‹ L'hermite en Écosse, ou, Observations sur les moeurs et usages des ecossais au commencement duChapitre 54 sur 56 · LÉ COIN DU FEU DE L'ÉCOSSAIS · texte numérisé non relu

LÉ COIN DU FEU DE L'ÉCOSSAIS

Je passaï la soirée du premier jour de Tan dans le sein d'une famille écossaise, à Edimbourg; u^e trentaine de cousins et cousines s'y étaient joints. A mesure que quelqu'un arrivait, il distribuait et recevait à la ronde les coraplimens d'usage , et n'oubliait pas toéme les domestiques.

La mère regardait ses nombreux enfans avec un air de fierté affectueuse , et semblait sentir que son cœur était assez spacieux pour les con*tenir tous. Son mari avait un air de sévérité , tempérée par un sourire , et adoucie par la sérénité de son front, et un oeil actif et pénétrant. Il savait se faire aimer et craindre de ses enfans t et il ressemblait à un berger veillant à la sûreté de son troupeau. Son regard était celui du

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maître , mais d'un maitre tendre et afiectuetix , qui n'exigeait que ce qui était nécessaire ponr maintenir Tordre dans sa famille.

Sa fille aînée est sous -gouvernante du château , car le gouvernement, en chef est partagé entre le père et la mère. Annie est donc élevée d'un degré au dessus du reste de la famille , tandis que le petit Johnny est un peu plus gâté que les autres, parce qu'il est le dernier, venu, et que Taccroissement de la famille a cessé avec lui.

A Texception du poids presque insensible que jette dans la balance la pins grande confiance accordée à la fille aînée , et un peu de faible pour le dernier fruit de leurs amours, ce digne couple ne montre nulle préférence pour aucun de leurs enfans. Le père a toujours les yeux fixés sur eux, et il soupire tout bas en songeant à tout ce qu'il a eu à faire pour pouvoir élever une teHe famille.

Annie a veillé à la confection des pâtés et des tourtes ; elle a surveillé la cuisine ; elle espère que le dindon sera cuit à point , et elle se flatte qu'on portera aux nues les crèmes et les compotes qu^elle a préparées elle-même. Elle a

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donne ses instructions à un valet montagnard qui va mettre une nouvelle livrée pour servir la table, et lui a recommandé de ne pas faire de gaucheries devant le riche cousin qu^on attend, un général qui revient des Indes avec une mine d^or. C'est dommage qu^ Annie ne soit plus dans la première jeunesse , car elle ferait une excellente femme.

Jane, qui avait été faire quelques visites, vient de rentrer, et son père lui rend avec affection le baiser qu41 en reçoit. Elle n^est pas aussi jolie que Marguerite,, mais elle a de Tesprit naturel , et elle sait le £aiire valoir dans la conversation.

Toute la famille est réunie; on annoncé le général, et cm passe dans une vaste salle à manger. Le père regarde autour de lui avec satisfaction , et semble compter ses enfans. Il n^y en a pas moins de douze présens ; mais, hélas! il y manque Sandy , Donald et André.

Cette réflexion lui coûte un soupir. Mais Sandy et Donald combattent pour leur patrie dans les Indes ; Tun est enseigne, l'autre lieutenant^ et il espère lire bientôt dans la Gazette leur promotion à des grades supérieurs. Le pauvre André est

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mort en héros sur le champ de bataille de Wa^ terloo ; mais ne vaut -il pas mieux avoir un fils mort avec honneur que d'en conserver un qui vivrait pour déshonorer sa famille ? Cette idée le console, et sèche la larme prête à tomber de ses yeux. Sa famille est sans tache comme elle Ta toujours été.

La bouteille circule et la gaité raccompagne. Les langues des dames ne sont pas engourdies. Enfin elles quittent la table, et le papa parle h ses compagnons des succès qu'il a obtenus , dans sa jeunesse, en guerre et en amour. Mais il ne parle de ce dernier sujet qu'à son voisin le général, et à demi>voix, de peur que ses jeunes cousins ne l'entendent, et que ses fils ne soient scandalisés. Il £iit ensuite Téloge des bonnes qualités de ses filles, quMl voudrait bien voir mariées. Cependant Hélène est la seule qui soit encore établie , et elle a fait un fort bon mariage. Le laird de Glen-Eagle semble avoir des attenti(ms pour Betsy , mais il est bien longtems à se déclarer.

Le moment de la danse arrive ; de nouvelles visites sont venues , et la compagnie se compose maintenant de plus de soixante personnes. Les

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cousines se regardent avec jalousie; laquelle' sera invitée à danser par le beau cousin Charles ^ le capitaine , et le riche cousin John , Pavocat ? La danse commence ; on figure, on saute, on se trémousse ; toute Tame semble être passée daMs les jambes. On peut croire que le réel est une danse fort simple , mais il n'en est rien ; elle exige autant de force que d'agilité, et ne convient presque qu'à TEcossais.

Quelques préférences occasionèrent quelques jalousies, et il en résulta quelques réponses sèches , quelques regards de froideur , mais tout rentra bientôt dans Tordre. Une rivale remarqua pourtant aisément que la belle Susanne prenait plus d'^intérét à la danse quand elle figurait avec le capitaine ; une belle négligée s'aperçut que le laird de Glen-Eagle redoublait d'ardeur et d'agilité quand il dansait avec Betsy. Le riche avocat semblait coucher en joue une tante de moyen âge , et dansait nonchalamment avec toutes les autres ; et la fille ainée faisait tous ses efforts pour que le général se tirât de la figure avec honneur.

Le maître de la maison , fortifié par quelques verres de vin de Porto et de Madère , qui lui

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donnaient un retour de jeunesse , prit la maiiK de celle qui était sa fidèle compagne depuis trente ans, et voulut se joindre aux danseurs. Le whiskey avait rendu sa tête un peu légère , mais cette légèreté ne s'était pas communiquée à ses jambes , et ses membres n'avaient plus leur ancienne élasticité. Plusieurs des spectateurs sourirent; la plupart cherchaient à le cacher; mais une de ses plus jeunes filles y mit nK>ins de mystère. Un coup d'œil grave qm jeta sur elle sa sœur ainée, rappela à Tordre rœil et les lèvres qui oubliaient leur devoir, et lui fit sentir Taiguillon du remords. « Que veut dire cela ? lui dit en même tems Annie à voix basse ; n'at-il pas toujours été pour vous un bon père?

Connaissez- vous un homme plus respecté , plus chéri , plus honnête , plus vénérable ? Que seront les charmes et les jambes dont vous êtes si fière , quand vous aurez soixante-six ans? »

Jessy ne répondit rien ; elle baissa les yeux , et rencontrant ceux de son père quand elle les leva, il ne put voir dans ceux de sa fille que la pins tendre et la plus pure affection.

La danse finie , le général proposa que cha^ cun embrassât sa danseuse. Mais il était de la

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vieille ëcole , cet usage est tombé en désuétude , et la proposition fit jeter les hauts 'cris k toutes. les jeunes filles.

Le souper succéda à la danse ; et tout annonce que la famille n'est pas à la veille de s'éteindre, car j'appris quelques jours apris que le général a demandé Annie en mariage ; que le laird de Gten-Eagle s'est enfin déclaré pour Betsy, et qne Jane Ta épouser le capitaine. On croit même pouroîr prévoir que le riche avocat préférera k la maturité des attraits de la tante les appas naissans de la jeune Lisbeth.

3o6 LES AMIS DE BACGHUS.

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