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Mac- James , une de mes anciennes connais^ sances , n^gnorait rien de ce qui se passait de curieux dans la ville. C^était un être plein d^originalité , et faisant partie du petit nombre d'Ecossais que j'aie jamais connus qui avaient du mépris pour l'argent ; non qu^il dédaignât d'en gagner dans sa profession ( la jurisprudence ) ; mais ce qu'il avait une fois gagné , il lui était impossible de le conserver. Je lui demandai un jour de quelle religion il était. Il me répondit qu'il n'était d'aucune en particulier , mais qu'il professait celle que professent tous les honnêtes gens. Cette doctrine me parut si étrange, que je lui demandai de nouveau à quelle église il appartenait , et il me répondit que toutes les églises lui étaient indifférentes.
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« Cela veut dire , lui dis-je, que vous n^apparteaez à aucune.
» — Comme il vous plaira , répliqua-t-il. Le fait est qu^on ne peut savoir laquelle a raison , puisqu'elles se battent toutes les unes contre les autres. >»
Il m'informa ensuite que son père avait ëtë de rëglise d'Ecosse. « Mais, ajouta-t-îl , un certain M. Haddon , ou Haddock , s'étant insi^ nué dans ma famille, tourna la tête du vieillard, convertit Jane à moitié , et fit le diable ( je me sers de ses propres expressions ) avec Annîo» » II était d'abord , nous dit-il , de la secte des méthodistes , et il avait été un grand pécheur avant de se convertir. Dans le fait , il dévoilait si bien les tours de son ancien mattre, le diable, qu'il fallait qu'il eût été bien avant dans sa confiance. Il nous parla aussi d'un divertissement spirituel dont il avait joui dans sa nouvelle congrégation , dans une occasion où la conversation avait été si sérieuse, et avait roulé sur des su« jets si importans et si graves, que toute la compagnie, après le dîner, avait simultanément versé un. déluge de saintes larmes. Je ne me gênai pas pour loi dire que c'était sans doute des
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lannes de yin. Il se fit ensuite anabaptiste, et îl louait le théâtre du Cirque pour y jouer son rôle le dimanche , figurant sur les mêmes planche^ où Paillasse avait fait ses tours de force et d'adresse quelques heures auparavant. Enfin il manqua de noyer une pauvre jeune fille en voulant la baptiser.
« Qu'est-ce que votre ëglise presbytérale d'Ecosse, ajouta-t-il? un schisme de VégUse protestante ; et Téglise protestante en est un de rëglise catholique. Or, combien ces deux schismes en ont-ils produit de nouveaux? or, com^ ment voulez- vous qu'un esprit simple reconnaisse son chemin au milieu d'un labyrinthe d'opinions qui se croisent et se heurtent dans tous les sens , et qui continueront à se diviser ainsi jusqu'à ce qu'elles tombent dans le nëant ? Ne connais-je pas un savetier qui se mêle de prêcher le dimanche , après avoir mis des semelles et des talons i de vieux souliers pendant tout le reste de la semaine ?»
Il me parla ensuite d'une ëglogue satirique , composée par un rëvërend ministre ptesbytérien, et qui avait scandalise toute la ville , parce qu'il y tournait en ridicule les sermons narcotiques
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d'un certain prédicateur. Ce ministre auteur iîit obligé de dég;uerpir , et les charitables presbytériens dTdimbourg furent enchantés quand ils apprirent qu'il s'était noyé en se rendant en Russie. Un des baillis annonçant cette nouvelle à Mac-James avec un air joyeux , celui-ci lui répondit d'un ton sec : « Eh bien , Monsieur , celui qui est né pour être pendu, ne se noiera jamais*. »
* Je ne sais trop si Mac-James voulait faire allusion au bailli Brodie, qui fut condanoné à la potence et exécute. C'était un homme fort extraordinaire , et possédant des talens qui , s^il en. eût fait un bon usage , l'auraient rendu un membre utile de la société; maïs la mauvaise compagnie, le jeu, Tivrognerie et la rage, pour les combats de coqs ne lui laissèrent aucun goût pour une industrie légitime ^ et firent qu'un revenu patrimonial assez considérable , et les profits d'iin commerce florissant 9 ne suffirent pas à ses dépenses. II fut condamné à mort pour un vol qu'il avait commis dans un établissement public, en s'y introduisant à l'aide de fausses clés. Il avait organisé une petite bande de déprédateurs dont il était comme le capitaine , dont il dirigeait les opérations ,. et avec lesquels il passait les nuits en débauche. Ce fut lui qui , étant entré un dimanche en plein jour chez une vieille dame qui était «k lire sa Bible , lui demanda la clé de son secrétaire , y prit tout l'argent qu'il y trouva, et lui fit les menaces les plus ef-
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Il me raconta aussi quelques anecdotes assezs singulières sur l'église épiscopale d'Ecosse, ou, pour mieux dire , sur quelques-uns de ses mem^^ bres ; car il serait injuste d'en accuser cette église ; me citant un révérend qui avait disparu d'Edimbourg un beau matin, emmenant avec lui une jeune et jolie personne, sa fille spirituelle ; et un autre dont les sermons du soir étaient suivis avec une sorte de fureur, et qui, ayant été accusé de prêcher sans avoir obtenu de licence ,
frayantes si' elle osait le dénoncer. La vieille dame fut tellement épouvantée , qu elle n'en parla que lorsqu'il eut été arrêté à Hambourg, par suite des recherche* que fit la police d'Edimbourg , qui est excellente. J'en puis donner pour preuve qu'elle fit arrêter, en une seule nuit , la veille du jour de Tan , près de quatre cents misérables, qui concertaient un plan de brigandages fort éléndu. Au bout de quelques semaines , les uns furent pendus , les autres déportés , et le surplus fut obligé de servir à bord de différens vaisseaux de guerre. Cet exemple en imposa tellement , que depuis ce tems on n'a plus entendu parler à Edimbourg de ces bandes de brigands régulièrement organisées. Il aurait été impossible de les extirper à Londres , où l'exemple ne produit aucun effet , et où à peine a-l-on retranché de la société un déprédateur, qu'il en parait un autre pour en prendre la place.
( J\ûU deJt*auteur angtw. )
se mit en route pour le sud, et, changeant la scène de ses exploits , quitta la chaire pour le théâtre, et se fit comédien comme l'avait été son père. « L'évêque des épiscopaux, finit-il par me dire , devrait surveiller de plus près ce qui se passe dans son église ; mais malheureusement il est louche , de sorte qu'il ne peut jamais avoir qu'un œil sur ses ouailles. »
Malgré ce sarcasme , le fait est qu'il est impossible de trouver un homme plus zélé , plus vertueux et plus exemplaire que cet évéque : on ea peut dire autant de l'évêque catholique titulaire ; et les ministres de l'église presbytérienne sont , presque sans exception , des homiïies irrë-
prochables. Mais ces misérables savetiers qui osent monter dans la chaire de vérité ; ces énèrg^mènes qui prêchent en plein champ ; ces fanatiques , déclamateurs de théâtre ; ces songecreux qui font éclore tous les jours un nouveau schisme , font que le pauvre Sandy ne sait plus ni où il en est , ni où il doit aller , ni ce qu'il doit faire. Aussi voit-on tous les jours sortir de nouvelles chapelles de vieilles femmes dégradées et dépravées , la tête égarée par le whisk qui
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leur sort par les yeux en guise de larmes, et le" cerveau rempli d'une fausse doctrine , incapable de déraciner leurs habitudes vicieuses. Quoi de plus dangereux pour les ignorans !
Il est très-vrai que la pureté des ministres n'est pas le seul soutien de l'église; car ces hommes, en devenant prêtres , ne cessent pas d'être hommes ; mais ce bel ornement est de la plus grande importance aux yeux du monde , quoique l'église et sa doctrine ne puissent être ébranlées par Virrégularité d'un ministre. Ils ne peuvent donc se -conduire avec trop de circonspection à Edimbourg; car cette ville est comme un grand village pour la rapidité avec laquelle on y fait circuler les nouvelles scandaleuses ; et les dignes citoyens y sont saisis d'une sainte horreur quandils entendent dire qu'un ministre a été reconduit chez lui dans un état d'ivresse, ou qu'on l'a trouvé dans quelque lieu dont il ne devrait pas approcher.
L'église presbytérienne d'Ecosse était sî ri-^ gide autrefois , qu'elle rendit des sentences de dégradation contre un ministre qui avait composé une pièce de théâtre ; contre un autre qu'on
accusait de trop aimer le whisk ; contre un troisième qui avait dansé le réel de Tullochgorum. La multitude d^innovations religieuses est telle aujourd'hui, qu^il est bien difficile que le faible ne chancelé pas. Heureux celui qui peut dire :
Je veux être fidèle à la foi de mes pères , Et ne pas en changer comme de vétemens.
Il importe peu au monde de savoir qui a donné cet avis ; mais ce n'est certainement pas le plus mauvais qu'on puisse suivre.
2IO L'£€0SSAI$.