‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 41 sur 56 · I.E SIANS-SOI/CIS. 19g · texte numérisé non relu

I.E SIANS-SOI/CIS. 19g

disputent sans cesse le timon du gouvernement , « qae ceux qui étaient dehors , voulaient entrer ^ et que ceux qui étaient dedans , lie voulaient pas sortir. »

Je me suis peut-être trop étendu sur son caractère ; mais ceux qui le connaissent n^en jugeront pas ainsi , car ce sans-soucis avait un excellent cœur, une charité inépuisable , et une obligeance active jusqu'à un certain point. Quand il avait pourvu aux dépenses du jour (le vin était la plus fort^), on pouvait disposer de ce qui restait dans sa bourse. Les deux baillis Carvey et Tosspot étaient grands amis , quoique chacun eût îin caractère bien différent. Le premier était tout mondain ; Tautre ne se souciait pas du monde plus que Robert Bums. Carvey donnait tout à l'extérieur ; il était soigné dans sa mise , discret dans sa conduite, jaloux de son crédit , circonspect dans ses moindres actions , ambitieux dans ses vues. Tosspot était insouciant sur l'opinion du monde , et négligé dans ses vétemens; s'inquiétait peu d'avoir du crédit, parce qu'il n'en avait pas besoin, et ne savait ce que c'était que l'ambition. Le premier serait peutêtre mort de joie s'il avait été nommé lord prévôt

d^Edimbourg; le second , appelé k la même dignité , aurait murmuré du fardeau qui lui tombait sur les épaules.

Pour donner une dernière preuve de la différence de caractère de ces deux dignes magistrats, je puis dire q^e Carvey iiit saisi d'horreur en entendant la pbilippique du convive , qu'il appelait le foii^eux démocrate ; Tosspot F écouta à peine , et n'en perdit pas un verre de vin. Carvey se montra le lendemain dans Edimbourg, tenant l'ex-colonel sous le bras ; Tosspot aurait passé près de lui sans le saluer, et même sans le reconnaître. Quelqu'un ayant reproché au premier de voir un homme dont les principes étaient si opposés aux siens, se justifia en disant que les marchands devaient être comme saint Paul , et voir toutes sortes de personnes ( car mes concitoyens aiment assez à citer un texte de TEcriture, quand ils peuvent la faire servir à leurs desseins) ; que le colonel faisait de la dépense , et qu'une pratique était une pratique , au bout du compte. Carvey prouvait ainsi la vérité de ce que disait son ami : « Que chacun de nous a son prix. » Au résultat, les deux baillis jouissaient d'une fortune indépendante , Carvey étant le plus riche ;

âiais l'un n^avait ni ambition ni soucis, tandis que Tautre était le plus ambitieux des hommes , eiTambition ne marche jamais sans soucis.

Avant de terminer ce sujet , il faut dire un mot d'une qualité éminemment écossaise j. et qui acco)npagne celui qui la possède dans tous ses projets et dans toutes ses entreprises : c^est une espèce de solemnis modus operanii^ une manière de se livrer à ses passions sobrement et métho^ diquement ; de sorte qu'on pourrait dire qu'un homme est gravement gsii , et qu'on le verrait tomber sous la table avant de le soupçomier d'être gris. Il en est de même de toutes les jouissances de l'Ecossais ; elles sooit toujours accompagnées d'im certain degfé de discrétion et d'économie. Quand il se borne à une sensualité paisible , il ne fait tort qu'à lui-même , et il cause moins de scandale et donne moins de mauvais exemples qu'un autre; mais quand le pécheur qui va chanter des psaumes à Téglise prend ce masque pour tromper, ce respect apparent pour les convenances n'est plus qu'hypocrisie , et j'en ai moi-même éprouvé une fois les conséquences sérieuses.

20i2 <itJl,nttJLES ECCLESIASTIQUES.

Page 1