‹ L'hermite en RussieChapitre 12 sur 91 · UN MOIS DE MISANTHHOPI · texte numérisé non relu

UN MOIS DE MISANTHHOPI

avec pureté , et presque sans accent ; les femmes sont yétiies avec élégance et bon goût. Je vois une foule d'officiers de tous grades , depuis le lieutenaht'général jusqu'à renseigne. Mon cicerone me nomme presque tous les promeneurs : dan&.Ie nombre il y a plusieurs personnes pour lesquelles j'ai des lettres de recommandation ; je les examine attentivement : c'est à merveille. En rentrant chez moi, je brûlerai quelques -unes de ces lettres : il ne faut pas jeter sa poudre aux moineaux, et j'ai le bonheur ou le malheur d'être bon physionomiste. En attendant j je jouis du plaisir de me perdre dans la foule, et de passer incognito au milieu de gens avec lesquels je me promènerai quand j'aurai jeté mon domino. Je ramasse çà et ià les'^propos frivoles et décousus des conversations ambulantes. A la quantité ^e phrases qui débutent par ces mots : « Mon prince , princesse , cher comte , madame la comtesse , » il m'est aisé de voir que je. suis sur une terre classique des humaines grandeurs ; elles pullulent ici. Aimez-vous (^s excellences? on en a mis partout. Le général le plus modeste et le comte le moins illustre sont excellences , saais exceptbn^ dé leurs femmes : j'ignore si cela gagne les barons , mais j'en ai peur.

ta \m MOIS . D£ MISANTHBOPIE,

Cet été , Pétcrsboiirg n^a rien à envier -au royaume de ^ples ; les environ» me semblent enchanteurs ; les gazoïls luttent avec la brillante verdure d 'Angleterre. Cette capitale surpasse peut- être toutes les antres par lé luxe des jardins ; ils sont gracieux a<'cc originalité : le voyageur qui peut rester froid devant ces merveilles de Tart , est un homme qui doit retourner d^ns son village.

Cette existence me plaât ; vivre en sauvage au milieu de <]uatre cent raille personnes , a je ne sais quoi de reposant pour le cœur et Tesprit;! cette manière d'être encourage l'estime po«r soi-même et pour tout le genre humain. Yoilà huit jours que je n'ai pas eu Toccasion d'une médisance , et que je n'ai encouragé un diseiv de malices. Je passe près d'un sot ou d'un méchant, s'il y en a ici, sans m'e^ douter. Ainsi, un homme qui courrait le monde, en s'abstenant de toute liaison, s'élèverait à la perfection de l'optimisme ; il trouverait que tout est beau et bon. La plupart de nos malheurs et ' de nos fautes viennent de l'exemple et du besoin de faire comme tout le monde; je ne m'étonne plus , qu'en général , les henniles soient si honnêtes gens.

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