INTÉRIEUR DES FAMILLES
Un pir« est tonjoars pire ,
Aicn a'an pevt cCFaccr le sacr^ caractère.
P. GO&XKILI.1, Polytueti^ «et. Y, 9C. 3
Nos vieilles sociétés pourraient peut-être envier aux Russes TuHion qui existe dans le sein des familles. Les liens du sang sont rarement troublés par dé honteuses mésintelligences ; Tintérét même n'est guère Técueil de ces bons sen^ timens ; survient-il une succession? les partages s'exécutent avec calme , noblesse et générosité de part et d'autre; il arrive souvent que le légataire, se montrant plus juste que le testateur, fait des sacrifices, sans peine, sans ostentation, comme s'il acquittait une dette. S'élève- t-il quelques nuages, ils se dissipent bientôt sans scanr 4ale et sans bruit. Ce désintéressemept 9 devenn
,l44 I^4Éai£UR D£S FAl^ILLES;.
^i rare , tient ici à la grande richesse des particuliers, à beaucoup de bonté , et peut-être aussi à une certakie paresse et au profond dégoût quMnspirent les affaires contentieuses ; cJiacua redoute mortellement les tribunaux , les juges , la lenteur, Tignorance ou la partialité des magistrats ; quelquefois un procès , qui tourmenta la vie du grand-père , n'est terminé que par son arrière-petit-fils ; cette idée décourage les prétentions, chacun. sent qu'il doit un peu céder, de peur de beaucoup plaider.
Les parens poussent souvent trop loin Tindulgence paternelle, et rarement ils ont à s'en repentir; ce serait une chose inexplicable si Toii ne connaissait à fond les mœurs russes. En France , il arrive presque toujours que les enfans gâtés sont positivement ceux qui ont le moins de tendresse pour leurs père et mère ; il semble que cette juste punition d'une tendresse aveugle soit dans les vues de Dieuî'L'enfai^t auquel on passe tout peut^devenir redoutable , même pour sa famille , et à coup sûr il sera un sot fort désagréable pour la société , c'est la rèjgle ; mais cette règle rencontre ici de nombreuses exceptions. Le caractère national est plus fort
iNTékiEUR iÎës familles. i4i>
que les principes de fausse philosophie qui sHilsinuent dans quelques faibles cerveaux: les jeunes gens des deux sexes ont des manières parfaites avec leurs père et mère, point de tutoiement ni de familiarité; cependant, ni servilité, ni crainte. Le respect n'exclut point Tamour ; les rapports sont faciles et doux, l'obéissance s^ob tient sans être commandée. Rarement on éprouve le besoin d'être sévère. Honoi:er ses parens ne s'envisage point comme un devoir ; c'est un besoin du cœur, une chose toute simple, dont il ne vient point à l'idée de faire une vertu. Celui qui s'en écarterait serait ridicule et déconsidéré ; ainsi , les . sentimens de piété filiale se transmettent d'âge en Âge cpmme une substitution , et la puissance paternelle se maintient au juste Megré où la nature veut qu'elle soit. Sous ce rapport, une civilisation , peut-étrfi trop hâtée, n'a pu corrompre les mœurs , mi altérer le sentiment qui honore le plus l'humanité; aussi, le peuple russe caractérise-tril son amour pour ses souverains , en leur donnant le titre qu'il vénère le plus , il appelle l'en^f ereurjzo//:^ pèrâ, et l'impératrice notre mère.