‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 37 sur 56 · LADY MORDANTE · texte numérisé non relu

LADY MORDANTE

« La Renonmiëe a teneurs deux irtaipétles , » dit Vollaire. LWe, dottt elle sôime de k manière accontsBëe, est destinée.^ ôiUbrer Us exploits dishévQs^ à faireeBte&dredàas tout Tiuiî^ vers les éloge&^queHiérite&tles hmnmeséistingnës par lettrs talens dans quekjue genre ^e oe seit. L'amie, dont elle se sert d'nne manière que je •n^osevais décrire , ne rend que ce s(mi creux et yide qni proclame une réputation usurpée ; qui fait «beaucoup de bruit pour rien ou pour moins que rien ; qui gonfle d^air la peau sèche et aride ;d'une vessie; qui prAne des volumes de sottises et de fadaises ; qui vante ie& satires où Pon se trouve que du fiel au lieu d^esprit; qui porte aux nues des ouvrages qui font bâiller le lecteur le plus intrépide ; enfin , comme le dit le même auteur, tout ce fatras de polumes nouveaux.

C'est préci&émeal de cette espèce que sent les aavragm de lady Mordante , ^m 8?érig« inù^ i^tm^nt ' en adaAre souveraine! de la ni«de , cliose qtt^Ue ne cDonaib^que <de\iioià; dv gnM et de la scienfie ^ dent 0lle a Ji peine uie idée; de riu6toi«e y ^i£elh -. igndrr: csm^temimt^, et de la yérifcé, àovà aie semlde aroir priscoiifé ea fartant pi$iir le. eoiitiaentr: Son génie a pris «n tel e$Aert que^ dans 8a< va^edv- Èiffe dëir liyresr ellea conçu, le' pcojet de déifier ans yeux do rinuy^Si ee jope ^ dans sa sagesse , eVbè appelle leS; abitS't lel^reuis, ies^ snpe^siitiins et le «i^nvj^gWvemeineotdiCS' empires- et des siècias. S'^kn^mlràftca^r» leitemi etl'espfiicè% sa#is s'inqiiiélefrdeft^iTeBfS de lienx'^lidd^âtlBs, eUe. aspise ncHH-seUkinfinttà llhnbiiortsllitë ^ maii^ à Vinfifii; car,, s'il faut Ton «voire , elle a Mil vR, eUeaété partout, eUe,à 17Ikeunèus> don d'n-^ biqUité.

L'objetf&voride sa critique, sans^ parier dé c#Ue du. docteur , son époux , ce sont les droits sacrés et la légitimité des» rois. Si 'celle des éosits. consiste^ à se ràdënneiji dansî les bornes de la modéraënar et de la d^Ennce', lien n'est I • 8

i'^O LADY MORDANTE»

plus illégitime que ses ouvrages. Mais noifê y reviendrons dans un instant ; il me suffit d^aver-^ tir ici mes lecteurs que j'ai donné k lady M**^ le nom de Mordante , en le tirant du verbe firançais mordre , parce qu'elle a la sottise et Tiroprudence de montrer les dents i chaque instant, quoiqu'elle ne soit pas en état d'emporter la pièce. Elle s'est emparée de la hacbe de la malveillaice pour frapper, et elle n'a nui qu'à la réputation qu'elle avait UgitimemeMt stcqmse autrefois par quelques ouvrages d'imagination.

Etant un jour dans la boutique de Greecli^ le libraire, j'écoutais avec attention IH^ntretien de quelques habitués , des liommes âgés véritablement instruits , et des jeunes gens consacrant à l'étude dès lettres et des sciences le tems que tant d'autres donnent à apprendre la dernière coupe d'un habit , la manière la plus nouvelle de rendre un chapeau bizarre ou ridicule , l'art

important de faire une nouvelle sauce , et toiis les secrets de la cuisine , si savamment enseignés par le docteur Kitchener. Parmi ce nomnre , il se trouvait quelques personnes qui avaient des prétentions bien fondées à être assez bons juges des ouvrages anciens et nouveaux , depuis

LADY MORDATNÏE; ï^ i

les productions immortelles de Burns, de Scott et de Campbell , jusqu'à Tartillerie légère , dirigée par les joumalistes contre les romans écossais, dent on ne verra jamais la fin ; jusqu'aux ifliitate.urs qui se traînent sur leurs traces ; jusqo' à la muse surannée et toujours en enfance de Leigh Hunt; et qui osaient faire une distinction entre les passages vraiment sublimes des poëmes de lofd Byron, et ceux où «a muse se roule dans la fange du blasphème et de Tobscénité.

Ce fut .en celte occasion que les ouvrages de celte dame présMnptueuse furent mis sur le iapîâ* 1\ s^ éleva une petite querelle amicale sur la question de savoir si la balance des talens penchait en faveur de Tlrlande on de FEcosse. Un Irlandais^, homme plein d'intelligence, et ayant beanconp lu, soutint les intérêts ^e sa patrie avec chaleur , et il ne manqua pas de trouver des adversaires parmi les Calédoniens. Il était impossible de ne pas reconnaître Burke , Sheridan, Mowe, Shee, comme autant d'astres brillant dans l'Occident; mais Burns , Beat* lie , sir Walter Scott et Campbell étaient des c#ps|ellations;dii Nord non moins éclatantes. Le docteur O'Tenax vonlait ajouter anx {iremiers

I^l) L^U>T MORDANTS.

Udy TAorija^ i mw tm Ëco»ais^ qai n^élâit pourtMt pas c^tmrgîaiit cpivepml de ia disse « (ppv^ et d^en. démmirer la bUieste réf^ifU et; h» défauts iiici«iii^]ites* Sa dûserlatÎMi Umêk à prouver fa'oHe. avait b mafedîe invélérée de Torgn^ii; une jiaiinsse d'avrie.; une' gangiène d'iigpr9|til!ttdi» ;. nrn avevgleaieii^ d'ëgo&me ; qiM ses.viues étaient ëtioites;^se» idées infectées «du feimn de Ja démocratie on pltt&t de ia cmtQUlocratU ; qu^ette avait des pcéventions natiemries, sans uni graiad^ sensiiNBité; qn^^yant épuisé son^ magasin d^origi|idité,ette empsontait partout, sa^s^ jainais recMmallire i«ne dette; qa^èlle et son. mari dommiant le îour à des pradvdioiis hermapliroditesy où Ton nemafqaait une impudence mAt. ^ im: amour^prepre f énmtift ; la massue d'Hecmle attachée, à iae< qiiem>itille ; le remède aitodin d'im apotkicaire , mêlé an sel volatil d'im auteur de romans «

JUnteMimpis.' la: discussion^ pour feire une' observation justificative en faveur de lady Mor^ dsmte. Je<dàs.qu'<m devâiit faire attention qu'elle avait été en Italie , 6à elle avait pu être eiposée aux influentes àa^malana^ que d'uiHeoiS) ayasl nue smfte de confus^ dasK'l'e^nil, et se trou-*

LA&T 4tORf> A^OFBi t 73

vaal placée «itfflttlîea ie Moiftagfîted âe ttàimsciil&f Elle avait 'pucoBatruirc une hi^tdire avec des niaiériaHx desÉÎBës pour "Oh roman, et 't^ke 4fp0s4i emSia^ ^u^l •était ëgalemeiit pessfbte qieie le daclchir «ùtlût ce qtt'on appelle une mépriiie d'apMbicatre; qu'il eét^pris tn« drogue pour une autre; qu'il eAt pla^ sur une iiole une éti- ^elte iqui :n'y était pas destiliëe ^ et que, par au^ de œtte erreur^ & eèt proâuit le dëgoftt , la nausée elirilTitâtloa^ quand- il voulait ad^ miu$frer à^^dntpalîéitft une potion -cahnsâttè, épanooir la rate^ et dtesipér les vertiges du ^cearveaii.

Sr^, .tous ks mdAfs que j'einployâi pour défendre sa. seikgneurte furent traurës inadmiisi- Ues^ et les jurés là déclarèvent' coupable ^r tuus les cfaè& d'ÂccosatitfB' p<Hrtës contre eOè. Cepenàsunt je deôrandai que, avant 'de pronottcer un fugémênt définitif , on métivât par qùélK quea deuils la^tntcnoe de oèndamnation , et tt réquisitoire àyutit paru é^qui^M^, leptésidétit'y fit drotit Sttr-le^chaap,

« D'abord, ditr-il, on pouvait -lui pardonner^ par co^idératidn pour sim Mite ^ son faible pour

174 héLDY MORDANTE;

ramour-propre , sa aoif désordomiëe des louanges, son désir dt se voir imprimer, et la confiance avec laquelle elle compte sur le succès de ses ouvrages, si elle ne portak pas tropliaut ses prétentions à cet égard : point sur lequel il est inutile d'insister, attendu qu'il est universellement reconnu. Mais que dire de T envie et de la haine virulente avec laquelle elle décocké sans cesse ses traits contre les rois et les princes de TEurope ? Ses talens lilliputi^is n'ayant jamais été aperçus du haut du trône ; le mérite qu'elle se croit ne lui ayant jamais valu ni pensions , ni marques de considération de la part d'aucun souverain , elle s'est armée en amasone , a mis en campagne toutes ses forces , et a déclaré guerre à outrance à tous les rois , ou du moins à tous les monarques héréditaires , sans lesquels il ne peut exister de noblesse. Sans doute que , se regardant comme une citoyenne trèsactive dans la république des lettres, elle s'imagine qu'une constitution républicaine est celle qui lui convient le mieux ; et cependant elle n'a pas dédaigné de devenir mjrlàdy^ et d'ajouter le noble monosyllabe sir avant le nom plébéien

i*ADY morda:kte. 1^5

an docteur, son mari; espérant probaMemeiit 4iue , de même que la dorure dont il courre ses pilules, cette distinction ferait avaler plus facilement, an public , les ouvrages dont ils accou*citeraient ensemble : le tems fera voir si cet es^ foir n'a pas avorté,

» La douce vertu de la charité lui étant in-^ connue , au lieu de la lance d^une critique moitérée et délicate , elle a pris la massue des injures pour attaquer les souverains légitimes. Les Bourbons sont devenus Tobjet particulier d'une baine qu'ils n'avaient jamais provoquée ; elle a parlé contre toute vérité d'un roi infirme, mais très-instruit ; et s'est permis les allusions Jes plus grossières. En rendant compte de l'état de la France , elle n'a parlé que d'après les donnes qu'elle a recueillies dans le cercle étroit qu'elle y voyait. Sa prédilection marquée pour nn guerrier qui n'existe plus , la rapidité avec laquelle elle a écrit , sa négligence scandaleuse , tout prouve qu'elle n'avait que les vues les phis bornées, et qu'elle songeait à vendre ses feuiiies plutôt qu'à les rendre lignes d'être lues. Quand i^IIe parle du Marais , elle semble être che^K elle ^

176 IiAHY HOBOAITTE.

et if»«*d elle cotre chez le rei^taur^teiir, etfe moiMrfr plus de g|»ftt qve de coutune. Elle donije des pteuves d'ingiatilwiè , «en calommant des pajf$où elle a ë lé leçiie avec hospîtaKié. Si elle montre quelque ëtincelle de patriotisme dans quelques-uns de ses romans, en peignant la mistee.des classes înfiiîeures , elle en détruit Tefiet piff, im manque total de sensibilité ^n •d'autres occasions ; ce dont il n'est besoin de citer d'antrès preuves que la msuiière ^nt elle a insnifé les jnânes* et déterré les cendres d'un prince infortîmé, dont la défaite et les souffrances, le coQxagè et la patience , la ctiutè et la résignaini,. titat £aiit naitre la pitié dans le cœur le pins endurcL Mais lady Mordante est toute surprise de se trouver dans un palais , en présence de la veuve infortunée d'un bomme du rang le pins camlté, et. pour placer sur le terrain le plus éleré oelle dont elle a éprouvé la condescendance, il £aHit qu'elle descende dans la tombe p«ir lancer son venin sur les restes inanimés d'un prince pour qui tant de braves ont versé leur sang, que tant d'autres ont pleuré, qui n'obtmnt ponrtant pas une seule larme d'une

LADY MoaDANTE, t'j')

femme , et qui en reçoit, au contraire, après sa mort, lin lâche coup de poignard, que la main d'un homme n'aurait jamais porté. Et contre qui ce coup est-il dirige? contre un prince, le dernier de sa race , et dont la cause avait expiré avec lui. Mais c'était ce qui l'avait déterminée, car elle avait adroitement calculé que personne n'aurait intérêt à lui répondre , et que ce serait une bonne occasion, pour ajouter un chapitre à ses calomnies, en insultant même Tombre d'un roi, »

A l'égard des empnmb multipliés faits par lady Mordante , le président pensa qu'elle n'oserait elle-même en disconvenir, et il les lui aurait pardonnes, si elle en avait fait bon usage. « Mais elle n'y avait eu recours , dit-îl , que pour en faire mauvais emploi , en dénaturant les faits, ou en y domant un faux coloris , pour les faire servir à ses projets. >» Enfin, il attribua le manque d'intérêt de son ouvrage au manque de principes , qui lui avait fait oublier ce qui était dû à la délicatesse , à la décence et à la société.

La sentence prononcée ensuite (îit qu'attendu

Page 1