I^^ RUBANS ET LES ORDRES
A la suite de.s événemens militaires du Prutb, Pierre I*' institua Tordre de Sainle-Catheriiie, ea faveur de Catherine P* y qui avait puissamment contribué , par son courage et sa présence d*esprit^ à Theurease issue de cette guerre :' cet ordre est unique en Europe par la singularité de son origine. Il est rare de voir la femme même la plus dévouée , suivre un royal époux au milien des hasards de la guerre , à cinq cents lieues de $a capitale.; les exemples de ce genre remontent au tems .des croisades. Il arrive plus rarement encore qu^une armée nombreuse et les destinées d'un grand empire soient arrachées à une ruine presque immédiate par l'inspiration soudaine d'une femme ; les plus vieux capitaines , et Pierre-le-Grand lui-même , ne voyaient plus aucun ilioyen de salut. Dans ce découragement général, le génie de Catherine, supérieur à -cejdî des hommes , fut le sauveur de cette mul- «fode de guerriers aux abois, de ce camp désolé, temé et mourant de faim. L'aristocratique orgueil de notre siexe reçut un véritable échec ^Ur les bords du Pruth, et je m'étonne que les lemmes de^ tous les pays ne se soient pas coali^ sées pour élever un monument sur le théâtre de
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oette gloire brillante d'héroïsme et d'originalité. Malheureusement, alors, la mode des souscriptions n'était point connue; mais l'ingénieuse reconnaissance de Pierre a dressé im monument qui>se perpétuera d'âge en âge an dessous de Pépaule gauche des grandes dames russes. C'est là qu'elles portent l'ordre de Sainte-Catherine, qui n'jest accordé qu'aux femmes. Il se divise en deux classes ; le grand cordon est ronge , liseré de blanc; la croix présente, d'un cAté, i'i^ mage de jsainte Catherine avec les attributs de son martyre, et de l'autre, cette inscription : Pour Vamour de la patrie. La seconde classe porte un chiffre de diamans avec une rosette du ruban de l'ordre ♦.
Nos dames françaises sont privées de l'honneur de porter une décoration , qu^ se rattache-
* Quelques dames russes portent , comme uue haute marque de distinction, le portrait de Pîmpe'ratnce , orné de diamans. Il s'attache de côté. Celles qui ont cette espèce de décoration ont \e, titre de dames dupoHmit^ titre auqueUont affecte's^cer tains privilèges. Plusieurs demoiselles d'honneur obtiennent aussi ce qu'on appelle le chiffre ; il est en diamans , monté sur un médaillon qn'oti attache également de côté«
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Tait à une époque éclatante 4e notre histoire. Je mè demande comment , depuis Charles Vil , aucigi de nos rois , presque tous doués de {^enthousiasme cheyalepesque , n'a eu Tidée d^ho- • oarer la mémoire de notre héroïne française par la création d'un orike qui consacrerait ce grand souvenir et l'étemelle reconnaissance de la nation. Peut-être Jeanne d'Arc , ainsi illastrée , aurait trouvé grâce devant le honteux cynisme d'une plume célèbre ; peut-^étre cet hommage patriotique e6i-il désanné celui qui respecta si peu de choses. J'aime les gracieux rubans de nos chanoinesses ; mais ,*}e l'avoue , mes regards se porteraient avec plus de plaisir sur une décoration qui me retracerait la noble et touchante victime qui périt sur le bâcher allumé par les Anglais.
Ici tous les ordres civils et militaires donnent la noblesse héréditaire , même celui de Sainte- Anne de la quatrième classe , que l'on obtient facilement. Plusieurs marchands russes, par suite de services rendus, soit au gouvernement, soit à leurs concitoyens dans les fonctions de maire ou autres , sont parvenus au grade de che-
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Vi^lîer; mais, je crois que, par une restriction à la mesure gé^nérale, l'oukase ne leur accorde point h uoblesse. Cette réserve ne s'étend pas au:!^ prêtres, qui deviennent nobles, eux et leurs enfans , dès qu'ils sont chevaliers de Tempire.
Il n'existe pas un seul maréchal de l'empire, si ce n'est le duc de Wellington. La mort a tout moissonné ; six femmes de maréchaux survivent encore à leurs époux : la comtesse Kamensky^'la comtesse Mussin-Pouschkin, la princesse Prosoroffsky , la comtesse Tczemichelf , la comtesse Barclay de ToUy et la princesse KoutousofF *, Rien de plus fragile que la vie d^un maréchal ; les infirmités et les maladies , conséquences inévitables des fatigues militaires, font souvent, après la campagne , ce que le canon ne fit point Tout le monde n'a pas le bonheur du maréchal de Turenne ; je dis bonheur, car il y a peu d'officiers-géiiériiu^ c[uine vantent la glorieuse douceur de mourir sur le champ de bataille. Cependant on vit des guerriers célèbres se consoler à la longue d'avoir été négligés par la mort , et pren-
• * Cette princesse est morte en 1836.
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dre leur parti en braves sur les inconvéniens de la longévité , tels que le prince Eugène, Yillars, Catinat , et surtout Richelieu , qui se maria à quatre-vingt-trois ans avec Tintrëpidité d'un jeune homme.
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