LE PÉDANTISME.
Quand tin )eime faonme sort du collège, comme lors^it^U quitte la maison^pàtenieHe, il devmif , autaiiA'qaUl est pcâsible, se; d^Mmiller de tons préîttgés locaux^ et reipftcer à toutes ses habi». tttdes, et s^ efforcer de devenir. un citoyen du monde , sans afficher des prétentions h la supériorité que réducaiion peut lui avoir donnée^ et en prenant garde de numfrarj^ignlirance du genre huinam èt^ desusages d& la société d^uis laquelle son mexpérience peut . F avoir laissé. L'homme qui entre dans 'le monde est un étranger qui s'y trbuve'toujovrs embarrassé. Apprendre devrait être le preiûer objet de ses pensées ; mais ta suffisanoe<et r^hstination dans ses premières Tirapsessions opposent une barrière à ses progrès. Le militaire méme/avee seii grâces et
lOO l4£ PEDANTISME.
sa gattë , n'est pas un homme de bonne société , s'il porte partout avec lui un ton de garnison ; s'il croit toujours être à la parade , ou faire un diner de caserne. En général , on se rend ridicule quand on affecte un ton , un air , un lan* gage et des manières différentes de celles de la compagnie dans laquelle on se trouve. John Bull , à Paris, est de niveau , à cet égard , avec Monsieur à Londres.
Ce n'est pourtant que sur une branche de ce sujet que notre critique va tomber en ce momeeX^ car nous ne voulons parler que d'une erreur dont se rendent coupables bien des savans j et encore plus de gens qui veulent le paraître. On se plaint avec raison de la manie des citations , et l'on trouve qu'Homère et Anacréon , Cicéron et Virgile , Horace et Ovide , et d'autres personnages très-recommandables d'ailleurs, se présentent trop souvent dans des sociétés qui ne peuvent les apprécier. U est vrai qu'on pourrait se plaindre à aussi juste titre des lambeaux de mauvais italien et de français détestable, qui semblent être devenus les ocnemens indispensables de tonte conversation. Ces péchés' contre le «aroir-vivre deviennent encore phis
LE PBBANTISME. tOI
crîâns quand on se permet de citer dn grec on du latin devant des dames , et qu'on entrelarde un entretien -de français et d'italien devant d'humbfes individus qui ne connaissent ni Tunê ni l'autre de ces langues.
Les langues mortes ne présentent qu'un bien faible avantage au savant dans une compagnie mélangée , car s'il y rencontre une ou deux personnes qui les cinnprennent , et avec qui û puisse Élire un a parie , il court le risque de faire rire à s^s dépens un confrère savant, à qui sa prononciation paraîtra sauvage et barbare. L'élève d'Ëton se moque de la manière dont Sandy prononce le latin ; les universités d'Oxford et de Cambridge sont en guerre sur ce point depuis bien long-tems , et un Français , ou un Espagnol , ou un Italien , ou un naturel de tout autre pays du continent, et un Anglais , se faisaiit des citations en cette langue, parviendront bien difficilement à s'entendre.
C'est pour ces raisons et beaucoup d'autres que les gens à citations sont un véritable fléau dans la société , et un fléau d^ autant plus insupportable que la plupart n'ont qu'une science superficielle ; n'ont fait que se mouiller les lèvres dans l'eau de la
lOa h% PJSDANTISME.
fonlame de Castalie^ au lieu de s^eirabreuyer ; bien Idin de s'Atse complètement repos des auteurs grecs et latins ^ n^en ont bit qu'un déjeuner à la firarcllette ; et ae doivent leur petite monnaie d' érudition qu'à un dictionnaire de citations, ou à un souvenir impariaitj du peu quHIs* ont appris en disant leurs études* Âpres avoir ainsi porté sentence de condamnation contre cette mosaïque de matériaux hétérogènes^ il ne- me reste qu'à la justifier par quelques exemples qui doimeront une plus juste idée de ce défaut que tout ce que j'en pourrais dire.
« Comment vous portez-vous ce ipatin, mon jeune ami? deftiandaît im gentilhomme campagnard à M. Homer, qui v^ait de finir ses études à l'université d' Oxford . '
» Assez bien, répondit l'étudiant,
A»( eumpituita moUfta est
La bile me tourmente un peu , M. Greenfield ; du reste je suis toujours gai', joyeux, libre de tout souci.
comme dit nôtre vieil ami Horace.
» — Oui , oui , je sais que vous n'engendrez pas de mélancolie ; mais j'espère que le billet
L'A PéDAK1?ISMB. I03
que votts avefc souscrit ne vous a pas causé d>mbarras , . et que le porteur en a comiMiti le renouvellement ?
» — Vous touchez à une blessure encore fraiche, M. Greenfield, et je puis vous dire :
Jubés nnopore iolofem.f >
au surplus , je Vai renouvelé , et je puis maintenant donner tout souci à ce sujet :
Portare pentis. '
» — J'en suis cbarmé ; et conmient âvezvous passé le tems depuis que vous êtes en ville ?
» — Le plus gaiment du monde ; mais permettez-moi de mettre Tadresse à ce billet doux que je viens d'écrire à une charmante Parisienne dont j'ai fait la connaissance les vacances dernières. Quand il sera cacheté , il ne me restera qu à dire avec Ovide :
Heimihi quod domino non Ucetire tuol »
Le bon campagnard n avait plus rien à dire ; l'étudiant reprit la parole. '
« J'ai déjà reçu trois visites ce matift, ^^ compter la v6tré« La première était un créancier, mon tailleur. C'était un mauvais augure pour le commencement de la journée : aussi je
Iû4 ^^ PEDANTISME4
lyi ai fait, descendre les escaliers quatre i quatre,, en lui criant :
Odipwfanum pulgus et arceo.
La seconde était Crispinus^ mon bottier, qui m^apportait aussi un mémoire long d^une toise. Je jurerais que je ne lui dois pas la moitié des articles qui y sont portés , et je le mis à la porte en disant :
Quodcumfue pstendis mihi sic inereduîus odL
J'eus ensuite la visite d^une* jeune et jolie fille , à qui je demandai :
Cuiflapom çeligar cemam , Simples mumditiis ?
quoique }e me doutasse biea qu'elle n'entendait pas le latin ; mais n'importe. Elle m^apportait une lettre de mon ancienne inclination d'Oxford, de Marie TifiFany , qui arrive par la diligence pour me voir. Je soupçonne %t% projets :
Malo me GalateapetU^ lasciça puella ;
mais cela ne réussira pas. J'ai déjà été pris de cette manière ; et , comme dit le proverbe : Ittus piscator sapit. Diable! j'ai trop de vovc pour m'y laisser prendre de nouveau. Msis pauea inUlIi^ genti sur un autre sujet. Le vieux brave bomme ,