LÉ LUXE ET LES TROUSSEAIJX
et nuire à l'harmonie. Il faut en convenir, la coquetterie expose quelquefois les femmes de tous les pays à dé faux calculs. Les belles épaules sont encore plus rares que les beaux visages ; il y a mille façons de les avoir déplaisantes '; elles sont trop plates ou trop saillantes, trop maigres ou trop fortes, sans compter les jaunes, les noires , les rouges , les marbrées, etc. , etc. Pourquoi ne pas cacher un peu ce qui est mal, quand il n'y a point obligation d'en faire parade?
Sauf ces légères ciitiques, les dames russes sont les femmes qui rivalisent le mieux avec Télégance des nôtres ; leur vêtement offre même plus de magnificence et une fraicheut plus soutenue ; cela tient à plus de fortune et à moins de raison. En France , les hautes classes reçurent les hautes leçons du malheur ; elles font succéder un esprit d'ordre et d'économie à la frivolité dn dix-huitième siècle. Une simplicité noble est devenue une chose de bon goût ; et, s'il est encore des folles qui conspirent avec la couturière, la modiste et le joaillier, contre la fortime des maris, ce n'est pas trop chez nos gran-' des dames qu'il faut les chercher. *
LE LUXE ET LES TROUSSEAJDX. Xï
Ici, gFÂce au ciel, on est encore vierge de révolutions. Les femmes n'ont donc pas les mêmes motifs d'être raisonnables. Chacune, dépense tout ce qu'elle peut, et souvent davantage ; c'est moins leur faute q^e celle de Téducation et des habitudes. Les petits bals d'enfans, qu'on aimé de passion, offrent, en miniature, tout le luxe des grands bals. Ainsi, l^amour de la parure grandit avec les jeunes filles. A dix-sept ans, elles $on\ présentées y vont dans le monde , et dès lors leurs atours coûtent plus cher que ceux de leurs mères. Puis on pense à se marier; fant-il bien que le trousseau renchérisse isur la magnificence habituelle , et toute sa vie on veut rester au niveau de ce trousseau qui excita l'admiration générale.
Lorsque chez nous on s'occupe de cette grande affaire , les pàrens consultent plus ou^ moins leurs facultés ; mais ici on a la cille , la cour à contenter; et n'est pas peu de chose. La vamté , plus encore que la tendresse , commande, choisit, achète et réunit , dans tin même lieu, tout Taf-r tirail d'ane jeune promise. Plus de six cents personnes viennent y apporter leur curiosité et une attention minutieuse. Rien n'échappe aux