‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 47 sur 56 · ET LA TACITURNITÉ · texte numérisé non relu

ET LA TACITURNITÉ

LrA véracité et la tacifumité sont les qualités fayorites des Ecossais. Ils les estiment pour deux raisons : d*abord à cause de leur valeur intrinsèque; ensuite à cause de la grande utilité dont ils les trouvent pour eux-mêmes. Le Calédonien aime la vérité , parce qu^au bout du compte la vérité est ce qu'il y a de mieux et de plus facile. D'une autre part , sa véracité le met en crédit et le préserve des embariras désagréables dans lesquels tombent souvent des hommes plus entreprenans , qui risquent leur réputation par ambition de paraître spirituels ou plus grands qu'ils ne le sont réellement.

La vérité et le silence jouent alternativement leur tôle cbez l'Ecossais , parce que lorsque la

yéritë peut être dangerease , le silence est , sams Contredit , le meilleur parti qu'on puisse prendre. Mais il a une autre propriété qui n'est pas moins précieuse : c'est une sorte de vertu négative qui prend tour à tour la forme de quelque bonne qualité effective et réelle, car il prête du Bon sens k l'igncffant , des connaissances au sot, et de la bravoure au poltron.

Une preuve non équivoque de bonne éducation, c'est de savoir écouter les autres. C'est une qualité rare et brillante parmi les Français ; mais celui qui sait se taire en tire presque va:nilé i c'en serait une mal fondée cbez.les dames ; mais rien n'est plus aimable que d'accord» le ttlence de l'attention à la personi^e qui parle. Si elle est âgée^ c'est presque im devoir religieux^ si elle est d'un rang supérieur au nôtre , c'est une politesse, un sacrifice pénible peut-être, mais qui n'en est pas moins nécessaiie pour le maintien de la société. Si celui qui parle peut nous édifier et nous instruire, la ticbe dv silence e&t payée au centuple ; si c'est un fat ignorant^ nous pouvons encore tirer une leçon utile de son bavardage ennuyeux , celle de ne pas l'imiler. nous faiscos souffrir notre amour-pri^re , en

£T LA TAClfrCRNITÉ. ^4?

ne prCûflUt pas le de dans la coiiyersatioii , nous gagnons dn moins k tenis de réfléchir sur ce qu'il peut être à propos de dire ou de ne pas dire^ eli paÊTisit cas , dans Une autre occasion.

Dans toute discussion , celui qui a la réplique a un ^[rattd avantage , parce que son adversaire d en quelque sorte démasqué toutes ses batte^ ries. C'est pour cette raison que Sasdy aime à attendre un peu , c'est-à-diiiB jusqu'à ce qu'il soit doublement maître de son s^jet ; d'abord par ce qu'il en sait lui-même , et ensuite par les erreurs qu'il reconnaît dans ce que les autres en disent.

Un jour que je me faisais couper tes cheveux par lin coiffeur d'Edimbourg , encore plus bavard que ne le sont ordnairettënt ses conftères^ il me dit que , pendant le teins qu'il était à Londres , il avait trouvé le moyen d'amasser utoe assez bonne bourse , afin de pouvoir jouir à séù. aise des plaisirs de cette capitale. Muni d^nne garde-robe assez bien composée , ayant une knontre d'or , une bague et une lorgnette , il prit un appartement garni , y passa un mois , el fiiit regardé comme un homme jouissant d'une fortune indépendante. « Comitoent as-tu pu y réus-»^

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