LES TITRES
Gaudtnt praaoma* moUts
AëHemite.
HoaACK, Satires.
X^oreillè est délicieusement ftaitée de certains nomi de distinction.
Je fus témoin , il y a >peu de tems , d^ûne discussion qui m^amusa fort ; elle avait lieu entre un Rnsse et un Américain. Ce dernier attaqua , avec sa franchise de Fautre monde , la profu* mxm des titres en Russie. <c Monsieur, disait-il, f ai dfaië chez un de vos princes ; nôu$ étions vhigt-cinq, savoir: treize princes ou princesses, sept comtés eu comtesses , et quatre barons ou baronnes. J'étais le s Al sans titre., et, loin que l 'amour-propre souffrît de cette nudité de mon nom , je m'enorgueillissais d^avoir échappé à Pavengle répartition des grandairs humaines. —
3l6 LBS TITRSS.
Pourquoi, Monsieur, s^enorgueillir d'un avantage qui n'est dû qu'au hasard? répliqua le Russe. S'il eût voulu que ces vingt-quatre convives fussent nés dans un canton de ta Virginie ou duMassachusset , ils jouiraient du même honneur qpe vous. On nt doit pas plus tirer vanité de rien que de quelque chose. Ce n'est point notre faute si nous sommés princes ; il est assez difficile de ne pas l'étré en Russie. — Il serait du moins plus aisé , reprit l'Américain , un peu étourdi du tôt railleur de son adversaire , de ne pas faire participer l'enfance à ces vaines distinctions. Dans ce même^bgis, où je dtnai , il y eut le seir un bal d'eûfans. «c Vous voyez ce tas de marmots, me dit le secrétaire de mtre téga« tion, eh inea! ce sont autant dé petits pritces et de petites comtesses;: ici les titres se confia rent avec le baptême, » — ^ Oui, Monsieur, «t même ^a<nt la cérérmonie , ils s'acqniirent en naissant : c'est Tusage dii pays. — Ma fa , tatti* pis pour le pays ! --- Pourquoi ? *— Pahrce qn^en Russie , comme partout ^Torgueil est inné chez les homiBies. Or;» ce vice étant le principe de tons ii[Os ridicules, de «es fautes et de nos flOrK heurs, le premier devoir de l^é<dïlcatioa, c'est de
l^irépriiiter. Koûveau débacqué dàBs céUtiviitte^ ^€l ne puis encore fQgfir Jivec connaissance de ^li$e; mais je $4is que le$ eniâns élerés dans de3 îdies qui leur doi»nen£i)p J'imfMniance de- Tieiment.di^ pi&ti(3r.4tre3 iibôàtçnables* Yeyez hMics aihir^s , leva» pbHss;^: A* peins sant-ila toancipës-de la nosirrioe^ ^ue ^déii limrs ver gards «wt dMaigneox et |enlrsr fantaist^; ty^ raitiàqu^s. Faibles âtcchanedana, ila n'iinplofmX pea$ lt& aecpurs; ila les /ffiammaiîdaitL ^€e a^iralibi^n pis^^. |^rèqu^^. ces bawiMbiia seioiit fer^ Bie$ suc letnrs jixoi^ ;• Fanrqgance etle despo^ liame i.'rottfont aindc eax/Deilà irima ine ffii> mefdtes de condum que , dans- ce pays^, ]t9 Imnoms doîtenl être très^ofgaeill^ux. ^ E\ bi^n! Uonâeur, qiH|di|ue imi$siaiilei9iie.si^t/7otre ^futnènta^ioii ^ il e$t pjmtif qu-ils^y âo&ttnfini^* vmAiVPisbs que patiout aiilaKa; il y a ^u iand te.caeactèce national quelque clmise de^implii et de nature qui noua préserve geiiéiiileBfiemt de «entravera;. D'aillaurs^ vous atbieltôztbe^Bconp lÉop d'imporlaiicQ m p<miw îdca diatifactioaii &VS la faâ>IeTiate}iigmice dis lâ&as; elles existent par le 4foi t bien plus que ^ta^ lé faitJ Croyez-* TOUS qu'un pétition hmsme^îtlef^aitîiisivt de
milH^i^e : voUj^ poarq^^i totce neUe^c , sauf qaelc^lies iasignifiantes esicefitioiis, esi.^uakpie, ^Bs morgue et aans dédain. J^a^ Italiens nou^ re^seoiMent sous ce ifapport i cbe^ twf. les titre» sont. épaHrpiilës sw toa^ içs meinji^res de. k îà-* mille. Lltolie feiSQune. de mûr^essinU^ 4e ^IU7»«> toràiâ , et riân de inoÎBâ ^n{»esé, dejoK^ms orgueilleux que les nobles dlltalie. Je sais testé d« binaire que cette stmplkité provient de la mëtpe cause. Si quelqu'une de uos princesses yeut faire la grande ddm£ , si quelque ancien biqrard est tenté, de se mettre à cheval sursm vieilles chroniques , on s'en nioque très-franr chôment; aussi me secail-il difficile de voué nom»er un sot pur, même le comte *** , qm ne jpanquait pas de vocation, n L'-^^niérkain pa-^ isit frappé des bonnes raisons du Russe; celui-* ci) en pcenant le parti de. sa nation, défendait aoâSftJa^vérité.
, Je Tavoue,, cette discussion m'a beaucoup diverti ; l'h^miae de l'Amérique aurgumentaîl av«c une rondeur et une iSraneUse tout-à-fait comique, et le Ru^e se défendait avec autant dejfiçesse que de bon goét. Je serais curiéus d» savoir quelle mine £t notre indépendant^ le
LES a^i^KAS. â^l
jp^r où V^ou ^t la ^^tesque, j^f^tksiQxûthixtàt
lai cdo^r «ne i^ensation foi;! déaagréabk. Le (1^ d^ Praxiièfp et le fofon de Phidias ne-^e*raient pas pltis mal pnnans à mon oteiUe ^qùe \e marquis de Canoça. Pourqioi des titres dans le domaine des arts ? Us n'en ont que faire ; la gloire du sculpteur italien est si brillante et. si pure qu'une auréqtje de marquis ne peut que Ja faire pâlir. Quon baronni^ ub banquier, c'est tout sîqri{>lè , Tor admet la broqe^ie; mais, un artiste célèbre n'a besoin que de son nom : les contemporains de soft génie doivent le traiter comme la postérité. Lorsque Louis XIY dit à l'un de ses courtisans , qui parlait de Mignard : « II me semble que le mot Monsieur n'écorcherait pai la bouche, » ce peintre répondit : « Ah! Sîré^, il y a vingt ans que je travaille pour qu'on ne dise pliK Monsieur Mignard^» .Certes^ ce même artiste eût également aspiré à l'honneur d'isoler son nom d'un titre, s'il eût été de mode de les prodiguer comme à présent. Voltaire, nommé vicomte par Louis XV, ne le serait plus pour nous« Nous, disons encore le marquis de Vardes ». le marquis de Villarceaux , parce qu'ils