‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 48 sur 56 · LA VÉRACITÉ · texte numérisé non relu

LA VÉRACITÉ

sir, Mac? lui dis- je ; car tu es Scandinave , et ton accent devait te trahir. — Ma foi , Monsieur, répondit- il, sachant que ma taille n'était pas imposante , et que je ne parlais pas très-bon anglais, j'avais soin de m'habiller dès le matin , et je n'ouvrais la bouche que dans les occasions indispensables. » Cette réponse me confirma dans Topinion qne j*avai$ déjà conçae de la pmd^ce

et de la tacitumité des Ecossais^r ^^ ^^ 1^ li^î^ son intime qui existe entre ces deux qualités.

Relativement à la véracité , quand elle peut occasioner quelque danger , TEcossais vous regarde , sans parler , d'un air expressif que ¥oas pouvez interpréter comme bon vous semble ; ou il affecte de ne pas avoir entendu pour être dispensé de répondre', où enfin il se retire paisiblement sans prononcer un seul mot. Le montagnard , par exemple , ne saura pas un mot d'anglais quand il craint de se compromettre ; mais s'il trouve son intérêt à répondre, il s'expliquera très-couramment, quand même il devrait mettre en oeuvre toutes les ressources de la pantomime pour se faire comprendre , et exposer au grand jour son ignorance en employant le genre masculin pour le féminin , comme le fait si souvent

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John Bull , quand il veujt parler français. Car le montagnard appelle son fusil et son sabre elle, aussi bien que sa maison et sa cornemuse , quoiqu'il appelle sa femme M, sans doute parce qu'elle porte les culottes , pendant qu'il porte le jupon ou kilL Mais , après tout , quel droit a un étranger de connattre toutes ces distinctions?

Si l'Ecossais , soit montagnard , soit habitant des basses terres ^ se trouve force à faire une réponse quand il n'entend pas bien l'affaire dont il s'agit, ou quand il craint que cette réponse ne puisse le compromettre lui ou cehii qui l'emploie , car il est fidèle à l'un comme à l'autre , il vous en fera une qiii vous mettra hors de garde, ou il tournera de telle sorte autour de vous , qu'il vous sera impossible de lui faire face.

Je me rappelle un montagnard qui savait à peine quelques mots d'anglais , et qui était de garde un soir à la porte d'un fort. Sa consigne était de ne laisser passer personne sans lui demander le mot d'ordre. Le major du fort se ^vésenta , et voulut y entrer. Mac-Lachian le connaissait fort bien , mais ses ordres étaient positifs , et, pour être plus sûr de son fait et ne pas ris-

iSa LA VERACITE

quer de se compromettre, il lui demanda lefiioi d'ordre. Le major l'avait oublié , et il lui dit que, comme il devait le c<mnaitre , il fallait qu'il le laissât passer. « Je ne connais personne, » répondit Mac-LacUan d'un ton bourru , en finissant cette courte phrase par un ough ! qui semblait signifier : m'entendez-vous? voilà ce que j'ai à vous dire. Me ]tfcnez-vous pour un novice ? » car ces particules explétives sont aussi expressives ches les montagnards qu'elles Tétaient cbes les Grecs. « Mais je suis le major du fort , dit l'officier , et il faut que j'y rentre. -*- Je ne dis ni oui, ni non, répondit Mac-L^chlan; mais vous n'y rentrerez pas ce soir sans le mot d'ordre. « Le major fut obligé de passer la nuit dehors, et le lendemain il fut le premier â donner des éloges à la conduite du soldat.

Bien des gens trouveront dans le trait suivant la preuve d'un cerveau dérangé, moi, j'en vois une de discrétion écossaise. Lord B^*^* , après avoir fait le tour de l'Europe , 'jurait en compa^ gnie qli^il n'avait vu nnlle part un sol , un jardin, un château , des fruits , des fleurs , rien^ en un Qiot, qui f&t comparable à son domaine d'Ecosse et à ce qu'il produisait. « Vous ferez du moins

ET lA tACÏ*njRKIT£ âSi

«ne exception en faveur de la France pour le raisin , » lui dit quelqu'un d'un ton un peu go^ guenard. Le hxà vit sur tous les visages un air de dërision qui aurait déconcerté tout autre qu'un Ecossais; mais il se remit promptemetif , et répondit d'un ton doux et discret : « Point du tout , Messieurs ; mais je dois vous prévenir que je l'aime un peu sûr. »

Je terminerai par cîtet vu antre exemple du silence réBéchi qui caractérise l'Ecossais ; c'est une réponse que fit un seigneur écossais , qui n'existe plus , à un de ses amis qui lui rendait compte de l'ingratitude dont untiers s'était rendu coupable envers lui. L'ami parla d'abord d<e là grandeur de rinjure;ie pair ne laissa paraître aucune émotion. Encouragé en voyant qu'il ne montrait ni colère ni indignation , il détailla les actes d'ingratitude ; le pair garda le silence. Il rendit compte des personnalités ; pas un muscle de la physionomie du lord n'en fut ému. Il parla des calomnies qui avaient été répandues ; ppint de réponse. Enfin il l'avertit des menaces qui avaient été faites contre lui , et le p^iir garda encore le silence, paraissant réfléchir profondément.^ L'ami se mit à réfléchir à son tour : Quel

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serait le résultat de Tavis qa'il venait de donner? quel était le motif du silence du noble pair ? Etait-ce cet esprit de vengeance qui veut recueil lir toutes ses forces avant de frapper ? . était-ce doute, mépris, pardon, étonnement? Cen^était rien de tout cela , estait prudence et circonspection.

Le lord répondit enfin en soupirant ; mais ce soupir annonçait moins une souffrance intérieure qu'un sentiment de pitié pour celui qui Tavait offensé : f< Je ne saurais mMmaginer pourquoi cet homme est devenu mon ennemi , dit-il ; car je ne me souviens pas de lui avoir jamais rendu un service. » Il ne fit aucune autire observation à ce sujet ; mais il prit ses mesures pour n'avoir rien à craindre des menaces de cet individu.

Cela valait sans doute mieux que de se livrer à la colère ; mais , quoique je ne sois pas d'un caractère très -irritable, et tout Hermite que je suis , je crois que j'aurais eu beaucoup de peine , en pareille occasion , à conserver tant de sangfroid.

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