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la seule différence étant qu.e lady Grizelda avait une rôtie et de Teau panée , et la suivante du pain dur et de l'eau claire , qu'elle avait bue en disant , par forme de toast : « Au diable toutes ces manières de qualité ! »
Or , il est bon que mes lecteurs sachent que cette scène se passait la veille d'un grand baf que sa seigneurie donnait à tout le beau monde d'Edimbourg , à ses innombrables cousins et cousines , sans oublier une légion d'hommes de loi ) qui arrivent en pareil cas par douzaine , comme les clauses qu'on met dans un acte pour l'allonger et grossir le mémoire des frais. Lady Grizelda avait envoyé , en cette occasion importante , trois cents cartes d'invitation , et sa maison était Kttératemeiit sens dessus dessous , afin de la préparer pour une fête dont jelle espérait que l'éclat se répandrait bien loin.
Depuis trois semaines elle travaillait avec ardeur à décorer ses appartemens par le moyen de festons, de guirlandes, de draperies, d'arbustes, de fleurs, etc. ; et trois de ses nièces s'occupaient avec elle des mêmes soins pour que rien ne manquât à la pompe et k la splendeur du grand jour. L'argent même n'était pas épargné , quoiqu'elle
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ne le lâchât qu'avec réserve et économie. Six cousins lui avaient prêté toute leur argenterie ;' et un sef tième , qui ne possédait que ses talens r s'était chargé de peindre les parquets de la manière la plus élégante.
Ce bal , qui devait être suivi d^nn souper ^ était une grande affaire pour lady Grizelda ; car, d'abord , on en parlait depuis long-tems ^ et il fallait qu'il répondit à l'attente générale; ensuite elle avait à soutenir Thonneur de son titre et de sa noble Camille, quoique ce titre ne lui fût accordé que par courtoisie , et qu'elle ne possédât qu^une pension du gouvernement. Du reste , il était vrai qu'elle était issue d'uâe race noble et.antique , et elle ne voulait pas la désboliorer. On tira donc d'un vieux coffre six habits de livrée , dont cinq furent ajustés sur les épaules de cinq domestiques de louage; le sixième appartenaiijt de droit à son intendant , écbanson , page et laquais , car il remplissait lui seul tous ces rôles.
André , le majordome , fut chargé de former à l'exeircice les cinq recrues ; et le coramandaBt en chef, lady Griielda, accompagnée de ses
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trois^aides-de-camp femelles , passa elle-même en revue le service de la table , par le moyen de cartes qu'on y plaça et qui tenaient la place des mets et omemens qui devaient la couvrir. Pardessus tout , André et son premier lieutenant , valet sans condition , qui semblait assez entendu , reçurent ordre d'anncmcer à haute et intelligible voix les membres de la noblesse à mesure qu'ils arriveraient, et défaire bien sonneries titres de marquis , de comte et de lord , et même les noms des simples gentilshommes qui portaient les titres de leurs terres, quand bien même ils les auraient vendues, comme les lairds de Balmagash, de Glenbumie, d'Invercraigie , etc. ; car que seraient- ils sans cela ?
Mais il est tems de présenter lady Grizelda à nos lecteurs^ Sa seigneurie a environ cinq pied» six pouces, y compris les souliers, et la taille droite comme la hallebarde d'un sergent, et maigre comme un lévrier efflanqué. Si les os des joues saillans sont, comme on le dit, des marques de haute naissance , elle a les plus hautes prétentions à cet égard. Un regard hautain annonce la vieille fille qui a méprisé notre sexe ,
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peut-être par esprit de représailles. Une perruque blonde 9 cachant ses cheveux blancs , jadis d'un roux ardent , achève son portrait.
La nuit destinée au bal arriva enfin , et un jeûne général Tavait précédée. Ses' trois nièces en seraient plus lestes pour danser , les domestiques plus actifs et plus alertes; elle en aurait elle-même plus de calme et de sang-firoid. L'oeuf, la rôtie et Feau panée furent donc le diner de toute la famille , dîner qui avait été répété tant de fois pendant la semaine, que le pauvre André se sentait à peine en état de porter le joug de la servitude ; Jessy n^ était guère mieux, et une couple de bals semblables aurait mis sur les dents toute la maison de sa seigneurie.
A onze heures du soir des torrens de lumière annoncèrent que làdy Grizelda recevait du mondes et à minuit un bataillon de porteurs de chaises amenèrent successivement les conviés.
La compagnie pouvait se diviser en trois classes : les hommes suivant une des professions savantes , les modérée, les exagérés» Le corps noir de Thémb et d'Esculape semblait menacer
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ia bourse et la santé ; il était fort nombreiu: , et se composait de parens et d^amis. Les modérés étaient les nobles de Tancienne école , qui arrivèrent les prenriers , et qni Ytttiaient pour &ire mie partie de whtsk , -voir danser leurs enfans et leurs petits^enfans , et prendre la main h une soixantaine deconains à tous^e^és qu'ils étaient sArs de rencontrer. Les exagérés étaient les nobles et riches qui avaient voyagé , leurs ombres , leors copies , leurs sycophantes , qui servaient de caricatures à ces tableaux vivans de baut ton et d'élégance. Ils arrivèrent entre une et deux beures, et ne venaient ^e pQnr faire uX^rk\s& et jeter un coup d'ceil de protection sur leurs connaissances. La tête de leurs femmes était écra-* sée sous un cbâteau de tresses de cbevenx , de peignes, de croissans, de plumes, fleurs^ etc., de sorte que les petites femmes disparaissaient sous cette profusion d'omemens, tandis que celles qui étaient plus matérielles ressemblai^t à des élépbans chargés d'une tour.
Lorsque toute la compagnie (ut arrivée , cts dames à haute coifiure auraient pu rappeler la tour de Babd ; car la confusion des langues ré-
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gnait dans les sjdeadides appartemisiis de iady Grizeida; Tëcossais, parlé dans toute sa p«reté naturelie par les astiqpies des deux sexes ; l'asglais, débite avec affectatioa par les exagérés; un jargon^ composé de ces deux langues, eai'ployé par les sottes caricatures qui voulaient les imiter; et des lambeaux de français et d'italien, bégayés par des fats et des merveilleuses. Chi j renuMrquait pourtant aussi un grand nombre de beautés modestes , à taille bi^ prise , à sonrnre attrayant.
Nulle part on n'aurait pu trouver plus d'agilité que n'en déployait les jeunes danseurs de$,deox sexes. Ici on voyait des yeux brillans comme le soleil, un teint animé, des tresses de cheveux noirs ou châtains qui semblaient its chaînes formées par les amours , aurores boréales séduisantes au delà de toute expression ; là on admir rait de grands yeux bleus pleins de douceur, des cheveux blcmds ou cendrés, et cette (raicheur de teint qai annonce au cœur qu'il n'a pas besoin de chercher plus loin le bonheur. Ailleurs on voyait les teintes de Flore en novembre, c'est- à*dire sur son déclin ; des fleurs plus qu'é<*
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paBouies , faisant tapisserie lé long des murailles; que nul ceil ne cheriehait , vers lesquelles la main ât Thymen ne s^ étendait pas; dont les lèvres étaient ornées d'un sourire forcé , et qui, tourmentées du désir de danser , acceptaient avec empressement et reconnaissance la main du vieil avocat, du jeune clerc de procureur, ou d-un cousin sacrifiant aux convenances.
Et les spectateurs , les critiques , les connais^ seurs 9 les amateurs ! On les voyait rangés en file, la lorgnette en main, dirigeant leurs regards sur une jambe fine , un cou d'ivoire, des épaules d'albâtre. Quelle épreuve pour les belleir Calédoniennes ! Celle qui n'est jamais sortie de son pays est Tenfant de la nature ; c'est la Terpsichore du réel. Celle qui a voyagé con^ suite Tart davantage ; ses attitudes , ses pas , ses regards sont étudiés , et la valse est son triom^ phe ; tandis que les modérées se contentent de figurer modestement dans une contredanse.
On annonce le souper ; nouveau tumulte; Tous les yeux sont à l'ouvrage ; cbacun cherche celle près de qui il voudrait se placer à table ; c'est un moment de crainte , d'espérance , d'in-
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quiétude , de doute et de plaisir. Le souper était excellent, et digne des convives auxquels il était offert. Les vins étaient de première qualité , et lady Grizelda n^avait pas la manie vulgaire de trop presser pour qu'on en bût. Elle fit même une grimace involontaire lorsqu'un des convives , après avoir bu un verre de Champagne , dit que c'était du rtvenez-y. On se sépara au point du jour, chacun étant cachante de la politesse hospitalière de la maltresse de la i|iai~ son , qui avait dépensé six mois de son revenu pour donner à sçs amis quelques heures de plaisir, et satisfaire sa vanité. La fête ne fut pas même sans effet ; car, là commencèrent certaines liaisons qui se terminèrent les unes par le mariage , les autres autrement.
« Allez vous coucher , mes enfans , » dit lad j Grizelda , après le départ de toute la compagnie 9 à ses cohortes prétoriennes , en leur dis^ tribuant un verre de vin , mesuré avec économie. Ses troupes se retirèrent, l'esprit soulagé d'un grand poids , et Testomac n^àyant à en supporter qu'un fort petit. Alors sa seigneurie et ses trois gièces se chargèrent elles-mêmes d'éteindre les
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lampes , ramassèrenl les^ bouts dé bougies, re- Tersèrent de Tone dans Taufre ce qui restait dans les csffafes à vin , et enfennèrent soigneu-sèment dans un grand buffet tout ce qm avait échappé à Tappétit des convives. La semame suivante fut fevorable aur cousins de campagne, qui nb maiApiërent pas de venir demander ies noaveHes de la santé de leur cousine , et qu^elle invita à dtner. Mais le carnaval fut court, et un long carême y succé^la.
Eh bien! ce fut une heureuse nuit , une (%te splendide. Beaucoup de mes lecteurs accuseront lady Grizelda d^avoir cédé à une vanité extravagaitte. Et cependant quelle différence entre elle et la dame de Londres , qui donne de semblables fêtes! Lady Gttzelda Mac-Tab peut son-ger, avec, satisfaction.» qn-ètle a témoigné sa recoimaissance aux nombreux amis qui la reçoivent chez. eux pendant tout le cours de Tan-r née; qa'on citera; son bal et son souper comme loi Esiisaitt. bonnenr , et cependant qu'elle n'a fait tortni à elle-même ni à personne ; car elle n'a rien pris k crédit ; et une abstinence protongée, joble à quelques mois passés chez ses
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anus , rélabliront l'^qnilîbre dans ses finances. Au contraire, lady Squander, dans Portman- Sqoare , se ruine par tontes les fêles qu'elle donne successivement ; contracte des dettes de tous les côtés ; perd sa santé, et finira par passer sur le continent, en laissant à ses créanciers le soin de payer les violons sans avoir danse. Il y a peut-être folie des deux cAtés; mais celle de l'Ecossaise est la plus pardonnable.