‹ L'hermite en RussieChapitre 33 sur 91 · N*^ XVJ · texte numérisé non relu

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LA rORTUNE PUBLIQUE.

. . . Un bienfait n*est jamais sans salaire. BuoRSAviT, Esope et Im cour y aci. III, se. a.

Les barbes ne furent pas. les seules résistances qu'éprouva la volonté réformatrice de Pierre-le- Grand. Ce prince , en 1714? rendit unonkase pour établir des majorais à Tinstar de ceux d'Allemagne, ou, pour mieux diçe, de toute l'Europe. Cette loi semblait une conséquence de la civilisation que le monarque imposait à son empire ; l'aîné devait succéder aux honneurs du père , à la possession de ses domaines, et player une légitime aux cadets; Tempereiir se flattait que l'inégalité des partages serait pour CCS derniers un vif stimulant dans la carrière des emplois civils et militaires. Mais des habi-

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tildes enracinées s'opposèrent à cette itmovation ; tant que ce prince vëôut> on fit semblant d'obëir à la loi dont , secrètement , on éhidail toutes les dispositions. Les familles dans lesquelles les aînës voulurent user de leurs nouveaux droits furent troublées par des procès et des discussions affligeantes ; cet état de clioses dura jusqu'en lySi , époque à laquelle Timpératrice Anne se vit forcée 4'annuler l'oukase de Pierre P'. . '

Sous les règnes qui précédèrent celui du grand monarque , l'égalité des partages n'offrait point d'inconvéniens aux boyards vivant retirés dans leurs domaines , ni même k ceux qui restaient attachés à la cour. L'existence alors était bien moins dispendieuse qu'elle le devînt au dix-huitième siècle ; le luxe et la représentation s'étant fort accrus, on vit décroître la prospérité des grandes familles. Lorsqu'on veut s'en tenir, dans les institutions, aux lois les pms sensées et les plus naturelles , il faudrait que les moeurs gardassent aussi le type- de simplicité, qui les défend et les conserve. L'appauvrissement des grandes fortunes fut progressif chez tous ceux que ne soutint point la générosité des souve-

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rains. Les quatre fils d'un boyard , qui possédait cent mille roubles de rente , se trouvant réduits au quart de cette fortune , sont obligés de se replier vers les terres morcelées de leurs aïeux ; car il leur devieitt impossible de prétendre aux charges de cour, toujours très-dispendieuses et des plus mesquinement rétribuées, comme toutes les autres places dans ce pays.

Souvent le domaine paternel n'étant point susceptible d^un démembrement , les enfans le vendent et se partagent le produit *. Alors leur fortune se compose tle capitaux en portefeuille , et Ton sait avec quelle déplorable facilité se fondent des valeurs disponibles exposées'^par cela même à toutes les chances de l'imprévoyante légèreté qui caractérise beaucoup de Russes et beaucoup d'hommes qui ne sont pas russes. Ainsi, en mettant opposition aux mesures de

* Lors àes partages de^ propriétés rurales, les filles jouissent du quatorzième , et les veuves du septième ; quant à la fortune mobilière, la mère reçoit un quart,et les filles un huitième. Avant le règne de Catherine ^ les filles ne pouvaient posséder de domaines du vivant de leurs frères ; la dot se payait en argent : cette souveraine autorisa le paiement en immeubles. -

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Pierre P% la noblesse porta elle-même une trèsforte atteinte à sa prépondérance et à sa gran<deur.

Toutefois unq planche de salut s'offnt à ce^ fortunes ébranlées, et ce fût le, chef de Tétat lui- même qui leur tendit la main.. On voit encore aujourd'hui plusieurs familles qui doivent leurs grandes richesses à la munificence impériale , munificence dont souvent Ton a pu accuser les prodigalités. La couronne semblait comme se disloquer par d^immenses dotations sur ses propres .domaines. Le souverain actuel s'interdit cette nature de bienfaits par des motifs qu'il est facile de pénétrer Mais sa justice se concilie avec son extrême économie , au moyen des arrûndes. C'est une concession de terrains appartenant à la couronne , et situés dans les anciennes provinces polonaises réunies à Tempire. Comme ces arrandes s()nt accordées aux personnes qui rendirent des services à Fétat,et qui la plupart exercent encore des fonctions publiques, il est rare que les donataires administrent eux-mêmes leurs nouvelles possessions ; d'ailleurs , la jouissance n'étant que temporaire, l'exploitation présenterait aussi peu de

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bënëfice que d'attrait. Aussi, sauf quelques exceptions , les arrandës transigent avec des agens d'affaires qui perçoivent la rente , moyennaM un droit convefnu ; mais la valeur numérique relatée dans le brevet de concession s'affaiblit devant l'exigence du fermier spéculateur. Souvent on s'arrange pour percevoir les avances de la totalité des revenus, moyennant d'énormeS^ intérêts. La durée de ces concessions est généralement de dix , quinze ou ving^ ans ; quelquefois le terme est plu3 court , mais il peut se prolonger à l'expiration , suivant le bon plaisir du souverain. Il y a aussi des expeciatUes ^ ou promesses par brevet, d'une arrande; la mise en jouissance est ajournée au terme d'une possession de même valeur. On obtient encore des avances sur ces promesses par l'effet de transactions libres avec des capitalistes qui spéculent sur l'impatience des futurs éhis.

Quant aux concessions de terrains à perpétuité , elles ont principalement lieu dans le gouvernement de Sûraiùff et dans la Bessarabie; mais ces terres sont incultes et dénuée^ de paysans, ce qui jette le nouveau, propriétaire dans un g;rand embarras , dont il ne sort tju'en

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