N* XXXIII
HOGMANY,
OU LA MATINÉE PU PREMIEK JOUR PS l'AN.
Dans aucune partie habitable du globe la nouyelle année n'est reçne ayec plus de gattë qu'en Ecosse. C'est l'époque du triomphe de l'enjouément et de la liberté ; mais cette liberté ne res- ^mble nullement à celle du carnaval , et ce n'est pas sous le masque qu'on en -jouit. La joie ^e montre franchement et sans déguisement sur tous les visages ; la main de l'amitié s'ouvre partout comme le cœur ; les traits les plus graves se relâchent ; le ton le plus roide et les manières les plus empesées prennent du ^ant et du moelleux; le mattre exigeant et le serviteur soumis »e rapprochent Tun de Tautre ^ le premier se
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baissant et le second se levant , pour se placer sous le niveau de Tégalité, et prendre le plus lieau titre de Thumanité , celui d'hommes, sem- Uables les uns aux autres , enfans de la même famille , et composant les diOërens anneaux d^une grande chaîne.
Plaçons-nous un instant dans la capitale de la Calédonie , et nous y verrons la copie la plus exacte des saturnales romaines , tout ce qui en reste aujourd'hui. Une gaité libre et honnête règne partout , et le fidèle serviteur à qui son maitre demande, comme Horace, Daçus ne?
peut lui répondre en toute sûreté de conscience : Ita Daçus f amicum mancipium domino et f rugi ; car il n'est nulle part mieux caractérisé par l'attachement et la frugalité , et ces qualités, ne l'abandonnent même pas quand il sert des étrangers hors de son pays.
Le jour de fête dont je parle s'appelle Hogmanyt terme qui a été expliqué de plusieurs manières , toutes faisant honneur à la piété et à Thospitalité des Ecossais. L'h<»u&e religieux le considère comme l'octave du jour de .IKoël , comme Tairniversaire de l'ère nouvdle.qui date de notre rédemption, qui consacre l'époque où
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Dieu a bien voulu se revêtir de la faible hamanitë , el il prétend que ce mot est une corruption des mots français : Vhomme est ni. D'autres perscmnes en trouvent Torigine dans les mots : Van est né; et il en est aussi qui en tirent rétymologie du latin : hoc mane : cette matinée; la matinée par excellence ; celle qu'on voit arriver avec joie et reconnaissance, parce qu'elle semble nous promettre une nouvelle année ; celle qui nous inspire des voeux sincères pour le bonheur de tout ce qui nous est cber, de tout ce qui nous approche. Si un Ecossais rencontre, dans là matinée du i^' janvier, celui qu'il regardait la veille comme son ennemi, la coutume nationale et un mouvement de générosité l'emporteront ; il s'approchera de lui , lui tendra la main , et rien ne pourra l'empéeher de lui souhaiter une heureuse année.
Une telle coutume n'est-elle pas calculé»
pour inspirer l'amitié , pour en resserrer les nœuds , pour rapprocher les hommes les uns àt% autres, unir le riche au pauvre, faire nattre l'harmonie , déraciner les préjugés , extirper les ressentimens? L'amour trouve aussi son profit au baiser qu'elle permet de donner et de te-
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cevoir , et je ne sais trop si ce n'est pas dam les mots : kug me nigk * qa'il faut chercher la véritable étymologje à^Hogmany.
La veille dn premier jour de Fan , nous avons vu, attendant avec impatience le coup de minuit, la jeune Ecossaise, revêtue de ses plus précieux atours, c^est-à-dire de sincérité, d'affection et d'enjouement, aux aguets pour voir arriver Tamant favorisé, à qui elle désire accorder les prémices de s^ joues vermeilles et de ses lèvres de rose; et puisse-t-elle, pour elle et pour lui, conserver long«tems ces charmes! nous avons vu Tinquiétude se peindre d^ms ses yeux et £rire palpiter son cœur , de crainte que quelque vieux garçon , quelque personnage maussade, un homme pour qui rieii ne lui parle, ne vienne malignement ravir le baiser qu'elle veut réserver pour son cher Donald ou son fidèle Sandy.
Mais le même empressement, la même impatience régnent parmi notre sexe. Le jeune garçon épie Tinstant qui va terminer Tannée pour dérober un délicieux baiser , que le décorum et les convenances ne lui permettraient ni
* Appuyez fort.
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de prendre ni de denumder à tonte antre époque. Il arrive long-tems d'avance à la porte de sa belle Jenny, et, dès qu'il entend le premier coup de minuit, il s'empresse d'y frapper, de peur qu'un autre ne prenne le pas sur lui , et n'offre sur l'autel de l'amour l'encens qu'il brûle d'y présenter. Quel contre-tems , quel désappointement , si c'est une tante à visage refirogné , ou Cbristie , la vieille cuisinière , qui vient lui ouvrir la porte ! car cet usage hospitalier n'excepte personne, pas même une servante, et la charité cache une leçon salutaire sous ce pre*mier baiser, en nous apprenant que la première loi que nous impose la nature est l'affection pour tous nos semblables. Cette leçon que nous donnent la fin d'une année et la naissance d'une autre, séparées par un point indivisible, peut se graver plus profondément dans nos cœuts , que si elle nous était froidement donnée dans la chaire d'un ton nasal et monotone.
Cette coutume sociale développe donc les sentimens les plus louables du coeur humain, mais Tamant sait en tirer parti. L'humble berger y trouve une occasion Eaivorable pour déclarer sa passion, et le zèle qu'il a montré pour ar-
riyer le premier k minait peut dtfii|^èsélrt'en; '$k {KV^èiir le cœiir : . qu'il veut |agnèr7 Lé< 'ftwiè bôwmt à'm rmg [das élevé épie^ù^e' Wailté.
célèbre qn* il aline depuis Idug-teMis, ^mfiii^^ëilt il il^0sl que légèrement cioftiHT; il suifs^s pra's^-iJH lacWdif i sortir d^une : assemblée , ou • t«vîDh%^^. ^eotàcH^^aprèsonzie Ueures' du &(Àr\ et' 's^^il est ^^aezliearrâxipoiir. entendre k>nneir mhiuit'é^ qu-eUe sôit rentrée chez elle , il se félicite de ce que lés ailes ' de Cupidon viennont d'amener une nouvelle année , et Tusage national Tautorise à rétlamer le privilège d'un moment de bonheur. C'est iators qu'on peut ydir les jolis pieds d'imei beauté maligne paraître redoubler de yitesse pour échapper 4 ^'«àmflînt'^i-k suit ^ et regagner son logis avant lé momèit -critique ; malts ^en pareil 6as.^>^^ fuite resseibblè seûvenJL
à celle de la Galatée de Virgile :
Bi fugit ad salices , et se cupit ante eiderL
Mais pendant .le repas, qui ccmsacre l'instant de la naissance du nouvel ah, les' fils de la Calédonien' oublient pas de mouiller les ailes du Tems dans un vin généreux. Plus d'un flacon se vide pendant que l'amitié joint les mains et unit
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hs cœurs , et c'est la coupe à la main qu'on offre à sa maîtresse , à ses parens , à ses amis ^ à un protecteur, les souhaits les plus sincères pour leur bonheur inaltérable.
Un vénérable aïeul verse des larmes de joie en buvant à la santé, à la prospérité de la nombreuse famille dont il se voit entouré , et il se rappelle un tems qui nVxiste plus ; il songe avec quelle rapidité coule le fleuve de la vie , combien est court le rêve de la jeunesse ; il fait des vœux pour que ceux qu'il aime n'éprouvent en ce monde qu'un calme heureux , et qu'ils échappent aux ouragans et aux tempêtes qui ont rendu son voyage pénible et difficile. Il regarde avec attendrissement les plus jeunes rejetons de Tarbre de famille dont il est la souche et dont il voit les branches nombreuses couvrir sa table, et il se flatte de revivre en eux. Cette pensée donne de la dignité à son plaisir, de la gravité à ses jouissances, et de la résignation à son sourire.
La matinée avance ; chacun fait et reçoit des visites , et Ton entend répéter partout : « Une bonne année! une heureuse année! Puissiez- vous avoir tout le bonheur que je vous souhaite ! Ne
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dëjeùnerez-rous pas ayec nous? A votre santé ! » et d'antres phrases semblables , sans prétentions , sans élégance, mais partant du cœur, ayant la sincérité pour base , et par conséquent valant bien nùenx que les complimens les plus fleuris et les plus recbercbés.
Le fat, rbomme du monde souriront avec mépris de cet échange de politesses cordiales ; à la bonne heure ! Quant k moi, je dois dire que lorsque le plus pauvre des pauvres me présente la pinte de bière qu^il tient à la main, j'y trempe mes lèvres avec reconnaissance , parce qu^elle est offerte par la sincérité, et je prétends qu^un roi sur son trône ne devrait pas trouver au dessous de lui jeter un coup d'oeil sur les jouissances innocentes de nos frères du Nord k la nouvelle année.
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