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salle est envahie par le peuple. Bientôt sa ma-^ jesté donne le signal de la polonaise, en prenant la main d^une des ambassadrices ; la .cour suit son exemple ; alors il s^ établit une longue file qui se rend dans toutes les salles, dont chacune a son orchestre.
Une chose m'étonna prodigieusement. Quan4 on parvint à la salle Blanche, la plus spacieuse du palais , elle était remplie au point qu'il semblait impossible d'y admettre même un enfant.; on ne pouvais aller ni en avant ni en arrière ç la cour se présente, 1ms flots se séparent, et un espace de six pieds^'ouvre devant le cortège. Je fus confondu de cette élasticité du public ; je cherchais un physicien qui voulût m'expliquer comment cette immense colonne pouvait circuler librement sajËS que personne cédât «a place. Faute d'un savant ,: je calculai moi-même que beaucoup de*curiosité , de soumission et de respect , doivent opérer sur chaque corps une réduction d'un tiers. Enchanté d'avoir résolti le problème , je suivis la polonaise pour profiter de cette libre circulation ; je jouis alors du^oupld'œil de la diveirsité des nations. Cosaques; Arméniens, Grecs, Tatares, GélDrgiens, Imiter
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tiens , Caucasiens , et une multitude de femmes russes dont les costumes étaient presque aussi variés que les figures , formaient la haie de droite et de gauche. Je vis une paysanne qui portait, d'un air très-sérieux, un chapeau d'arlequin richement brodé en or ; j'aurais bien voulu lui dire : « Quel est ton nom, ton pays? quels sont tes dieux? ^ inais la marche était 'trop ra^ pîde. Dans la pièce suivante , le prodige de sonmission et de respect se fit attendre plus long^ tems ; le cortège resta dix minutes à la même place. L'empereur, en Voulant protéger sa .dame, foula le pied d'un marchand , qui poussa un cri de douleur ; le prince lui témoigna ses regrets , et ajouta : « Tu vois comme nous sommes pressés ; il est possible que tout à l'heure tu m'en fasses autant ; mais je ne m'en plaindrai point. » Le marchand, touché de cette auguste poli-^ tesse, répéta plusieurs fois : « Sire, vous ne m'avea point, fait de mal , aa contraire. »
Dans d'autres salles que nous traversâmes , il y avait d'immenses buffets où l'on sert des ra-fratcUtssemens ; mais l'on juge combien il faut intriguer pour obtenir un verre de limonade. Sur des rayons , posés en amphithéâtre , est éta^
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lée une magnifique argenterie, dont les dessins, plus ou moins gothiques , indiquent difFërens âges.
Ici , la foule s'augmente : c'est la région des accidens : un mari a perdu sa femme ; il la cherche, l'appelle, et on rit de son inquiétude; plus loin, une vague sépare la mëre de la fille : on s'est amusé du mari , mais on respecte l'anxiété maternelle. Il est assez singulier que, chez tous les peuples , les vicissitudes du mariage offrent toujours un côté plaisant. Tout près de moi , une dame jette un cri ; on lui demande ce qu'elle a : « Hélas ! )'ai perdu mon soulier, » dit-elle.
Dans la 3alle voisine , un autre événement excite la gaité de toute la cour: le prince Jacques est en veste et en manches de chemise ; on l'entoure , et on apprend qu'il est réduit à ce costume un peu leste , parce que , voulant s'échapper d'un groupe très -épais, son uniforme l'a quitté ; il n'a sauvé que le chapeau : c'est une consolation. Ce qu'il y a d'admirable , c'est qu'avant la fin du bal tout s'est retrouvé', depuis la tendre épouse jusqu'au petit soulier. Ce bal se nomme Mascarade, parce que, bors les
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marchands et les mougiks, les hommes soBt tenus de se présenter en domino ou en vénitienne , mats sans masque': c'est le costume de rigueur. •
Enfin la Polonaise revient à son Iahcé\ et la cour dans son enceinte, pour attendre le souper qu'on sert à onze heures. Je vois plusieurs grandes dames vêtues à la russe. Rien de si noble , ni de plus gracieux que ce costume ; non-seulement il relève la beauté des femmes, mais il en donne à celles qui en sont dépourvues ; on s'éioaue d'après cela qu'elles l'aient volontaire^ment abandonné pour les modes méridionales.
A dix heures, M. le prince Tufiakin,. sachant que l'illumination del'Hermitage était terminée, vint offrir, avec une extrême politesse, à ma . fenmie de la conduire dans le brillant asile des enchantemens. Douze nègres , richement vêtus à la turque, se tiennent près de la porte à kt^ gauche du trône , pour arrêta le torrent des cnrieux : on n'est admis à l'Hermitage que pau: une Catveur spéciale; le trajet de la salle de Saint- Georges à la salle du souper a plus de cinq cents pas.
Nousfimes route avec une amputation de iuif^
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guù^ parmi lesquels se trouvaient des princes et des fils de sultans de ces peuplades asiatiques. Je me promettais un vif plaisir de leur surprise , mais ils «l'en témoignèrent aucune : MAL les mamambuchfs gardèrent une figure immobile; je fus choqué de cette indifférence ; j'aurais voulu pouvoir leur dire: << Allons, Messieurs, soyez surpris , il y a de quoi. ;» En général rien ne frappe les gens absurdeS'*, il faut avoir un peu d'esprit pour s'étonner de quelque chose ; la médiocrité regarde tout du même œil. Les bons kuii^guis trouvèrent (;ette féerie une chose naturelle et toute simple , peut-être même crurentils qu'on s'était évertué pour eux seuls * ; quant à nous, qui n'avions pas l'honneur d'être kuirguis, nous restâmes une demi-heure en extase devant ce prodige de grâce, de luxe et d'élégance. "
Mais l'horloge sonne onze heures ; la cour va défiler dans ces profondes galeries ; la musique dès cors annonce l'entrée de l'auguste famille dans le palais de cristal ; elle se place à la table du centre; les ambassadeurs et ambassadrices,
* Durant tout le séjour de cette députatlon asiatique, on fournit pour sa table des jeunes chevaux , seuU viande qu'ils aiment.
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les grands officiers àe la couronne et les dames d'honneur , prennent place à cette même table. Deux tables parallèles , chacime de deux cents couverts , occupent les deux cftté&dé la salle , et deux autres sont dresfées dans* une longue galerie faisant face à cette salle : il y a en tout six cents couverts.
L'empereur ne s'asseoit jamais ; il circule et va causant avec les dames et les Qiinistres étrangers; l'étiquette exige que tous ceux auxquels il parle restent assis ; se lever serait une inconvenance.
Cachés derrière une colonne lumineuse, nous regardions ce festin magique , les femmes éclatantes de^diamans , les hommes revêtus de riches uniformes , les tables couvertes de fleurs et de fjruits. Joignez à cet enchantement celui d'uqe ravissante musique, et dites-moi si, dans une fête royale , la somptuosité et l'originalité peuvent aller plus loin.
Mais, pendant qu'on soupe, le comité des vingt-cinq mille personnes continue de parcourir les salles du Palais d'Hiver, d'écouter les orchestres , et de postuler les pâtisseries et les rafraichissemens. L'attention ne se blase point, parce que l'assemblée se renouvelle pendant les
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six heures que dure la fête* Tous ceux qui, en entrant, ne rendent point leurs billets, et c'est la plus grande partie , sortent au bout d'une ou deux heures, et les donnent aux parens ou aux amis qui les att^dent sut la place; d'ailleurs, les sentinelles sont peu rigoureuses , et laissent volontiers entrer les nouveaux venus dans la proportion de ceux qui sortent.
Après le bàpquet impérial , on revient à la salle de Saint-Oeorge^ , où le bal se termine par une antre polonaise , dont l'empereur pror fite pour se retirer. Après son départ , les plaisirs ne battent plus que d'une aile ; on commence à éteindre quelques bougies , c'est une manière honnête de donner le signal de retraite à cette foule , qui tient d'autant plus à prolonger la fête, qu'elle ne se renouvellera que dans un an. Peu à pen les flots s'écoulent doucement et librement, car on ne fait point la loi de sortir. On n'entend dans ce vaste palais ni une plainte, ni une menace, ni un ordre impératif; tout se passe avec calme et décence. La douceur extrême du peuple , sa civilité et sa raison, dispensent de précautions, d'injonctions et de menaces.
Je laissai9 sortir les plus pressés , pour m'ocr
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cttper de notre départ; ma prudence n'avait rien négligé; il en faut toujours en Russie, quoique ce soit la chose qui manque le plijs aux Russes , qui se jouent avec le cKmat. Nous n'avions trouvé que brillantes surprises dans le palais , mais la mort était à la porte , guettant les têtes légères , car il lui faut toujours quelques victimes, e\ certes elle n'a que l'embarras du cfibit. Tâchons qu^elle nous honore de son indifférence; nous sommes en nage, il fait quarante degrés de chaud dans cette demeure impériale, et vingt degrés de froid vont nous assaillir *sur la place ; c'est un terrible contraste; J'ai i protéger trois ou quatre dames; retrouver nos- gens est le grand points car s'ils manquaient le rendez-vous assigné , fê ne sortirais du palais que par la puissance des baïonnettes. Mais Dieu soit loué , les voilà , et avec eux, les fourrures, les bottes, les schalls; noQS sommes couverts , armés de pied en cap ; la vie est sauve, il n'y a d'aventuré jque le nez et les oreilles. Pour éviter les angoisses dé l'attente , nous abandonnons les voitures ; notre logement n'est qu'à cent pas ; je m'élance , on me suit, et dans l'espace de quelques minutes ,
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nous voilà près de nos tisons , lorsque d^s milliers de gens * grelottent encore sous les portiques,. Bon Dieu ! quelle soirëe ! elle comptera dans mes souvenirs; c'est une excellente chose que de beaucoup voir , et de bien voir ; m^is , en vérité ^ les peines de ce monde sont peutêtre moins fatigantes que ses plaisirs.
A pe»ne étais-je rentiï dans ma chambre que Tun des nombreux acteurs de la fête vint me prier d'ajouter à ce tableau le désappointement de Tambassadeur de Perse. On avait à dessein négligé de mettre spn excellence au courant de la soirée impériale ; on lui réservait le plaisir de la surprise. Mais cette attention si délicate n'atteignit pas son but, ou plutôt elle le. passa. Le diplomate persan fut saisi d'une
* Plusieurs personnes , qui attendaient leurs carrosses attelés de quatre beaux chevaux , prirent de gros rliu mes , et nous ne fûmes pas atteints de la plus légère fluxion. Généralement la médiocrité n^est point assez appréciée : son chapitre des compensations est immense. Aussi Horace et tous, les poètes philosophes J*ont-ils fort bien traitée dans leurs écrits : je ne sais si elle n'e fut pas même déifiée chez les Romains , qui se montraient toujours très-faciles pour diviniser les bonnes et . les mauvaises choses.
' L£*PK£MI£R JOfia DE l'aN. ^7
Iwrrible frayent , lorsqu'il vit le* peuple inonder les salles; il crut que la garde était forcée, et qu'il y ay.ait sédition. Ce cas étant imprévu dans ses instructions, le noble étranger songeait à fuir. Alors on chercha à dissiper son eOioi, et Ton y, parvint en lui montrant le visage calme de Tempereur Alexandre , qui , devinant, sous répaisse barbe de rexcellence, son extrême émotion, se dirigea vers elle. et lui adressa quelques paroles bienveillantes. Au souper, l'un, des officiers de la cour demanda au diplomate si le roi dePerse avait de semblables réunions dans son palais de TéhéraA. L'ambassadeur répondit naïvement que son maître était aussi un cxceUeat père de famille, mais qu'il n'aimerait point à passer ainsi la soirée avec vingt cinq mille de ses enfans.
— N" vm. — CATHERINE lï.
Elhft d'Apollon, de Th^is et de Mars^
Qui, sur ton trôné astis, fais fleurir les bcàuz-arts,
Qai penses en fresid komme, et qui pemefs qn'on ptna» ;
Toi qu'on voit triompher des tyrans de Byiance,
El des eots pr^jvgés, tyrans plus odieux
L'iMP£RATEic£ Catherine règne encore ici ; le grand seigneur, le marchand , le gentilhomme campagnard 9 le paysan., le vieux soldat, le ijp^pœuyre, tcÂia» parlent de cette souveraine avCc enthousiasme, tous la bénissent II y a plus que de l'admiration et du respect dans ce concert de louanges , où l'on ne croit entendre que la même voix , tant les âmes sont dominées par le même sentiment. Et qu'on ne pense point qu'un suffrage si parfaitement unanime soit l'écho des chants de triomphe qui vibrèrent si
CATHERINE II. gc)
siHt^ent ara oreifles de cefte impératrice ; le souvenir des plus beaux faits d^armes aurait-il te pouvoir de remuer encore les coeurs et d'en tirer ces tendres âcc^ns qui n^is'adressent qu'au niërite réel? Je ne crois pas qu'il soit donné à ancime femme de porter plus loin <|ue Catherine la g^âce du peuvQtr; la bonté , la munificence , le désir de répandre la joie et la sécurité autour d'eBe; eu un mot , tout ce qui attache et subjugue , elle lé possédait. Le peuple se trompe sur beaucoup de choses 4' mais il lit avec une merveillenso sagacité dans le cœur des princes. Les Russes étaient convaincus que Timpératricc les aimait; voilà ce qui eipliqtfe cette sorte d'adoration , qtri , en lui survivant , honore tant sa mémoire.
Paraissait-elle en public, le peuple manîfes-» tait sa joie par des acclamations, des transports ; bientôt un silence profond leur succédait; \ts honras se taisaient devant les larmes; plusieurs fois cette scène s'est renouvelée. Quelqnes anciens m^ont dit : « L'impératrice semblait alors embarrassée ; sa sensibilité était fortement émue par un hommage offert sous
lOO CATHERINE I^.
deux fonnes ». diverses et toutes deiu si touchantes. »
De cyniques écrivains présentèrent le .règne , dé Catherine sous de honteux aspects ; c'est avilir sa plume et manquer le but qu^on se pro^ pose. La gloire de l'illustre souveraine est i Tabri de ces vaines atteintes ; tout écrivain qui aurait la monstrueuse pensée , en parlant de Périclès, d'Auguste, d'Adrien, de Trajan, de Gustave , de Frédéric , d'isoler de leilr vie les Ëdts mémorables et leg grandes qualités qui font honorer leju? mémoire, pour ne retracer que leurs faiblesses , ne serait point un historien, ni même un faiseur de mémoires , mais un libelliste. Les hommes tels qu'Antonin, Marc- Aurèle et Louis IX, forment exception dans Jes fa$tes du monde ; ce sont des sages couronnés. Pourrait-on ajouter beaucoup de noms à ceux-là ?
Si jamais M. le comte de Ségur publie des mémoires surJa Russie» ce que tout le monde doit vivement désirer , comme il a été parfaitement à même d'interroger les opinions et les consciences , je ne doute point quHl ne démente
CATMERIKE II. lOI
la partidpation de Caltieriiie i hi scène horrible qui précéda rayèaement/de cette princesse à là sottverainetë^ sans partage. Quant à moi , fe puis cerlifier que , sur les lieux, je n-ai trouvé -cette accusation dans aucmie bouché ni dans aucun souvenir; cependant toutes les opimons, toutes les maladies politiques sont représentées i^ Pétersbourç *.
' * iVf . d« Ségtfr yien t êfe justUBe'r nos pi*^tîsion9 dans ses 9f empires, J\ a plus fait encore f il cite un grand te'moignage, celui die Fre'déric, qui nous parait irrécusable. Lorsque cet ambassadeur dit au roi qu*il était fôcheuz qu*un règne, éclatant à beaucoup dVgards, eût comnsenoé par une catastrophe si tragique : « Ak ! répQniitt le roi^ ^nr ce point, qiïoir^e nmis soy<UM à présent un peu brouillés^ je dojs lui rendre justice. On esta ce sujet dans Terreur; on ne peut imputer justenaent k l'impératrice nî V&onneury ni le crime de cette rèpuinUonr eltîe était jjeune^ isolée, étrangère , à la veille d*ètre répudiée , enfermée. Les Orloff ont tout fait ; la l»rin:cesse d'AschkofTa été la mouche vaniteuse du coche. Ruthières s'est trompé. »
Ce témoignage est un acte éclatant de probité 3e la part du rori «-puisqu'à Pépoque du passage At M. de Ségur à^ Berlin , la Russie et la Prusse étaient en déUcM— fesse. D'ailleurs , en 1 762 , année où mourut Pierre III , Frédéric avait un ambassadeur à Pétersbourg , et peutêtre mieux que cela ; il fut donc parfaitement au cou-
102 €ATH^KaiN£ !!«
Tout le monde , }e le répète, s'entceti^l de la bontë de Gatherioe et bénît :âa mém^Hre» *
<( le sm$ reste vingt ans auprès d'etl^> me disait une vieille dame de la cour; jamais je se vis un caprice ni même ces légers mouvement d'injustice et d'impatience dont ne se défendent pas toujours les meilleurs princes. Les pers^naui^ de Tentourage étaient si parfaitement heureuse près d'elle que, dans la crainte de la quitter, elles ne sollicitaient point- d'avancement; Tamonr qn on lm\)ortait tuait TambitioR* »
La comtesse- Branîski passait sa vie près de Catherine : un jour elle la vit très-occupée d'un écrit ; tout à coup Catherine ioteiBrompt sa lec-r ture , ouVire un tiroir, et y jette brusquement le papier ; la comtesse regardait avec surprise :
rant des iboindre^délaiis de |a révolution» $t l*oa 9^oiikt9 à cela que Frédéric élait nl|tur#lkai«nt malin , peudis-* posé à rindulgence poujr les f^çiQioes , et surtout pour U« femmes roTSf regrettant Pierr* IH, qui avait pour lui un engouémeat fanatique; si Ton se dit enfin que le roi S'entretenait avec un d^lomate qui pliait représenterje roi de France à la cour de Catherin^ , on restera cou* vaincu que cet hommage rendu à Timpératrice (iit cooit mandé à Frédérie par un sentiment impérieux de jusr tîce et de vériW. ~ '* ,
CAiTflEftlKï: II. 103
«r Ce mouvemefit tous ëtoniié , lui liit llmp^a* Irice , je Vais vous l'explicpiér : le procureur** génëraLm^a adressé ce matin Tétat des arrêts de justice, ]é àmsy apposer ma sigsatnre; màbi je suis morose aujourd'hui , je ma aens mad- diâ-* pesée ^ je remets donc ce travail à un 'aù4r«) moment. L^xamen de questions aussi graves ^ et qui intéressent la fortune V rbonneur ou la liberté des hommes , demande une parraité sérénité d'esprit. Cette situation morale pointe à risdulgence ; qui sait si demain je ne trouverai pas de bonnes raisoÀs pour gracier quelques ç^tt^ laMes? cette prérogative me oonsole sotivent des amertumes' de mon métier. Mes conseillers trouvent quelquefois' que j 'en. abuse , mais je crois que c'est «a bon défaut »
Toât en jouissant d'une puissance absolue , elle chérissait la vérité. I^ comte Panitt, dans unie séance dû sénat, s^ éleva courageusement contre une loi que proposait la couronne ; iMai fit envisager ^omme pernicieuse pour l'état. Cette forte opposftion, asse^ inusitée, causa d'abord un sentiment péftiblé à l'impératrice ;* mais elle laissa im libre cours aux débats. Le lendemain, le comte , retenu chez lui par mié
io4 CATHERINE n;
indisposition, ëcrivit une lettre qui débutait par ces mots : ^Madame, je n'écris point à votre majesté par intérêt pour elle ; c'est IHuiique intérêt de la patrie qui me fait a^r. ». Api^s cet e^^rde, il développait $on opinion avec une noble* franchise. Catb^rine, frappée* de la vérité des remontrances, fit assemblet son conseil privé; la loi frit discutée et reconnue mauvwe^ Aussitôt , montait en voiture , elle se rend cbez le malade, et Im dît en l'àbordaut : « Comté Vmm, le ne viens point vous.' remercier pour moi , mais four la pairie. » " "■.
Au milieu de l'éclat imposant desreprésenfations de cour ,. son affabilitdrassiûra souvent des diplmnsytes qui'mtimidail ce'^ompeux grandiose, et surtout la dignité' de la souveraine. Le marquis de Vérae ea fit l'expérience. Arrivé à Pétershoufg comme ambassadeur du gouvernement français, il reçat du comte Panin les «otions nécessaires sur l'étiquette du palais* Néanmoins ces notions semblèrent le trahir le jour de Paudience i Cathmne était debout près du trône ; le marquis fit trois révérences ; mais ^ lorsqu'il eut prononcé ces mots : Le roi\ mon vu^ife^*^.^ , ceux qui devaient suivre n^arriivèirQiit
CATHERINE IL Io5
point. L'ambassadeur n'avait pas compte sur autant àe dignité et de grâce ; il resta interdit, et , pour rattrâpper le fil dé ses idécè,'il réjpéta : « Le roi , tnen maître... — Est le meilleur de mes •amis, répliqua l'impératrice; » et, prenant le marquis à part, dans Fembrasure d-idie croisée ^ elle inspira une teHe confiance à M. de Yérac, qu'il retrouva tout saa esprit et son à-plomb. I^'homme aimable vengea Tbomme officiel; la eonversation fut gaie et m^éme familière. L^impératrice-, en quittant l^ambassadeur, put se dke : « Nous avons un hermite de plus. »
Au premier coup de canon d'aune guerre^simprévue avec- les Suédois, on croyait généralement Vimjpératric^ sans r^souroes suffisantes pour soutenir la campagne ; un seigneur livonien, partageant cette opinion^^ lui écrivit ce peu de mots r « Madame^ que peut offrir un » petit geiitilbomme de campagne ? Malheuren- » sèment ma fortune n'égale point mon dévoue- » ment; cependant votre majesté comblerait M-'tous mes vœux si elle daignait m'autoriser à o» mettre à la disposition dé son armée cinq » mille sacs^e farine. » L'impératrice répondit : W. Je n'accepte point votre don; grâce à Dieu-,
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» je a V p^s be&oitt d^s sacrifices de me8;4ii|eta » pour ^soutenir la gloke de nos armes ; ijoais je ^ yeux, faire conùdtre vos offres gënëréusesi, .A les beaux et nobles sentimeiisue doivent poiat » rester ignorés ; j'ordonne que votre lettre soit » rendue publique, an espérant que mon cefiis » ne vous d^obligera pa#. j» ^
Un jour , par la. négligence d'np valet .sn})^lr tente, qui oublia de- retirer un siège peu solide, riitipératrice fit une chute et se bleiss^ légèrement ; là vivacité de la dpuleiiv lui ar«racha un cri : on^Pentowe , et on ei^iwne uaie vive indignation eontre le valet , cause de cet accident. Gatbcdne regrette alox^ de s'être plainte, et décide qu'on n'infiigera aucune peine au pauvre serviteur. Mais le grand-snaitrè de la cour était absent ; il pouvait apprendre ce qui venait d'arriver , tout en ignorant la défense de sa majesté. Celte idée la t<mrnientait ; pour s'en affranchir, elle fait appeler ie valiet, qui arriva d'un air consterné. « Tu es un brave hoBune, lui dit-elle; ta faute n'est qu'une étoorderie ; j'entends qu'il ne te soit rien bit ; si par hasard on voulait te punir, viens me trouver, dis que c'est par mon ordre., et si la
GATflEBIHE IL tOJ
porte est fermée , énfonce-Ia. » Est-il KéA de plus admirable qiie cette bonté prévoyante ?
Un adjndant^générai , arrivant des frofitiire9 moldaves, fut présenté k l'impératrice ^ qu'A» voyait pour la première fois; celle-ci lui de-^ manda comment se portait l'armée. « Majesté , répondit le vieux militaire un peuenAanrassé , Tarmée jomt d'une tris-bonne santé, et m'« chargé de vous £re ^n des choses de sa purt^i »
Yeut-on de la c2ariàe descendre à la mattresse de maison, on la trouvera indulgente et bonne dans les petites cfa<^es comme dans les grandes. La JEsiçiide du palais d'Hiver doMe sur nne immense place ; quelquefois l'impératrice aimait à respirer Tair du matin sur un grand balcon; depuis plusieurs jours elle voyait un
* On m*a raconté quVne des grandes duchesses ayant reçu le se'nàt, après la cdrémonie du mariage de c(-tte princesM arec un grand duc, la conversation ne fat pas du tout animée. Le lendemain , «a luï parla- de cette réception. « 1V]||heuyusemcnt , répondit^elle, aucun deces niessleur9^*était enrhumé ; il ne faisait ni chaud ni firoid; la pluie ne tombait point; moi et le Sénat ne nous étionsjaoaais vus ; que pouVait'^ii se dire f »
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ti^tneâu sertit de la cour des cuisines, transportant un homme iyre;.eUe finit par s'étonner de la quantité de gens , au service du palais*, qni se grisaient sirëgulièr^otent. Le lendemain, la. ménie voiture , ainsi eliargée , s'offirit encore à ses regards; elle esCamine avec plus d'attention , et entend un bélânents'échapper de defir son$ la fomrrure dont on enveloppait le prétendu buveur ; e'était un mouton volé dans leis offices. Le soir , à THermitage , sa majesté raconta l'anecdote; mais elle dit au maître de la cour : « Je vous demande grâce pour le coupable^ l'originalité du vol prouve beaucoup d'imagination ; il ne s^'agit que de mieux la diriger. >» < Un jour elle rencontra , dans un corridor du palais, un mougik chargé d'un énorme poisson; ce morceau de roi était expédié chez quelque protégée de la ville ; Catherine, devinant sa destination, dît au porteur: « Mon enfant, passe par là, prends sur ta gauche, car de Ce côté tu pourrais rencontrer l'inspecteur. » Le mougik , un peu troublé , ne reconnut pag l'impératrice ^ et lui dit ; « Grand merci , nfttdemoiselle , mais chut! ne dites rien de cela à nofre mère i elle est si bonne , il ne faut pas l'affliger^ »
CATHEEIKX II. IpQ
La vie poQtiqae 6t pnyée de Catberiise ei$t ^ paur les histaries» et lespaiH^yristes, une m^ iaëpûîsable.. Ma tâche n'est point de l'etploiteir ^tièremenf» M« le comte de Sëgujr,. qui n'est pa»inoa chancelier, compAétera ce tableau, dont à peine ai- je ëbauchë quelques traits* Cet aimable ëcrivain a toute qualitë pour' parler de Catberine-Ia- Grande; il nous doit le tribut de ses souvenirs. Ambassadeur près la cour de Russie 9 il ëtait admis dans le comité de THermitage, et par conséquent dans TiAtimitë de la czariue. Je puis en citer un. exemple. On était au mois de juiilçt , et on devait chanter un Te Deum à TsarsiosélOy^nt une victoire remportée sur les Tufts^ les ministrçs étrangers furent invités ; la chaleur ëtait suffoquante ; l'im- ' përatrice s'excusa sur la fatigue qu'allait donner le trajet de vingt-quatre werstes ; le comte de Sëgnr répondit : «Madame, je ne doute point que cela ne devienne insoutenable. » Allusion à la fréquence des victoires; Catherine, fejgnant de ne point comprendre cette ^tjterie délicate , répondit en riant : « Voilà bien messieurs les Français, ils ne peuvent slaccoutumer à nous
MO GATn&IHl n.
\Fair battre les Tmxs*. » Certes, un dipiomlte écriyain qui a ru de si près cette figure imposante, ne peutmanqner de la reproduire fidèlo* ment. Il y a dam cette seule idëéuue garantie puissante pour k succès du livre de M. de 3ëgur* Ses souvenirs seront lus avec avidité.
* Les courtisans s*éto«naieQt de la tiomîiiatlon que rirnpératrice venait de faire d'un chambellan. « Messieurs, leur dit-elle, songez donc que c'est Souvaroff qui m'a demandé cette grâce : le moyen de refuser un solliciteur qui s*appuiesur une douzaine de victoires? Il m'aurait, demandé de faire IVL *** demoiselle d'hon-. nienr, que j'y aurais consenti. »
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