‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 30 sur 56 · LEITH ET EDIMBOURG · texte numérisé non relu

LEITH ET EDIMBOURG

momentané à Leith, pour jouir de ia vue de la mer. et eu respirer Tair , mais de ceux qui> y sont fixés depuis leur berceau , et qui y ont en quelque sorte pris racine ; des marchands , des négocians, des marins. Cette dernière classe se ressemble à peu près partout ; mais ce sont les riches commerçans, leurs femmes et leuts filles qui vont nous occuper.

L^habitant d^Edimbourg, riche, et ne songeant qu^au plaisir , considère son voisin -de Leith comme un citadin , quoique , dans le fait , celui-ci le soit moins que le premier. Le laird campagnard, qui vient passer quelque tems à Edimbourg par économie , par curiosité ou pour affaires, et le noble Ecossais , qui partage Tannée entre Londres, Edimbourg et. ses terres, considèrent le négociant de Leith comme une marchandise de bas aloi et d'un tissu grossier. Enfin le soi-disant petit-maître de la nouvelle ville le met infiniment au dessous de lui pour le goût , le bon ton, le savoir-vivre et la connaissance du beau monde , et le regarde comme un être qui cherche maladroitement à copier son costume et sts manières ; qui a Tambition de figurer dans un cercle plus élevé, et qui doit se trouver ho-

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Qoré de lui prêter son crédit et son argent : ear le nota du commerçant de Leilfa figure toujours honorablement à la fin d'une traite ou d'une lettre de change; et l'argent abonde rarement dans les coffres de l'homme qmi mène , à Edim* bourg, une vie consacrée au plaisir et k la dissipation. Les deux. sexes y suiyent les dernières modes de Londres , veulent en imitn' l'élégance et le luxe; font le jour de la nuit, et cheirchent à prouver que le savoir-vivre français ne leur est pas inconnu.

Les habitans de L^h appartiennent davantage à l'ancienne école, et n'en composent même que la seconde classe. Il leur faut long-^tems pour adopter une nouvelle mode , et il n'en faut guère moins pour qu'ils se déterminent ensuite à la quitter. Le père de famille affecte de mépriser une parure trop recherchée; les nouveau^ tés trop récentes l'effraient; il n'a ni assez de tems , ni assez de talent , s'il est permis , d'em** ployer ce mot dans un tel sgqs , pour s'occuper d'une pareille étude ; mais soû fils en a quelque idée, et deviendmt aisément un fat, s'il ne craignait d?ébranler le crédit de la maison de commerce à laquelle il doit succéder un jour«

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' Voi]:\<dd^^ ttn co^^oir ou 4am un magasin un leune Wiame portani: de» fourruores comme nn seigneur russe ^ ou des éperons comme un capitâineide cavalerie^ c'en serait assez pour ruiner la maison; on le croirait sûr là grande route conduisant à Bedlam ou à la prison» Cependant il faut qu'il boive quelques gouttes dans la coupe de la mode , et il est très-probable qu'il se trompera sur sa dose. Les petits-maîtres d' Edimbourg et les/gf»tilshommes campagnards sont ordinairement les modèles qu'il se propose d'imiter , et . comme ks nns <mt au moins rnir cheval , et les antres quelques chiens hargneux; qu'ils vont tous les ans ckasser daiis les marécage , et YÎenaentavec la même régularité voir les bourses de Leith^ qu'ils font de tems en tems une excursion au delà de la firont^ire , et qu'ils y reçoivent les leçons de quelques fats anglais ^ leur jeune imitateur se permettra un habit et un pantalon à la mode , un chapeau d'une forme bi* zarre et souvent hLdeuse > des bottes à la jockey et une houssiàe^ sans qu'il ait seulement *nn bidet ; mais il y a un certain degré de fatuité au delà duquel il n^osera jamais s'élever ; il existe en lui , depuis son enfance jusqu'à sa

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vieillesse 9 une sorte de penchant involontaire pour ce qui est simple et naturel , et qui le met . hors d'ëtat de pouvoir lutter avec les petits-mattrès vaporeux qui se promènent dans le parc de Saint-James, les fats musqués de TOpëra, les oisifs des salons, les irrésistibles lanciers , et les officiers aux gardes , qui prétendent au suprême bon ton.

Les copies qu^en présente Edimbourg, quoique tirées d'après les originaux , conservent à peine quelques traits de ressemblance , et le jeune habitant de Leith , n^ofTrant que Tombre de ces copies , ne peut être qu'une humble contrefaçon. Je me rappelle qu'uA digne négociant del<eith, voyant en cette ville un jeune ëtran^ ger qui outrait les modes jusqu'à la caricature, s'écria avec une honnête indignation : « Ëh bien! Messieurs , quelle est cette nouvelle espèce de singe? A quoi faut-il donc nous attendre? »

C'était un fat que ses dettes avaient forcé à fiiir de Londres; et, quoiqu'il eût été parfaitement accueilli à Leith, et qu'il sentit l'agrément d-'ê* tre absent sans^congé de la ville où il avait laissé ses débiteurs , il méprisait ce qu'il appelait la populace , et les gens simplement vêtus qui le

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