‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 32 sur 56 · LA VEUVE · texte numérisé non relu

LA VEUVE

Quittant mon appartement, et m'avançant à petits pas vers la partie méridionale de la ville , j'arrivai à la maison dans laquelle la veuve d'un ancien militaire demeurait au cinquième étage ^ à peu de distance de la place de Saint-Patrice. Je demandai à la voir, et je fus admis. C'était nue visite pénible, car il y avait quelques années que je ne Pavais vue. Le tems avait tracé sur ses traits dé nouvelles lignes qui en indiquaient le passage , mais la main du chagrin y avait fait des ravages encore plus considérables. Elle était assise près d'une table , et avait sa Bible ouverte devant elle. Elle se leva en soupirant , et ce soupir était un volume tout entier. Il disait : « Vous le voyez ! je suis presque seule ;

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la main du grand destructeur a frappé tout ce qui devait être le soutien dç mon vieil âge. La faux de la guerre a moissonné toutes lès fleurs de ma famille ; ceux qui faisaient Torgueil de mon cœur et Tespérance d'une mère ; les amis et les protecteurs d'unç sœur. Edouard est mort ; Jemmy n'existe plus ; mon gendre les a suivis ; tous trois, comme mon époux, ont péri sur le champ de bataille. Il ne m'en reste que le souvenir, et cette épée, qui n'a pu défendre un brave au moment du danger. » Car, tandis qu elle soupirait , je voyais ses yeux arrêtés sur une épée suspendue à un des murs de Tapparlement.

Un seul regard me dit tout cela , et ce regard était plus expressif, plus éloquent que n'aurait pu l'être le discours le plus étudié. Ses deux fils , beaux comme Nirée et braves comme Achille , avaient été le soutien de leur mère, et l'honneur de leur pays. Après s'être perdus de vue pendant plusieurs années, ces jeunes gen$ intrépide^, qui avaient plus d'une fois versé leur sang pour rhonneur de leur drapeau , aussi bons frères qu'excellens officiers , s'étaient rencontrés à la tranchée de Salamanque , et avaient à peine en

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le tems de s'embrasser. Après chaque bataille qui avait eu lieu dans la péninsule, avec quelle inquiétude n^avaient-'ils pas toujours réciproquement demandé des nouvelles Tun de l'autre ! car leurs devoirs les séparaient ; Tun appartenait à rétat-major , l'autre commandait sa compagnie.

Leurs craintes et leurs espérances furent de courte durée , car Theure fatale pour tous deux avait sonné. L'un et Tautre périrent devant Salamanque. La même gazette donna la courte histoire de leur vie , honorablement passée et glorieusement terminée. Leur père était mort , couvert de blessures , long-tems auparavant ; son fils aîné fut emporté par un boulet en portant un ordre , et le fHs jeune , après avoir conduit trois fois ses soldats à Tassant , après avoir été repoussé trois fois , réussit dans une quatrième tentative , mais paya ce succès de sa vie.

Après qu'elle fti'eut rappelé tous ces faits, sans avoir besoin de prononcer un seul mot, je la pris par la main , et je tâchai de reporter ses idées sur des objets plus éloignés^ mais, l'œil fixé sur répée dont j'ai déjà parié, et une larme suspendue à sa paupière , elle me dit : « Vous

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