‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 44 sur 56 · SOCIÉTÉ D'EDIMBOURG · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ D'EDIMBOURG

Cblui qui voyage dans un pays en ouvrant Tceil de la curiosité, mais en fermant son cœur à toutes les émotions humaines, peut être difficile à contenter. Il peut en trouver le climat froid , le sol stérile, et plus tôt il la quittera, mieux ce sera pour elle et pour lui. Qu^il tourne donc le dos à la Calédonie , comme il l'a déjà tourné à la vie sociale ; qu'il aille où il lui plaira , et bon voyage.

Un voyageur de cette espèce découvrit un jour que TEcosse était fort inférieure à TÂngleterre ; qu'Edimbourg n'était pas Londres; que les Ecossais présentaient trop facilement la main à un étranger ; que les femmes parlaient trop et trop haut; que les lieux de réunion publique étaient déserts ; que la multitude des ha*

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bits noirs faisait que toutes les assemblées ressemblaient à des convois funèbres ; que si l'on n'avait besoin ni de procureur, ni de médecin , ni de théologien, on n'avait rien à faire à Edimbourg; que k dimanche était un joui dfe deuil, et que ceux qui se rendaient à l'église avaient l'air non-seulement d'aller à l'enterrement, mais de vouloir se faire enterrer.

Il n'est pourtant pas très- difficile de justifier le Calédonien de tous ces reproches , et de donner de bonnes raisons pour les usages et les habitudes de la métropole de ce pays.

D'abord , il est dans la nature de PEcossais de foire bon accueil k létranger. Il le reçoit avec un air de bonté, avec l'attitude et le langage dé l'hospitalité. Il lui présente la main, lui ouvre sa maison, et n'a pas besoin d'employer la moitié de sa vie pour faire connaissance avec lui. Enfin il Tadmet à sa confiance autant qu'il est nécessaire de le foire pour lui donner cette aisance et cet enjouement qui font le charme de la société. H a encore un autre motif pour lui présenter ainsi la main : le souvenir des incursions perpétuelles, qui avaient lieu autrefois sur les frontières, et les cendres encore chaudes du sys-

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tème féodal, oui fait une habitude de ce gage de bonne foi ; et où ce gage estnil plus respecte qn'en Ecosse P oè trouve- t-on un allié plus fidèle , un partisan pins dérottë?

Je voadrais bien savoir anssi s' il y a quelque chose d'immoral ou d'inconvenant dans une coutume qui rapproche davantage les uns des autres tons les anneaux de la grande chaîne de la société ; qui nous rappelle que nous sommes tous frères Y et ne formant qu'une même famille ; qui ciittive l'urbanité 9 produit ramitié et fait mûrir la philantropie? On peut aussi demander si Yétranger qui voyage dans d'autres contrées n'y a pas senti bien souvent le besoin de cette main qn'on lui ofhre en Ecosse avec tant de bienveillance ; s'il ne s'y est pas vu repousser par un préjugé national qui s'élevait contre lui. L'honnête Ecossais l'a éprouvé lui-même bien des fois , mais il est trop généreux pour vouloir en faire autant à l'égard des autres.

Quant au re[Mroche fait aux dames de parier trop haut , il ne faut pas être profond observateur pour savoir que chaque pays a sa musique , son accent et son dialecte , et non-seulement chaque pays, mais chaque province. Edimbourg

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a donc son ton particulier , et il vaut bien celui de Londres; mais, dans les premiers cercles, les Ecossais qui ont voyage sont ce que sont partout les personnes qui ont reçu une. éducation soignée : aussi doux et aussi prévenans, mais plus aimables et plus polis que la plupart de leurs voisins.

On a remarqué avec vérité que les mères de quelques-unes des plus élégantes Ecossaises sont un peu moins policées que leurs filles , ont Vaccent écossais plus prononcé , et n'ont pas Tavantage d^ avoir appris à valser , de porter des pantalons à la turque, et de savoir briller dans un bal ou une assemblée. Mais s'il leur manque quelque chose de ce côté , ces dignes matrones n^en sont-elles pas bien dédommagées en étant complètement étrangères au jeu, et en ne figurant jamais dans des procès scandaleux comme leurs sœurs, plus intrépides, du sud de la Grande- Bretagne? Le continent nous ayant été longtems fermé , ces respectables mères de familles ont eu peu de communication avec les climats plus chauds; et ensuite les soins domestiques, et leur arrivée à Tâge de la maturité leur ont laissé peu de goût pour les voyages. Elles ne peu-

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vent donc avoir la légèreté française ; elles ne connaissent pas cette espèce de pelotte que nos merveilleuses portent par derrière au bas de leur taille ; on ne voit en elles d'autres protubérances que celles que leur a données la nature dans les vues les plus sages.

Pourquoi les lieux de réunion publique ne sont-ils pas aussi fréquentés à Edimbourg qu'à Londres et à Paris? C'est parce que l'industrie des classes mitoyennes et inférieures de la société les porte à s'imposer des privations , qui en excluent presque entièrement celles-ci, et qui ne permettent aux autres d'y paraître que lorsqu'une circonstance extraordinaire les y attire , comme le mérite d'une pièce ou d'un acteur. Quant aux premières classes, on les voit partout où la mode les appelle , comme le beau monde de tous les pays; mais si les réunions publiques sont peu suivies, les assemblées particulières n'en sont que plus nombreuses. Nulle part il n'y a plus de société , et elle n'est plus gaie qu'à Edimbourg. Même dans la moyenne classé , les dîners de famille et les réunions d'amis ont lieu plus fréquemment, et rassemblent

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une plus gnskie compagnie qu'à Londres , si rmi prend en considération la population relative de ces deux capitales ; et quant aux amis de Baccbus, je crois qu^ils n*ont pas à se plaindre de la vieille Reekie *.

Je suis fâché que les habits noirs des hommes voués aux professions savantes donnent des idées de la même couleur au vopgdur superficiel et difficile à contenteç : mais dans une ville qui est le centre des sciences, où il se trouve un si grand nombre d'hommes occupés dVtudes sérieuses et importantes , il serait dur d^exiger qu'ils changeassent leurs habitudes graves e! tranquilles , et encore plus injuste de les exclure entièrement de la société , quoique je sache fort bien que l'homme qui cultive les sciences et qui respecte les mœurs n^est pas très-désiré dans les rendez-vous ouverts à la légèreté et à la galanterie.

Il y a plus de vérité dans ce qu'on dit sur le dimanche en Ecosse. Il n'y aurait pas de mal que la dévotion y prtt un air moins lugubre; et l'autorité des Ecritures nous apprend même que,

* Ancien nom d'Edimbourg.

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lorsque nous prions et que nous jefiraoÂS, nous ne devons pas en faire étalage. MaisSandy * est un garçon tranquille , grave et diseret ; et il a aussi sa petite citation pour soutenir raustéritë de son sabbat. D'ailleurs cette accusation ne tombe pas phis à Edimbourg qu'ailleurs sur les gens du grand monde.

Dans presque tous les pays il existe un carnaval : TEcosse a aussi le sien. Les saturnalesde la classe inférieure se bornent à ce qu'on appelle dans ce pays les jours fous , c'est-à-dire la fin d'une année et le commencement de l'autre , l'intervalle qui s'écoule entre Noël et les Rois. Mais celles des bautes classes durent plus long-tems, et continuent tout l'biver, quoique plus fidèlement qu'à Londres; car, lorsque mai allonge les jours v et que la face riante de la nature invite l'homme à contempler ses ouvrages , le grand air et l'exercice bannissent la fièvre de la dissipation. L'Ecossais est trop raisonnable pour fermer ses volets afin d'exclure les rayons du soleil , ou pour passer une grande partie de son tems à dormir, à faire des orgies, ou à se

* Nom sous lequel on désigne TEcossais en géaéraJ.

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promener. Ses habitudes et sa bourse, son édw cation et son économie, ne lui permettent ni de rester au lit jusqu'à midi , ni de passer deux heures à sa toilette avant le dîner. Il permet à l'homme soi-disant <i la mode , qni habite le sud , de laisser Rélrir la primevère, de tourner le dos à la violette , de préférer aux beautés rurales du prialems le bruit et la boue des villes, çt de n'arriver 4 la campagne que pour y voir le me- BUttlo monde la chute des feuilles; mats il agit en sens inverse , et je laisse au philosophe , au sage , k l'ami de la nature , le soin de prononcer entre ces deux manières de vivre.

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