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Quand rien n'occupe et o'int^resse^ LâiaM tt« rlàt •CFrasxdnns 1« omnr.
' yo^TAVKWt JLtttrt à U^rUtist de *
Il y a quelques- J0UI9, j'assistai à iiHe soiiée chez la princesse Nathalie* Un écbec iaatlendl^ âgQ$là moft igaduancè de certains ^aib d'étiq«9Ue. En attendant un célèbre haifiste, qni éUât le bat de cette rÀiniôn, on «ansait cà et là dans les deux aidons; j'étais debout près d'une table ronde t entourée de fennoes, et j'a-^ vais en iace de no! la jeune et belle comtesse S. P..... fille cbenehait le nom d'un opéra dé BertMt ^ semblait désirer qn*on vint an se^ cours de: sa -mémoirfe.K C'est peut-être, lui dia-je, V^tii àtMei^ima et Siiphame i dont
lia QVSXQUEÂ SALORd.
mademoiselle veut jmrler* » J'avais rencoMré juste ; mais la comjtesse leva la tête, et me regarda d'un air étonné sans me répimdre. Beaucoup plus étonné qu'eRe , )e m'approchai d'un jeune officier des gajrdes pour lui demander si j'avais dit involontairement une sottise?.— « Nob^ répliqua-t-il ; mm sans. vous en douter vous avez commis une inconvenance ; chez nous on n adresse jamais la parole à une femme si jou né lui est point présenté. — Mais comme probablement jefus.pcésealé à la maîtresse de niaison, cette garantie me parait suffisante? — Pas du. tout; nos dames sont très-sévères sur ce point , et' la plus p<^e , en pareil eas , répondra itonj^ors sèchement, ou ne répondra pas du t«ut. ■r- Dites-moi, ^ On sonpait chez la princesse , ^ ,et que je me tcosivasse à table antre deuit dames auxquelles |e n'aurais point l'honneur d^ètire pr^ seiité ,. devtaisf je garder nn rigoureux sHence , né pas même. me penûettre ces mots iniiocens-: Iffadame veut-^elle de reau?— . e'c$t bien pres*- :ser la maxime ; cependant il ne faudrait pas at- .1er bei^ucoup plus lûûi. — 'C'est bon, vous pouvez compter sur moi ; pesmettez encore une ques-^ tion?.Y.at1-il récifirocité?et si, par hasard^ une
QUELQUES s AL^OKS. Il3
feome m'adresse la parole , dois- je lui hk^ observer qu'elle ne me fat pas présentëe?—? Ah! voilà de la raillerie, toujours le bout 4'oreille fraùçais. -^ Mais^ eher eomte^ en fait d'oreilles, celles des Russes ressemblent prodigieusement, aux nôtres ; vous entendez aussi bien quie nous l'art de plaisanter, et nos deux nati<»is se ton* cbent par plus d'un point. Cependant je ne suis pas. de ceux qui vont critiquant les usages de leur^kètes; après le premier moment de surjffise, je me conforme aux bienséances d'un pays^ comme si j'en étais. »
La harpe interrompit notre coi^rersation ^ af^ès les bravos d'usage nous là réprimes , et je demandai à. mon aimaUe officier s'il connaissait Venise? -*- «r Pas enea^ (ear un.Russe qui a de la fortune est presque toujoucs arrivant ou à la veille de partir). — E3i bien! j.'y ai s,éioumé ^elque tems^en 1806 : cette Ville avait alors perdu son ëclat; mais, dans âes infortunes toutes •rëcestes, elle canservaît encore de l'attrait , semblable à une jeune femme qui reste jolie quelques heures après, ça mort-, ce n'est plus maintenant, dit-on, que le squelette de la belle Venise/ Je vwx vous citer quelques traits de
1 14 QIIXLQUES SALOKS.
mœurs, votis jugerez mieiix de rétofmewBt^ qu^a dû ihe causer le sHence de la comtesse: S. P.... jLe lendemain de mon arrivée, j^enlrav dans ua^es cafés les plas distingués êk la place. SaiaUMarc; une quarantaiite de personnes, hom-> mes et femmes, prenaient des rafraicbissemens ; • ce càfê faisait salon ; point de table dans le inî^l lien de la.pièce : persoilne ne se tournait le dosV oit causait à demi -voix; fé m'emparai d'une place vacante, et je me trouvai près d'une femme fort belle encore , quoique n'étant 'plm ^eune 7 je venais de prendre une glace Iors(jpie ma voi^ sine mé dit en souriant^t «c Vous êtes Français ^ Monsieur! -^Oui, Madame ; mais oserais-^e vous demander ce qui peut tous le faire deviner? — * Mon Dieu , Monsieiir , rien de si facile ; j'ai vu que vous regardiez beaucoup les femnesr-4 Madame. . . . *— Oh ! ne vom^^n défendes point i ce n'est pas un crime; tenez^, rôyez'ce visago si frais , Hsant une feuille publique , et ayant un bol de punch devant lui, il ne quitte les colonnes du journal que pour remplir son terre , c'est u» Anglais; et son voisin, qui se noie de thé éû écoutant attentivement la musique extérieure ,' il resterait ici jusqu^à demain sans avoir l'idée
iM[mrreçarder «lié seulcf fins ; commept wt p» r^onmîti^ ttQ AHemasd ; ce sgvX de ces choses qu^ deViike d'abord. »
' l viyadté d'e&prït de cette dame me ebftfmait; B0«$ parlâmes de /Veni&e» « Ali! medityeile^, .<}ue i|'é£s9-Vdii$ venu qurnse/aas plus tât, vmiseusfleiB trouvé notre viik bieli:plits belle. i> (Et elle^yait prei3qQe l'eaviç d'ajoister^* « £/ .moinussi4 » ) . "
Me s'iiifoFma 4e$ peraomies qoe j'araîs déjà vBei^ \ je lui nommA la marcpiUe PasUz^ui et le banquier Sim^^Hi; enfin, élk me demanda où fe passais la noitr qâ^^ion qt'uiie danie ne p^nl adresser à un bomm^^ dans tonte antre vHie Qne Yenisei Gkirma répome^qaefîe- n'avais pas 4'^gâgeiii^t^ ffie^ m'mvita à sa c^ns^naîkm. « En Âttiant à mîmiit dn théâtre de la Phànwe^ Hbe dit-^lle, j'îîïii faire <p)elqnes visites^; /anis «rer^ted deilxlieiireâ)es«rai,i;het mh; voa gon^ dtdier» voiis conduiiront c&ezu Us^'gmfra OmiOf fini» aftt grand canal; îe sdrai charmée jde voiis reeey«fïr* » Là^essnis elle tee.sahia gradênse^ m^t, et qnîMa Ircâfé^ suivie de denx domeâh tifnes qui l'atlendaîent à la porte.
Je dkaij^e JMr même ehe^ là marqnise A»-
^l6 QUELQUES SALONS.
mttimiy cl je lui parlai de Vinvitation que j'avais rctçue, «c Je le savais , me dit-elle , là Con- (arini soTtà'ici; elle m^a annonce, en^riant, qu'elle vous avait recrute : c'est ime de nos plus grandes dames ; vo«s trouverez chez elle deux cents personnes, tout ce qu'H y a ée mieus ici; nous irons -ensemble ;îiiab je veux que vous enten^ diez ce &m RaffsneHitï la BukaminL »
Ces d4tails int^essaient beaucoup mon jeune ofScier: « Vous voyez, lui'dis-fe, que ebaque -pâysa ses usagés. En Angleterre^ une Française célèbre ^'avisa de demande^ à voit hiy enceinte quelle serait Tëpoque de sa délivrance ; cette questioH consterna tout le monde ; la dame gn>ss« était an supplice, et failUt se trouver ma^. Qu'ion s'avise, dans un cercle obez lordlÂver- 'poolj d'appeler une culotte p^r soâ nom , le lendemain la porte vous sera fermée. L'inconvenance dont je me rendis coupable avec la comtesses. P... y n'était rien auprès de tell^ là. Remarquez que les passions sont parfont tes mêmes; un avare de Çaris et de Saint-Pétersboqrg, un ambitieux de Viesne ou de Madrid , un joueur deLondres on de Nàptes, tous ces gem- \k se ressemblent comme deux gouttes d'tau;
MQrU£L:QV£$ SAL01f& I17
Dtôis finct tieurensemeiit les nations diffèrent en^ core^^ar leurs habitudes et leurs ridicules ; rien de plps amusant pour le voyageur ; si ces nuanoes n'existaient point, ce ne serak guère la peine de se constitaier ten frais de poste ; mieux vaudrait rester cbéz soi . A présent , choisissez entre les usages vénitiens , et ceux des bords de la betle Néya ; que vous en semble ? — Ma foi , |e^ne sais si je ne dois pasla préfiirence au pays où une jolie- femme vous demande oà vous passez la nuit. — Duis ce cas , partez pour Yenbe , mais je crains bien que vous n'arriviez trop l^rd; probablement les nuits vénitiennes Iressemblent à toutes les autres. La conquête altère terriblement les choses; il peut se faire qu'4 présent on ne vous demande pas màne oà vous devez passer la journée, »
Ici les salons ofireQt^ comme à Paris ^ des' sckips diverses , d^nt un observateur doit faire son profit. II y a plusieurs plans dans ces ta-, Ueaux smimés : là, quelques parties de wisth; ici , une grande, table -ovale autour de laquelle, hotpnes et femmes causent assez galment ;. pins loin, un petit cercle, espèce d'académie, impromptu, où Ton ajgite les questions d'his*-
Il8 QUELQUES SAtONSi
Hke, d'économie poKtiqi»» et de pkllèdopliie/ Je me gffisse toujours parmi les membres àt ces aréopages Tolans , et mon album s^eiirichit de ledcs observations -critiquas. Cette aridifé d'instruction nem'empôche pas de saisir au pas-, sage les traits qui pei^^ent si bien la société de Pétersbonrg. Souvent mém» aux disserta--' tions scientifiques je préfère ces causeries do eoin du feu ,- oà , libre quelques mstans des en-traves de Tétiqse A , la physionomie des salons se -montre avec plus de franchise, et étale ses importantes bagatelles.
Hier, chez k comte ♦**, on parlait de la maissance de cette ville. J'écoutais ^avec plaisir deux vieux Russes qui connurent des contemporains et des amis de Pierre !•*. Tout à coup , par une transition trop brusque, la conversation prît une face nouvelle; de Pierre-le- Grand , l'on passa à un corset. L'interlocuteur qui aborda cette matière ne prétendait sâHs doute établir aucune analogie... Pien^è I*' disparut entièrement de la soirée. Les hommes gardèrent le silence , et l'apologie des corsets cMimença. Je la rapporte fidèlement , d'autant plus qu'elle sortait de iâ bouche d'une dame , et qui
(ftas est d'une compatripte : cm devine que Faimable Française était très-vive et bien pénétrée de son sujet. * .
« O11Î, mesdames 9 disait -elle, ektz tous., les^oUes tailles, les poses gracieuses et nobles, sont rares ; je n'en accuse pas la nature , vous jttissez tout aussi bien faites queie» Françaises ; mais je m'en prends à. la. déplorable manière dont vous habillez vos petites filles. Leurs vêtemens ne tiennent point sur elle^î.; ils dépouillent indignement les épaules, ils ne sont pas fixés sur le bant du bras. Quel effet cela doit --il produire sm de jeunes corps qui se développent ^ et qui , n étant ni dirigés, ni ccmtenus, s'abandonnent .àrla nonchalance qui nous est naturelle? De là , rondeur du dosy-saiUie des épaules , disgrâce de maintien, et je dirai plus, santé débile; car si ja poitrine n'est ni ouverte ni bieit placée, Tair ne salirait y circufer librement. Nos philosophes -prétendirent qu'il ne fallait point contraindre' la nature dans son essor ; cela est vrar pour l'enlanl au berceau, mais cela ne Test plus pot|r l'adokscest. Vos filles n'ont pmt de corsets, ou ceux qu'elles portent sont si- mesquins, si
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mal fmts, que, loin d'ëtayer leurs grâces i santés, ils les détruisent ^
» Je ne suis point assez de 1 filtre siècle poar - redemander les corps dans lesquelles ou itouffait^ mais je voudrais vbir à vos enfans ces corsets sans baleines denîère, et n'ayant qu'un petit buse devant; ils emboitent la taille, fixent les epaulettes de la robe , placent bien les épaules ; ils tiennent le buste d'aplomb sur les liancbes, et préservent le maintien de toute mauvaise habitude. Tous admirez la bonne grâce et Texcellente t^ue jde nos petites filles :oela tient au soin qu'on prend des vétemehs du jeune âge. Ce vêtement est uniforme d'un bout de Jâ France à l'autre; on ne se contente pas toujours du corset, on y ajoute une ceinture; elle appuie sur l'épaulette, croise derrière, et vient se nouer .devant: c^est à ces précautions qu'on'doit tant de gi^ntils corsages ^, la France jest le pays des jolies tailles. *— Il est vrai^ dit le prince Voldemar, qu'à Paris toutes les femmes s'arrangent fpur paraître bien faites. — Pourquoi , ajouta la dame aux corsets, laisser toujours nus le ceu, la poitrine et les épaules des petites filles? c^est
naire à l'avenir, c^st altérer la beauté et la blancheur de leur peau; un fichu serait plus conservateur et plus convenable.
» — Bon Dieu ! dit nonchalamment la prin-ces^e Marie, mère de six petites filles, [Pourquoi voulez-vous qu'on busqué ces pauvres enfans et qu'on rejette leurs épaules en arrière? elles n'auront que trop le tems d'être gênées dans leurs habits ; c'est si ennuyeux. — Oui , princesse, répliqua l'orateur, mais il est encore plus ennuyeux de présenter dans le monde de grandes filles bien gauches et bien mal faites ; c'est urne vraie douleur pour une mère, surtout lorsque vient la crise des établissemens,
» Mais , si je passe des enfans aux grandes personnes, je vois la jeunesse d« la taille s'évaporer comme l'éclair; une femme , au t)out de quelques années de mariage , prend en aversion tout ce qui nuii à son indolence: Le corset est rejeté , on ne le met plus que pour aller dans le monde; cependant la nature, en donnant aux femmes des formes si délicates , entend qu'elles soient protégées; le corset est une cuirasse contre les - outrages^ de Lucine et du tems ; pourquoi travailler soi-même à sa propre démo-
lition ? Pourquoi' se priver d'un attrait qui donne de la grâce à toutes les autres? Il y a de la folie à vouloir créer ce qui n'existe point, .mais il y a du bon sens à conserver ce qu'on possède. ,
» Ecoutes;, Mesdames, la plus âgée de vous n'a pas trente ans, je puis donc parler sans me compromettre ; presque toutes les dames russes qui passent la quarantaine sont vieilles , non de visage, mais de corps; leur taille est lourde, épaisse ou courbée. Chez elles la noblesse du port et la dignité du maintien succèdent rarement au charme de la 'feunesse : quelle que soit la richesse ^du costume, elle ne dissimule ni la disgrâce des formes , ni celle de la tournure; peut-être les fait-elle ressortir davantage. Par suite de cette indolence dans l'intérieur de leurs maisons , beaucoup de femmes ont un négligé qu'elles négligent trop. Cette paresse influe bien plus qu'on ne pense sur le moral ; on abandonne son esprit comme son corps » le -déshabillé s'empare de toute la personuiç'^, et on a l'air d'unsiècle avant d^avoir cinquante ansv Il est incontestable que les habitudes physiques exercent une véritable influence sur celles de
QUELQUES SALOIRS. 123
Tame; j'ai presque toujours vu les personnes soigneuses de plaire par une bonne tenue et nne élégante propreté, conserver la vivacité de l'imagination jusqu'au dentier terme ; le moral et la santé gagnent à ce respect de soi-même; on vieillit moins vite et de meilleure grâce. Vous allez vous récrier sur mon. amour-propre national; cependant je ne puis m'empécfaer de dire qu'en France , on trouve plus souvent qu'ailleurs ce que nous appelons d'aimables vieilles femmes ; elles ont un genre de séduction qui leur est propre ;. on les aime , on recherche leur société ; de plus, on ambitionne leurs suffrages; pourquoi! c'est que, même dans les glaces de Tâge, elles conservent avec une juste mesure la double coquetterie du corps et de l'esprit. » -
L'ay;ocdt avait achevé sa plaidoirie sur les gentils corsages. J'adnûrai avec quelle adresse mon aimable compatriote avait su éviter les expressions scabreuses tout, en rasant la borne. Elle avait trouvé le moyen de ne jamais nommer ce dont elle parla le plus ; cet art est le privilège des femmes. Nous autres profanes, nous resterons toujours étrangers^ ces délicatesses de conversation.
Les hommes stirtout. dëcernaiènt à Torateiir de justes applâudissemetis ; le concert en fut interrompu tout à coup par une singulière visite : par une de ces physionomies qui font sentir davantage* combien est nécessaire le courage de société, aujourd'hui si rare : c'était M"*** Araminte. Son air altier , sa démarche brusque et hardie , sa figuré commune , tout la rendait remarquable au milieu d'un cercle choisi; jamais changement de scène ne fut plus prompt; sa présence pétrifia notre petite assemblée , le silence suecéda à la causerie ; tout le monde fut mal à l'aise; Araminte parle , et n'obtient que il es monosyllabes; son orgueil semble jouir de cette contrainte ; elle attribue à la supériorité de son esprit l'ëloignement et l'effroi qu'elle inspire ; elle voit du respect là où il n'y a que de la crainte ou une insurmontable déplaisance ; enfin, au bout d'une heure, elle se lève et nous quitte pour aller consterner un autre salon.
Aussitôt le cercle reprend* son enjouement et son caquet; les épigrammes, les allusions malignes pleuvcnt sur Araminte. « Mesdames , dit le prince <irégoire , permettez-moi de vous faire observer que vous passez d'un extrême, à
l'autre ; tout^ Tbeure je vous yoyais glacées de crainte, et maintenant vous vous livrez à la médisance. Or, elle ne corrige personne, puisqu'elle ne s' exerce .que sur les absens* La causticité , plus courageuse, attaque en face lertravers qu'elle doit punir; cette arme est plus franche ; osez remployer sans crainte ! osez tenir tête à M"^^ Âraminte'. Elle est ivre d'orgueil ; essayez de la dégriser par quelques-uns de ces traits qui rabaisseront sa vanité, et lui feront perdre son assurance. Il est plus aisé qu'on ne pense de réduire ces sortes de caractères; elle n'est forte que de votre faiblesse; allons. Mesdames, entrez en lice i k là première occasion je vous soutiendrai. — Je n'oserai jamais, s'écria U maîtresse de maison; cette femme me fait peur, et la peur me neutralise. — Ma foi, je ne suis pas plus bravç que Madame, répliqua un gros général ^ haut de six pieds ; il y a trente ans que je fais la guerre , mais Âraminte m'impose plusqu'une batterie. — J'avoue aussi ma frayeur devant les ennemis en jupes, ajouta le prince Pierre, jeune officier de Cosaques ; il y a> plus d'audace dans cette femme que dans tout un escadron de houzards français. — Tirons donc à la courte
paille, dit un jeune secrëlairiB de légation, le sort nous donnera peut-être un bon champion pour combattre cette terrible iemine. » Personne ne voulut tenter l'épreuve ni descendre en champ clos, tellement la dame est un rude chevalier.
En général, les soirées à Pétersbourg n'of-. frent guère cette franchise , cette morbidezza qui fait le charme de la conversation. Jeune encore de civilisation, et ne pouvant marcher san* guide, la Russie a choisi un type hors de son vaste territoire; elle s'est modelée sur les salons de la France. Notre bon ton a importé sur. les rives de la Neva la sécheresse et une excessive contrainte ; à Pétersbourg comme à Paris la conversation s'est appauvrie par excès de raffinement. Le bon ton a bien son mérite , mais on lui sacrifia trop; il devint un tyran devant lequel il falhit proscrire tout éclair de gaîté un peu vive , toute expression forte et véhémente , tout sentiment exalté. Cette espèce d'embargo sur les âmes énergiques et les imaginations ardentes resserra beaucoup le champ des plaisirs sociaux : tout homme tant soit peu original qui voudra dépasser cette étroite mesure sera signalé comme extravagant, ou, ce qui est bien
pire, comme un iiitrus dans la bonne compagnie ; cette crainte abat les plus fiers courages , on $e renferme en soi , et on devient un homme comme un autre ; c*est ce qu'il fallait éviter dans Tintérèt de tous. On se plaint généralement de la disparition des caractères saillans , des personnes d'une amabilité piquante : à quoi s'en prendre, sinon à c<s bienséances notées qui, enbannbsant la rondeur^ la franchise et la bonhomie, nous privèrent du premier charme de la conversation.
Il serait ridicule de contester aux salons dn dix-septièmè siècle la perfection du bon goût qui les distinguait; ces jours de la France illustre nous laissèrent des modèles de grâce et d'ur* banité, peut-être inimitables; mais alors les hommes se plaisaient mutuellement ; la politesse était plus franche , plus communicative ; Télégance des formes n'excluait point Paménité ; enfin, tout en se montrant aimable, on savait rester bonnes gens: de là, plus d'expension et aussi plus de bon accord dans les relations intimes ou mondaines. *
Il est assez remarquable qu^à l'époque actuelle, si féconde en émotions terribles , en évé-
neiiicns étranges, on se soit imposé une gêne" de ton qui pourrait faire croitè que nous n'a\on& rien vu ni rien senti ; ce mot : «< il manque, d'usage » £aiit pâlir tout le monde; on craint de se cbnunettre , relfiroi du ridicule peut terrasser jusqu'à l'envie de briller: son pouvoir ne saurait aller plus loin.
Nous sourions , et c'est le nec plus ulfrà de notre gloire. On parle souvent , mais on pense peu;. on s'agite, mais on ne s'anime point La, bonne compagnie, ayant découvert qu'elle n'a plus dé gaîté , adopta le parti de la proscrire comme une chose de mauvais goût : une conversation formée de toutes les réticences qu^oii s'^impose serait certainement mille fois plus amasanté que tout ce qui se dit. J'ai vu des jeunes femmes charmantes , toutes confuses à leur entrée dans le monde de l'étonnement que produisait Fexpression vive et franche d'un sentiment élevé ou généreux^ on semblait leur dire : « Vous êtes novices , vous ne connaissez pas les manières du jour ; vous parlez une langue morte ; taisejs^vous , sous peine d'être signalées et ridicules. » Il y a aussi une sorte de pédantisme sardonique dans cette loi rigoureuse, qui veut ni-«
vêler tous les esprits et refroidir tojates les imaginations; la médiocrité s'en trouve trop bien poui: qu'on ne la soupçonne point d^en être Tînveateor.
Cette réserve imposée anx débutans me sem-' ble parfaitement décrite dans un passage du roman intitulé: Marguerite Aimon; je le cite à l'appui de ces réflexions.
« N'avez-vous pas remarqué , mon ami , que M rien n'est plus déplacé dans le monde actuel, n rien ne ressort d'une manière pins fâcheuse » qu'une émotion : le Ion régulier de la poK- » tesse, celui d'un badinage de.conyeAtion sem- » blent y. être les seules inflexions de la voix ; » l'éloquence y paraît ridicule, le. sentiment in- » convenant; un mot de l'ame, un élan du. » cœur, tout ce qui est remarquable y devient » choquant; eh bien! je sens cela, et je me suis » couverte jusqu'à présent de ce masque immo- M bile si nécessaire dans le monde. »
Par imitation, je le dis encore ^ la société de Pétersbourg se conforme au goût général; elle s'est imposée ,1a contrainte et l'extrême réserve qui glace les salons modernes ; on y est sur le qui çiçâyon y cause artistement ^-et comme Texa-
l3o QUELQUES SAL01!f$.
gëration se glisse dans tout , le bon ton y dëgë^ nère -souvent en rigorisme. Parfois aussi on rencontre quelques collets moniis qui conservent très-soigneusément le feu sacré de l'étiquette ; Madame S***, par exemple, est une femme spirituelle, aimable, et ci- devant jolie; tout cela ne la p|:éserve point du travers des hiérarchies de salon: elle les observe dans les moindre choses. Lorsqu'on prend le thé, elle offre, comme de juste, la première tas:§e à la première notabilité; mais ensuite elle décrit cette ligne avec une telle présence d'esprit et de mémoire , qu'on serait tenté de croire que sous la théière est placé l'almanach de la cour ; ainsi , elle servira un jeune homme de seize ans atta- .ché à une légation , ayant un vieillard de soixante qui ne sera attaché qu'à ses enfans et à sa femme. Eh bien! madame S*** ne se doute seulement pas quen agissant ainsi, non-seulement elle afficke un orgueil ^ mais encore qu'elle viole le bon goût et le sentiment des véritables convenances; si elle le savait, elle serait au désespoir.
Il faut s'entr'aider, c'est la loi de nainre. Là Fowtaihe; FabJ^. '
Hie vïptmuymmkiiiosd
Pétupsrtate.
JoriMAL, Sat. K
Paufres et vains , Toilà notre vrai caractère.
Lorsque le célèbre comte de Maistre * , ministre de Sardaigne près la cour de Russie,
* On peut juger du plaisir que j'ai épirouvé en me trouvant dans la chambre de Pingénieux auteur du Vojage autour de machnmir^ ^ M. (e comte Xavier de Maistre , frère de celui ^uî fait le sujet de ce chapitre. Il y a beaucoup de voyageurs autour du monde dont ta Société est infiniment moins^ agréable que la sienne. J'examinais curieusement tous les coins et recoins de l'étroit espace dont le propriétaire sut si bien reculer les limites par la fécondité de son imagination.
î3î2 M.DEMAISTREETM"*DESTAEL-
arriva à Saint-Pétersbourg , un de ses collègues , «(u'il questionnait sur le caractère national , lui dit : « Mon cher comte , ce pays , que j'habite depuis fort long-tems , est ënigmatique pour moi sur un seul point. En général , le peuple est excellent, doux, hospitalier, charitablpy rempli de finesse et d'intelligence ; cepend Ji^ lorsqull survient un accident dans les rues , les sp€ctateur<s restent immobiles et regardent sans avoir Tidée de porter du secours :. je ne puis m' expliquer cette nuance du caractère ; elle
Le comte Xavier e^t modeste et simple comme le sujet qu*il choisit. L*aiiteur et Touvrage sont dans use parfalio lis^rmonie. M. de Maistre est aussi heureux par ses goûts que par son cs^rdctèTe ; peintre habile et piquant avec la plume, il ne l*est pas moins avec le pinceau. La botanique, fa chimje, Thistoire naturelle se partà«gent aussi ses loisirs; on peut dire de lui que son amc et son esprit se prêtent à tous les arts. Cette complication de nobles délassemens nuit peut-être à un plus grand essor de sa gloire littéraire; mais il n*a pas Pair de le regretter. Dans un homme aussi spirituel , cette indifférence me parait très-louable. Qu'on me fasse (e grâce de dire ce que c'est que la gloire par le tems qui court ; elle est au nombre des mille et une choses gâtées et «désenchantées par les innombrables harpies du dixneuvième siècle.
contraste bizarrement avec la bonté russe : bientôt vous ferez la même remarque dans yofr promenades. »
M. de Maistre , ayide d'observations snr un terrain nouveau pour lui , eut l'idée de (aire une expérience à ses risques et périls. Le traînage venait de s'établir -, il^it à son cocber : « Iwan , exerce-toi dans ma cour à verser lestement ton traîneau, sans danger pour celui que tu conduiras. » Cet hdmme trouva probablement Tordre du comte un peu singulier; mais, sans se permettre aucune observation , il répondit slouchi^ je comprends.
. Après avoir attelé, il fit sortir des cuisines un petit mougik qu'il plaça dans le tratneau» cotnme un mannequin , et , avec toute l'adresse des cocbers russes, il s'exerça à le renverser doucement. L'enfant et toutella gent domestique riaient aux éclats de ce manège. Le lendemain, Iwan vint annoncer respectueusement qu'il pourrait verser son excellence dans la ndge comme Sûr un lit de plume.
A midi , le comte , enveloppé de sa fourrure , se fit mener en face de l'église de Malte, quartier très-populeux. Au signal convenu , le cocber
l34 M. D£ MAISTRE ET M""*" DE STAËL.
reaverse son maitre ; voilà le c<»nte gisant et jouant parfaitement la douleur. On s'attroupe autour de lui , mais à distance respectueuse , et pas un bras ne vient s'offrir pour Taider à se relever. Il avait résolu d'accorder deux minutes à cette épreuve ; lorsqu'il les crut écoulées , il se releva , rejoignit ^en traîneau , et salua les curieux d'un grand bladasti , je vous remercie. Toute l'assemblée se prit à rire. Le comte rentra cbez lui fort satisfait de son expérience , e; dit à son secrétaire : » Ecrivez que ce peuple observe une scrupuleuse neutralité avec les gem auxquels il arrive un accident en pleine rue. » J'ignore si l'auteur des Soirées de Péiersbourf parvint à trouver la solution du problème proposé par son collègue. Quelques mois après moc arrivée , on me raconta cette anecdote. Je ne fus point tenté deg^nouveler l'épreuve du ministre sarde , la tenant pour très-bien faite ; mais, impatient de m' éclairer sur cette disparate du caractère russe , je questionnai beaucoup ^ sans obtenir de résultat. Je fus témoin de plusieurs accidens sans découvrir aucune variation dans le sang-froid des spectateurs. Enfin, M. de Saint-Florent, libraire de la cour, et Pun des
Français les plus distingues de la colonie, dont il fait partie depuis trente ans , me donna une explication d^autant plus satisfaisante qu'elle réhabilitait les mougiks dans mon opinion.
« Ce que vous désirez savoir, me dit-il, je Tai appris à mes dépens ; \t ne veux pas que la science vous coûte aussi cli^r. Un soir, je revenais du Yassiliostrof ^ ; ia nuit était obscure. Au bas du pont , je foulai le corps d^un homme étendu sur la voie publique ; je lui tâtai le pouls ; il était vivant ^ mais dans un état d'ivresse complète : la première voiture pouvait l'écraser en passant. Je le secoue, je l'interroge, et parviens , non sans peine , î le redresser sur ses • jambes. Tout à coup Tivrogne me saisit fortement au collet en criant : Kraoul! iraoul! ( au secours ) . Une patrouille se présente ; elle nous trouve luttant. On nous sépare , on nous arrête , et je suis conduit au 4)oste voisin* Là , j'expose lesf faits à l'officier commandant, et je le prie de constater l'ivresse du mougik : rien n'était si aisé. L'officier répond que l'affaire doit être soumise au major du quartier ; j'insiste, on n'en tient compte; on nous mène au siège ^ ce qui
* L'un des faubourgs de la capitale.
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veut dire au violon. Etendu sur .des planches, mon paysan continue de cuver son eau-de-vie , tandis que, moins heurpux, je passai une nuit détestable. Le lendemain, nous comparûmes chez le major ; je me fis connaître , et il me renvoya en me disant que j ^aurais trop à faire si je passais mon teras à, relever tous les sujets ivres de sa çiajesté.
w Je pourrais vaus citer, ajouta M. de Saint- Florent , mille traits de cette force ; je me borne à un seul dont je fus témoin un matin. Une marclrande à la toilette traversait le canal de la Moïka, Le carton qu'elle portait l'empêchant de ' voir son chemin, elle tomba dans l'un des trous pratiqués pour puiser l'eau sous la glace. Heureusement elle se retint aux bord$ de l'ouverture. Elle appelait au secours : on ne lui voyait que la tête et les mains. Des gens venant puiser de l'eau la regardaient sans la secourir. Enfin , le boutchuik placé sur l^autre rive vint à pas comptés , armé de sa hallebarde ; mais avant de lui tendre la main , il lui fit subir un interrogatoire. Cette femme aurait pu lui dire :
Eh! mon ami, tire-moi du danger, Tu feras aprèâ ta haVangue. »
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Mon aimable compatriote terminait, à peine son nécit , ^ue je fus- soudainement éclairé. « .Ah 1 je comprends .enfin , et jgrâce à vous je pms résoudre la qjuestion. Ici, la police se réserve le droit^de porter secours dans/tous les accidens ; c'est- un privilège exclusif* -^ Précisément ; comme elle est très -active^ elle croit pouvoir suffire à tout : c'est un grand travers ; l'expérience prouve cbaque jour que; ses yeux et ser bras ne peuvent assister à tous les malbemrs. Bien des gens sdnt victimes de cette présomp'tion ; mais si quelques âmes généreuses s'avisent d'aller sur ses brisées , on mène en prison le secouru et le secourant. C'est nourrir l'égoïsmë' et glacer tous les courages, surtout celui des gens du peuple , qui ont moins <|ire nous la faci'^ lité de se défendre , de se faire connaître , et d'obtenir le pardon d'un trait d'humanité. On doit espérer que la police , si parfaite sous les autres rapports , finira par renoncer à ce monopole des bon9es actions.
» J- admire avec quelle sage modération vous suspendez votre jugement, lorsque vos observations sont si justiBs, ajouta M. de Saint-Florent; c'est ce que tout voyagent devtait faire •^
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Si vous parcourez Fintërieur de la Bussie, tous verrez avec quel empressement le paysan répond au moindre appel fait à son assistance; nul pouvoir répressif n^ est là pour neutraliser le caractère national , qui se livre à toute sa bonté naturelle. »r
- Sans transition, je reviens au comte de Mais- !re. Il était ici dans le tems que M"*' de Staël y fit un voyage ; tous deux se rencontrèrent plusieurs fois dans les. mêmes salons. Un soir, ils discutaient sur la reb'gion ; le comte , profondément pénétré de ses vérités , les soutint avec éloquence , et dans des termes qui contrariaient les idées philosophiques de la baronne. Elle écouta jusqu'à la fin avec une patience qui édifia tout le monde; mais bientôt, en véritable Corinne, elle improvisa une profession de {(A avec tout le coloris que son imagination brillante savait prêter à ses discours quand elle était fortement émue. L'interlocuteur ne répondant rien , elle le croyait battu , lorsqu'un léger ronflement v-înt l'avertir que M. de Maistre donnait d'un profond sommeil. Vivement piquée de la fausse position où ce sommeil la plaçait, elle sortit fort mécontente. Le leqdemain , on voulut la
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calitfer en lui disant que Tusage invariable du ministre était de donnir en société lorsquMI ne parlait point. Elle répondit que , quand cela serait vrai pour le passé , elle méritait d'échapper à la loi commune. Depuis ce moment les deux puissances ne s'adressèrent plus la parole. Celte scène m'a été racontée par plusieurs témoins qui riaient encore de l'indignation de M™^ de Staël , et du sommeil plein d'innocence de M. de Maistre.
Le prince Jean dit 9 le lendemain, k M^* de Staël ^« M. de Maistre vous a donné àe l'humeur, mais ne croirait-on pas qu'il voulut venger notre {)auvre comte Fodou? — Ah ! prince ! répliqua-t-elle , vous réveillez un de mes désespoirs ; c^est me rappeler combien nous avons tous besoin d'indulgence. » <
Pour rmtelligence de ce dialogué , il faut savoir que M"** de Staël , -étant à Berlin, le comte Fodou Golovfkin lut devant elle et quelques autres personnes un petit roman qu'il composa à la suite d'un défi ; on avait parié qu'il était impossible de donner de l'intérêt à un ouvrage en. lettres qui n'of&irait qu'un correspondant; k comte ramassa le gant, et la Princesse Amalfi^
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vit le jour; cet ouvrage est agréable >, mais il n'a qu'une corde et qu'un son. La lecture devint monotone ^ «t endormit M*"* de Staël : Tauteur s^en aperçut 9 ce qui nuisit beaucoup au charme de la soirëe.
Ici la baronne rencontra quelques résiMance» de société qui Tavertirént qu'elle n'était ni en France, ni en Italie* Les Russes, tout en aimant le génie et les grandes renommées, connaissent fort peu l'enthousiasme , tandis que les Italiens s'y abandonnent si aisément , qu'ils laissent passer sans mot dire les saillies et les écarts d'imaginàtioh lors même qu ils sont à leur déavantagé : Corinne défiait pârfaitemient cetle facililé de mœurs , et l'absence de tout amourpropre personnel ou national. Les vives attaques que se permet le misanthrope OswaU sont toujours prises en bonne part ou relevées sans aigreur par le prince Casielforle, Les fusses surent apprécier l'esprit de leur h6te illustre; mais ils n'ont point cette aménité et cette souplesse de fofmes qui fait tout pardonner au talent : un jour, la baronne entra dans un salon en disant , d'un air pénétré : « Je viens de voir une chose bien touchante , c'est un homme ef-
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frayant par la longueur de sa bai^be , qui caressait avct beaucoup de tendresse un petit enfant. » Tout le monde se regarda d'un air moqueur, et la princesse 'Barbe Dolgorôuky répondit brusquement : <c Madame, vous avez donc cru que nous mangions nos enfans? >»
Avant de partir, M*"*^ de Staël témoigna asses vivement le désir qu^eUe avait de faire connaître son talent de déclamation ; tout le monde parut charmé , et Ton prit jour ; la séance eut lieu à Télaguin^ maison de campagne que possédait alors le comte Orloff. L'assemblée était nombreuse ; je ne puis encore m'expliquer le choix bizarre que fit M"'*' de Staël ; on ne dirait jamais quelle tragédie française fut imposée à
Tauditoire la Caliste de Colardeau, pièce
abandonnée et mauvaise. Malheureusement la déclamation n'était pas mieux que la pièce , cette lecture devint assommante; l'impression glaciale qu'elle répandit reflua vers la lectrice; après les premières scènes , elle posa son livre en prétextant un malaise. •
La nature se plaît souvent à refuser les petits succès aux fronts chargés de lauriers. Voljtaire, connaissant parfaitement l'art tragique^
jouait assez mal la tragédie, quoiqu'il nous vante beaucoup son talent.
Hëlas ! il y a des soirées fâcheuses même pour les illustres ; c'est moins la faute de la société que celle des êtres supérieurs, toujours trop^ possédés du désir de faire effet, quel que soit le prestige qui les entoure; le. monde, généralement impitoyable pour les plaisirs offerts , ne se montre indulgent que pour ceux qu'il sollicite. Les grands écrivains devraient donc attacher peu de prix aux applaudissemens de salon; il faut que l'amour-propre se repose comme toute choses il existe poù^ eux une gloire moins éphémère et plus enivrante. Les auteurs du grand siècle se livraient sx)brement à la société, et lorsqu'ils s'y montraient, c'était dans une attitude modeste ; on pouvait croire qu'ils demandaient excuse de leur célébrité.
INT^RIEUE D£S FAMILLES. i^i