‹ L'hermite en RussieChapitre 62 sur 91 · LE LUX£ £T LES TROUSSE A UIL · texte numérisé non relu

LE LUX£ £T LES TROUSSE A UIL

I«e iaxe, ami de i*oisiv« moU«s«e| En signalant parmi noas sa souplesse, Introduisit pap cent divi^rs canaux La pauvre! £, le plut dur de nos uaiiz.

U» matin , une dame inconnue se présenta chez moi ; sa mise , la timidité de «on maintien et sou ignorance de notre langue, nous causa mutuellement de rembarras ; cette personne était une énigme difficile à deviner sans trucheman.

Etait-ce ime quêteuse de société, ou la femme d'un acteur russe offrant une loge pour une représentation à bénéfice ? Elle était coiffée d'un chapeau de satin rose couvert de marabous; sa redingote , de gros de Naples lilas, était garnie d'une blonde dans le haut, et de trois rouleaux de satin dans le bas ; des gants de même cou-

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leur que la rob«, des l>rodeqttiii$ et un beati sdull anglais complétaieni Télëgant négligé* ^ Cette beauté mystérieuse ne s'assit qu'à moitié dans le fatiteuil que 'feus beaucoup de peine à lui faire accepter. Enfin , notre Adélaïde rentra ; comme elle est plus habile que &ts maîtres dans la langue du pays , tout s'expliqua. L'inconnue exposa avec un organe fort doux le mo* tjf de sa yisite, et nous tombâmes des nues lors* que la femme de chambre nous dit que cette dame était une. fille de service, faisant médio* crement la cuisine , mais lavant bien le linge et les planchers. Ayant appris que nous changions de cuisinière , elle venait s'offrir ; ma femme la remercia et là congédia. Mous rimes beaucoup du soin qu'elle arait pris de s'attiffer ; car tonte sa panure sembla nous dire : « Ne me prenez pas. ■»

Singulier pays l il n'en existe point où l'homme soit aussi loin de Thomme , et où cependant ton* tes les classes se confondent plus dans le même vêtement. Je me promène aux allées de l'Amie rauté ; j'aperçois un essaim de fenimes. Les u^tries, les^ chapeaux ornés de plumes, de blondes ou de fleurs, les ombrelles chinoises^ les per-

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cales brodées, tout cela m'ébloait. Je vais troaver» dans ces groupes , quelques visages de connaissance, quelques-unes des jolies danseuses du bal que donnait la veille M. le comte Liiia. Je m^approche ; grand Dieu! quelles tournures ighol>les! queb pieds énormes! quelles figures communes ! L^une est notre blanchiss^euse, Tautre une ouvrière en linge ; celle-ci la sixième femme de chambre de la princesse Barbe , cette autre la fiUedemon dçomik^ et cette grosse blonde, qui relève son voile de gaze verte, nettoyait hier les vitres dés dames allemande» logées en face de nous. Grâce à l'usurpation de ce luxe , on ne trouve p<Hnt en Russie ces jolies grisettes ravissantes de propreté et de gentillesse, jalouses d'une simplicité de costume qui , jen les classant , les rend mille: fois plus piquantes. Connaissez-vous rien de si choquant qu'un amas de parure sur un corps vulgaire qui semble la repousser ? Cette disparate fait mal aux yeux et blesse la raison ; elle gâte aussi l'aspect des promenades et nuit à rharmonie générale. Il n'est pas aisé de distinguer la véritable élégance de ses grotesques imitations ; c'est ime égalité choquante sur la terre entore classique des inégalités.

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Mais ce désordre est pltts que ridicule; il doiine matière aux réflexions Les plus affligeantes. Comment toutes ces filles , dont les gages sont isi misérables, peuvent-elles atteindi% le prix des objets de modes triplés sur ceux de Paris? ce ne peut être qu aux dépens des mœurs ou delà proTiité. Et que deyiennent-elles , lorsque la jeunesse n'est plus là pour suppléer à la modicité des gains légitimes? Quel est le garant de l'avenir 9 lorsque cet amour effréné de la toilette étouffe tout sentiment de prévoyance? Je serais bien embarrassé de le dire ; c'est un secret de faiàille; car il y a ici très-'peu dé mendiantes. Peùt-éfre l'eau-de-yie , dont les femmes du peuple usent largement , trànche-t-elle la difficulté ; . peut-être la mort a-t'^Ue, pour le plus grand nombre, le mérite de Tà-propbs, en les atteignant la Teille de la mbère.

Beaucoup de gens assurent que cette burlesque somptuosité des filles du peuple règne dans tous les pays du Nord , et particulièrement en Allemagne /où ce bouleversement des conv6<nwte^ sociales porte une atteinte funeste. 2\ux bonnes mœulrls. Les philosophes anciens disaient avec conviction, : « Le luxe est la plaie des

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états. ».Les nôtres traitent ce principe Ae radotage* Ttat homîDC <|iii. s-ariscm de le citer dans nos salons passera pour on disênr de Keiii eommans. H y a des MM. Josse qui pifonoscent sèchement que le luxe popnlaioe est une source! de vertus et de félicité : c^esi ^'ih sont arfivres. Faire etiaisser frire , voilà la devbe di»m^ nante ; ceitte nrarak tente bénigne n'a pas Irop mal dérangé le monde; peat-^étre verrons-nous mieiis encore ; ello est soiiteane par d'habiles et obstinés professeurs.

Ici f où les excès de la civilisation n'ont pas en le tems de prendre racine , de bonnes bis somptnaires pourraient encore ranener les clas^ ses du peuple à Tespr^ de leur état et i pfais de bonheur; elles désabuseraient les filles de service des ptnmes et des spencers de vek>u,rs. €etle gloire modeste , mais utile ^ sera pent-4tre ré-* cherchée 1 dans Taveur^ par un Chailemâgne russe.

Ce luxe démesuré des femmes du peuple se retrouve aussi parmi les dames de haut pavage; il y a même chc£ des dernières^ quoique riches , une affectation peu raisonnabk; elles aussi sui* vent les modes françaises, mais avec une exac*

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titiuie fffaatiqfoe ; peut-être mâme y atUchcûl^ •elles plus d'importaiice que nos Parisiennes. Totilefobi, <x>Biiaeil e^t phis ais^ â'aroir ds laie ifoe du goût , il y a des merveilleases dont la flôsé est plus riche qu'élégante ; kur ti^aters est d; outrer la mode. S'il est yrai que Pétersbeorg seti la TÎUe ia |das française après Paris , .elle n'en est pas^moins une rille de province. Ainsi, malgré le Journal des Modes jle& petrtes poupées et les instmc^ions bien prédises , on tombe quelquefois dans l'exagération.

Lorsqn^en 18:19 jeqinitai notre grande ville , ks robes se posmenl snr le bord de* Tépaule ; ici je les trouvai , en grande ]partie ^ descendast ssr Tavant^bras; c'est sacrifier le bon goât pour rendre le vêtement aussi disgracieux qu'incommode. Cette manière de s'babiHer on de se déshabiUerne pouvait convenir qu'au costume antique, parce que les draperies et l'absence d'enirmanchures laissaient aux raouvemens toute lent souplesse et leur liberté* Je rends justice an sentiment de ptideur qui préside à la coupe dn devant des corsages } mais je me demande pourquoi il ne s*étend pas aux épaules qu'on laisse démesurément nues; c'est manquer de lo^iqve

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