‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 27 sur 56 · JARGON DOCTORAL · texte numérisé non relu

JARGON DOCTORAL

» — Je vous dî$ , Monsieur^ que ma conduite a toujours été régulière.

» — Point d^âffection scorbutique ?

» — Je n'ai jamais eu d'affection que pour le pauvre Jemmy Sdunders ; et ii s'est noyé.

» — Point de dépression mentale , de relâchement des fibres, d'obstruction de foie?

» — SI j'avais besoin d'instructions sur la foi , le ministre est là pour m*en donner.

*> — Ne vous emportez pas ainsi , Barbara ; vous pourriez vous nuire plus que vous ne le pensez \ vous occasioner une apoplexie sanguine oa séreuse.

M ; — Oui, sans doute, la chose est assez se* rieuse , quand on voit qu'on vous prend pour une je ne sais qui.

» — Le sang peut porter à la tête , et s'cxtravaser dans le cerveau. Et, à propos , n'étesvons pas sujette à un sommeil léthargique , à une sorte de somnolence ? '

» — Et de quoi vous mêlez-vous? Si j'ai de l'indolence, c'est à ma maîtresse à me le reprocher; cela ne regarde qu'elle.

» — N'êtes-vous pas mouillée de transpiration, quand vous sortez de ce que le vulgaire appelle le cauchemar? »

Tl8 JABGOM DOGTOaAL.

» — Il est bien sûr que je serais moiiillëe si j^ étais assez sotte pour aller me baigner dans la mare ; mais vous n'y connaissez rien, elle est à droite de la maison, et non pas à gauche.

M — Je crois vraiment que; le cerveau se dérange ; c^est peut- être un commencement d'afTection bydrocépbaliqae. Peisons bien les choses !

» — Faut-il yotfs aller chercher les balailces?

» — Non, mon enfant, non. En y réfléchissant bien , je suis convaincu que. ce que vous éprouvez n'a pour cause qu'une, transpiration interceptée , une affection fébrile , une réplélion humorale > et «ne tendance à l'inflammation.

Pour voii$ igiJ^ir, il faut d'abord vous déga^r les premières voies; nous vous admini^rerons ensuite.les altéranà, puis les caïmans ., et quand vous serez réduite....*

» — J« vbus ai déjà dit quo .}€ ne veux pas qu'on me réduise ! » s'écria Barbara «ifrappant du pied ;< et elle s'enfuit de Fâpparteinent dans un transport dé eolère, à l'instant où sa maîtresse y entrait par une «uttre porte.

« Eh bien V 4dçt«ai:5 dit-elle, comment trouvez-vous cette . pauvre fille ? La croyez- vous dangereusement malade ?

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» — Non pas absolumenl^ répondit U àQCteur ; mais son cas exige des spins et de Tatt^ntion. Elle est nerveuse, robuste, irritable; elle parait disppsëe à des vapeurs hystériques ; il. faut qu'elle suive un regimen,,.,.,

» — Un régiment ! répéta la dame.

» — G'est-à-dire la diMe que )e lui prescrirai. Il lui faut des réfngérans, une quiétude complète d'esprit et de corps, .de doux apéri-, tifs, quelque chose pour dilater les poumons,, des sudorifiques pour amener une détermination

de » Ici la patience échappa à la bonne

dame , et elle Tintenrompit :

« Je suis sûre, docteur, que votre détermination sera pour le mieux ; mais je n'ai pas besoin de tant de détails ; il sufEt que vous écriviez

votre ordonnance. »

Le docteur écrivit. La dame envoya chercher chez l'apothicaire toutes les, potions quHl avait ordonnées ; et Barbara les jeta par la fenêtre. Le lendemain il revint pour la saigner; elle s'y refusa absolument; et, pour en tenir place, il lui ordonna un v^sicatoire , qui prit le même chemin que les potions. Cependant tout alla au mieux pour la malade et pour le médecin. De

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toutes les ordonnances , Barbara n'observa que celle qui lui prescrivait la diète , et pour une raison toute simple , elle n'avait pas d^appétît. Elle fut complètement guérie au bout de quelques jours , et le docteur se fit honneur de cette cure , et reçut le prix de ses visites.

Avec tout le respect possible pour cette profession savante , il me semble que, sans lui faire perdre rien de sa dignité , il serait possible de la dépouiller d'une partie de ses termes techni-* ques et de ses sestfuipedalia çerba , et qu'on pourrait tâcher d'en simplifier le langage, de manière à le mettre à la portée des esprits vulgaires. Mais un style pompeux et des expressions recherchées en imposent à l'ignorance, et servent souvent à la cacher. Les esprits faibles admirent d'autant plus qu'ils comprennent moins , et c'est pourquoi les incidens mystérieux sont ce qui intéresse le plus , dans un roman, un si grand nombre de lecteurs.

us VRAI MONTAGNARD. 1 2 1

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