‹ L'hermite en RussieChapitre 61 sur 91 · COLONIES MILITAIRES · texte numérisé non relu

COLONIES MILITAIRES

Tels sont les vnis gacrriers,

Rivaux Bux champs de Mars, aiRÎs dans Icnn {ojert. Db Bbllot, Gûstott ttBayard^^cX.y^ se. i.

Je me mëfie des créations colossales; gënëraralement elles avortent, parce que plus elles sont grandes^ plus les grands obstacles se hérissent autour d'elles, la sagesse est le ciinent de toutes les insHtutions : le succès ne s^attache qu'aux'.proportions naturelles,

A V.époqueoà j'avab l!hçn«eur d'être membre du ttorps-légUlatiC, Bonaparte nous disait d'un air de très-bonne foi : « Françab ! vous II. I

2 CCXiONIUS BOLirASREa.

êtes encore réservés à de gprandes choses, beaucoup de jf^oii^ >^s Wef d«r» Comme {^e ^ive dont il lioits lùe&açait "^ait déjà pcmf nWs le . pâté d'anguille , comme ses aigles couvraient de leurs ailes, trop éteftdues, les murs du Yatican, les clocbers de Varsovie , et les plaines des deun Castilles, ces brillàns présagés' flé 'flattaient plus^ notre orgueil national. Faute d'y croire, nous restions iupdestes en les écoutant.

Lorsque cette gigantesque majesté noyait 80 millions dans l'Alexandrie piémontaise, je ne pouvais croire que les murs de cette ville seraient un des boulevarts de la France , et quand j'écrivais à un prifice de la ville amc sept collines, je n'eus jamais la présomption d'apposer sur l'adresse: A Rome ^ France^ département du Tibre; cedéparf^dment «ne me disait rien de boni Quand. PiexT& ill, se pas^oimant pour le régiiaie nilitaite du grand Frédéric, prussàmnisaâ tuate ^n armée, k& sagie» 4a pays se disaient toufîiias : <v fit nous, piesmas point d'admifery oe»fttits chapeaux s'agrandiront, ces. haUts^vvileiis'atloa^çarcMit, nottscMperons ces éoonqes ;quiettes ; nos exodsesfctwlBvieiidroiit msses stout ot» que ; voyoaBest une aGbLircHfoaioâef ; atfeialdii». »

Moi a«s»f, j'attends avant êe me passionner poar on centrées cokriiîes îniMlaii^es.

Les puédéeessenrs d'Alexandre ne songèrent p«i&t à former de paniis ëtablissemeïis ; cette idée bizarre ne fol suggérée par anenv des ministres-nâ des ^nëranic qui ttiustrèrent leur pays. La victaJre décisive ^e Pulfavpa avait aflermi Ta puissance de ee gra&d empire. Depuis un siècle le territoii^ moscovite se reposiHt des invasions ; la guerre se portait an loin. La Turquie, la Crinsée, h Pologne, la Suisse, Pltalie et la HoK iMde, virent ftcrlter tour à tbtir les ^éf entdards russes. L'an 1812, de funeste mémoire, renonvêla, 'pow les contrées sépte»trionale2^, ces fatales irruptions qui les remplirent de deuil pen* dant les troisième , qnàtorz;iè«e eil ^inzièrme siècles. Cette fois Torage venait de TOccident ! Cinq cent mille chrétiens, entraînés par un soldat heureut fusqu'^aloFs, se précipitèrent vers Moscou. GeMe belle armée se fondit sons tes influences 4u climat , el! cependant trois nouvelles cmBDjpagnes succédèrent à sa destraetîon , qu'on avait crue décisive; H'agonîe-mifitaired^nn^^nïnd génénd ne pent qu^étre coiivuisive et lente. Lés Russes^ dans Pivresse même de leur

4 COLONIES MIUTAiaES,

joie , se rappelèrent qu^une de-leurs capitales ye-r nait d'être envahie : le géni^ de la guerre fermenta au sein des loisirs de la paix; on chercha des garanties pour l'avenir, et le système des colonies militaires prit naissance. Ainsi, nous devons envisager cette création comme le résultat de la campagne de 1812. Bonaparte colora son ambition du prétexte spécieux d'affaiblir la redoutable puissance du Nord; si les colonies doivent contribuer à Taugmeuter , TEupope PC devra s'en prendra qu'aux étranges conceptions de cet étrange sQuveraîn. Sous. tous les rapports son but fut manqué.

Au surplus, l'avenir seul peut démontrer à quel point on doit s^ inquiéter de cette innovation; cette question se dérobe aux calculs pré* sens.

Les feuilles s^nglaises put ridiculement e:(agéré, ce me semble ^ Timportance des colonies militaires; l'écrivain périodique n'éprouve au* cune résistance; papier, plume, chiffres, presse et compositeur!, tout lui obéit servilement; sa pensée est plus rapidement exprimée que les ordres les p^s absolus ne sont exécutés. (iCs iournalistes., de Londres voi^t donc fort vite en

doLONi£S Militaires. 5

besogne, et les Anglais, toujours sur le quivm^ jettent le premier cri d'alarme au premier pas f d*un autre peuple vers une grande création.

Généralement les colonies ne sont envisagées hors de la Russje que sous le point do vue militaire, et nullement sous le rapport agricole. Beaucoup de gens ignorent que l'installation d'un régiment sur le terrain qu'on lui assigne , doit s'acheter au prix des plus durs labeurs , tels que dessication de marais, abattages de bois, défricbemens , etc., etc. Il faut que. les soldats triomphent du sol avant d'y établir leur demeure. Or, il est souvent moins facile de dompter la nature que de vaincre une armée. Plusieurs motifs déterminèrent l'empereur lorsqu'il adopta le plan qu'il caresse ; progrès de '^ l'agriculture, civilisation physique du pays, modalité de l'armée, diminution progressive de Timpôt du recnitement , qui pèse sur la propriété foncière , puisque les paysans sont attachés à la glèbe ; espoir de réduction dans les dépenses de l'armée , telles furent les expecta- . tives brillantes dont on berça le souverain. Il est "^ certain que la pensée de l'économe politique '5'arrête avec tristesse devant d'excellens ter-

6 GOLaNII3 mUTAfilES.

rams sans eulture ou sur des furets ifiaccessiU^

i la cognée en Mcheran^ parée qu'elles sont

mactécageuses, et q«e pas un s^ilier n^'v est

fraye. La disette qui 4ëiMrfa piustead provinces

dans^ç^s dernières années piouY^ la nécessité

de livr^ a l'agricultore des terres sans yahswr

et sans produits. Les mmaes russes se nontrè^-

rent conquérans agricoles comme le furent ceux

du raidi de l'Europe ; mai$ la sécularisation des

< biens du clergé, ordonnée par Catlienne II, pa-

'ralysa leurs exploitations; terres et paysans,

, tout leur fut enlevé ; les travaux des guerriers ,

\ devenus oisifs par l^paix, pouvaient seuls snp-

jpléer à l'industrie des moines , et l'obéissance

militaire remplacer la perse v^ance des ordres

ireligieux : c'est ce qu'on a fait , et voilà le beau

cdté de la chose.

Les terrains occupés par les colonisattions appartiennent à ia couronne ; quelquefois des convenances de localités commandent Tachât de terres voisines ; c'est ainsi qu^ofi est parvenu à une agglomération indispensable au succès de ces grands établissemens.

Quand la construction des bâtimens destinés à recermr un bataillon est achevée, on organise

CdWKiES.MILtlAfttBS^ 7

le tianiport des paysans 4e la courokine^ tpA doivent fonner le noyau dv bataiUon ptoprii^ tajft; tes affections de famiUs ne. sont point irobsées parxe ééplacemenl, JÀ jeime paysan ^ €pà va dev^r intlitaiit en restant agiriculteur^ m^ avec laij»son vieux père, sa mère, sa lemme et ses ^A^a^^ s^il est n^arié^ Les deii:z i antres bataiiions^ pris dans Taraiée pov^ corn^ \ plét^ lè Tégiment-, devieim^t les hM^s du ftê^ ' nier : tous s'occupent simnkanémait dtt difti*chement des.tecres qui sont assignées à la s^b^^^ SBStance dn corps.

Ttfnles les maisons sont en bois; duipuiia dielies contient quatrefnniUes^ Au dessos.de Icnr logement est une grande «j^iariibre*, fcabilée pi|r huit soldats ; ces bâlimenssontconslnitts 8or un plan nniforme.

Us sont séparés par. la gtandr; rpute id^un jai^^potager à l'nsagede ckafoemaisonrcq } jairAn. porte lin. nnipéro , et on Fentouro d'un foseé pour évlitef les anttcifmtiàqp»

Le principal corps-de-logis a une grande . cour., an fend de l«(}nellë' sont pbccës les écu- \ ries, ^nges^ étaUes^ gr^nierSt etc., etc. Der-^ riiseest une rue lrès-lai?ge, qu'on noi^inie là

8 G€HLONI£S i MILITAIRES.

, çoie rurale : elle est destinée au passage desr?oi^ tures du travail champêtre.

Après cette rue , on a laisse xm' terrain v&g^ pour de nouvelles eonstructioàs en c^ et besoin, et dont l'emploi sera laissé aux habitàns de la mais(m, svr une demamd%motivëe. Enfin, derrière cet empheement sont les cbamps de culture, divisés exactement en portion de t^* rain que peut exploiter chaque famille. Tous les bâtimens s<«t séparés Tun de Tautre, et chaque coçipagnie Test aussi «par un intervalle de qnelî ques tobes. Un bataillon se compose de quatre I compagnies , et le ^illaige militaire de soixantedix maisons. L'emplacement de chaque coihpa^ \ gnie occupe une longueur de trois werstes, ee I qui en donne douze par bataillon (à peu pires trois lieues).

Les paysans , devenus soldats , donnent deux

\ jours par seniaine aux exercices militaires ;

les deux bataillons non propriétaires tpartagent

leurs travaux agricoles; ainsi, tout le régiment

t est cultivateur.

Chaque corps possède des' ouvriers de toutes j les industries qui lui sont nécessaires , tels que ' boulangers ; serruriers, charpentiers, menui^

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siers , tapissiers , cordonniers , tailleurs , charrons, maréchaux-ferrans , etc., etc. Les fils de soldats sont envoyés dans des villes de gouverneraens pour faire leur apprentissage.

Plusieurs grands bàtimens sont destinés à rétat-major de chaque régiment; là se trouve le logement du colonel et des officiers supérieurs du corps, réglise, la salle d'exercice j^urPhiver, les greniers d'abondance, Thèpital, un restaurant, qui est le rendez-vous général des officiers, et qui renferme une bibliothèque où se | trouve une table pour la lecture des gazettes. ■ C'est dans cette maison que descendent les étrangers : tous ces bàtimens sont en brique. On m'a dit que ce mode de construction vient d^étre adopté pour les maisons de soldats ; cela doit augmenter énopnément les (rais , mais la solidité dédommagera de ce nouveafr sacrifice.

Au centre des compagnies , il y a une place d'armes pour les, manœuvres d'été, un corpsde-garde , une chapelle, et un logement pour le pope et les sous-ofGciers.

Il est facile de juger, par cet aperçu , que tont est espacé, aéré , et que rien ne fut ménagé pour la salubrité publique. On pousse la

ia CfOLOKifiS MILITAIRES».

recherche jusqu'à creuser des canaux pour Fëcoulement des eaux pluviales et la foflte des neiges.

Les régimêns colonisés sont placés dans Kordre suirant :

Le régiment •*♦ ;

Cehii du roi de Prusse ;

Le régiment du prince héréditaire de Brusse ^

Celui de S. M. Temperenr d'Autriche.

Ces divers corps sont à la suite Tun de rantré, et occupent un espace de soixante werste» de longueur.

Le gouvernement de Mohiloff a aussi ses colonies militaires ; celles pour la cavalerie sont sur les bords du Pruth. On croit généralement que toutes ensemble s'élèvent à quatre -vingt mille hommes; mais }e pense quMl est difficile à aucun voyageur de déterminer le nombre avec certitude.

Il est aisé de voir que les colonisations s^opèrent bien moins rapidement qu'on se platt à le dire. Quelle que soit la quantité de bras, le défrichement absorbe beaucoup de teras. Par exemple , sur les rives du Volkoff , que les forêts ombrageaient, on recida les bois à la dis-

lance, de dix wtrstes. du fleuve. On^brAle les aiiiFes mix pieds péup bâter le tniwaU ^ )e .fê« consume aussi les souches; mats que de )oa»s dmvent alécooler dkpuis l'abaltàge de la forêt )us^*à la première moissoii ! On ik^ cite en^re (f tt'utt scnl lèvent de la eokmie^ë Kovgoroé ^i soit en pJebe jouissance de son tetralil.

Je viens d'eeqnisser , tant bieti que mal , ce nouveau t&éâtre militaire s^élevant sur l^borilU)fl du nord ; je fai? grâte au lecteur de tout ce qui se passe deriièf e la toilep Une aussi' grande; innoiration^ militairement' opérée , entraiae tou^* jours des abos et des violences : cette Iraqsla^ tion des paysans ^ arrachés à leur village^) et aii teît imtal pour tenir la houlette d^ulie main et ie fusil de l'aigre , n'est pas sans amertume» Risn ne me parait plus dissonant que le mélange (du bruit des armes et de la paix des champs^ La**bourer le matip , et faire Texercice le sois, passer subitement de retable aucorps-d^ga^i^^^t apprendre , en niême tems. Fart d« nourrir les hommes et l'art de les tuer, voilà de c€s altiainees que le cœur et la raison semblant repousser également* Je. ne voudrais pas jureo que^ de tant d'efCbrts il ne vésuitAt ni bons soldats ni braves laboursurs.

12 ' COUy^m MIU'fAlRES.

L^improyisation, d'une multitude de niariag^^ obligés, eatce. les soldats et les filles des paysans eorégimeiijfcés , n'est pas le moindre:4es inconréniensqui s'attachent à cette création. Les officiers chargés d'organiser ks accords se' éûfa-nent probablemeal fort peu de peine pour étudier les étincelles sympathiques. Jamais l'hymen ne dégénéra plus en billets de loterie. Les époux -n'étant point choisie par les filles , maïs imposer^ ces unions sont simplement un peu moins brutales que celles [^ovenant de renlèyement des Sabines. On dit pourtant qu'une sorte d'harrao-^ nie préside à cette confusion. Un officier supérieur des colonisés , invité à une fête de famille qu'on donnait dans le voisinage^ répondit : « Impossible, demain U régiment se marie; je suis le père assis d'un millier d'époux; le moyen de m' absenter! » On conviendra que ceci est encore plus fort que Figaro purgeant toute une garnison.

J'ai vu peu de Russes ne p^^b faire la grimace quand je \e\iv parlais des colonisations. L'un d'eux me disait : « Cette création plait à l'empereur; mais qui nous assure qu'elle ne déplaira point à un de ses successeurs ? Dès lors quelle utilité retirerons-nous de tout ce remue-

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ménage, qui coûte des sommes immenses? Pierrele^Grand battit les Suédois , Catherin^ triorapha des Turcs, sans le concours de soldats colonisés « »

Somme totale, la question reste flottante. Les colonies militaires sont-elles un mal présent pour un bien futur? c'est ce. qu'ignore même leur fondateur. Si la Russie ne retire pas Tintérét de son argent et de ses hommes , les prôneiîrs et les censeurs de cette création diront , avec une égale assurance : « Nous avionsr toujours pensé que cela ne réussirait point. »

l4 LE LUXE ET IS» TKOlMSEAUX.

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