‹ L'hermite en RussieChapitre 65 sur 91 · MARIAGE ET BAPTÊME · texte numérisé non relu

MARIAGE ET BAPTÊME

jfQiMDd OA «ong* que U,iitari«0[ire«t h pivcau sur lequel ronle toute Pëconomie de la société^ peut- «B supposer qu'il soit janakis wtt saint , et peuton trop admirer la sagesse de celui qui l*a marqué du Keau de la religion?

Gém4 du Ckrùtiamsmê.

Une faniUe plaine dr joie raavironno ; ella ranonce'ponr lui au péché'; elfe lui donne le nom de •on aïaul, qui devient immortel dans cette renaissance, perpétuée p^r l'amour de race en race. tdtm.

Les AUenands , dit-on , ,pleurent aux^ noces , et ne Bianquent point de galtë aux enterremens. Cette bizarrerie étonne d'abord ; mais , en réfléchij»$ant , on y trouve un grand fonds de philosophe et une véritable appréciation des choses de ce monde. ; ^

En effet , rien ne porte-aux idées sérieuses comm^ le spectacle d'un mariage. J'a^^sistai

3o MAttIAQ|f }gT ^^BOmO^K.

à celui de la jeune comtesse AdMe de Mo- "dène , demoiselle d'honneur. En arrivant' avee ma femme, nous trouvâmeg^'la promise entourée de ses sœurs et de ses amies ; son regard était pensif, ses paroles rares, et'son accent* plein d'émotion. Ce^ettdanf elfe ^épolus^it «m' homme de son choix ; mais il y a quelque chose de si solennel dans cette grande époque de la vie! — Cette inquiétude vague que ressentait M'*'^ de Modène esi le partage d'une belle ame. Elle allait quitter 4f(^s parens adorés, un bonheur réel pour une félicité incerta^îiie; elle devenait membre actif de la grande famille. £n. acceptant les avantages d'une nouvelle position , elle contractait des obligationé notltelles, des devoirs moins faciles et plus étendus. Jusqu'alors elle vécut seulement poui^ être aimée et pour aimer^, d'autres soins Pattèndent , un anire horizon, un. antre toit Au'moment ^e cettu sépa-ration du foyer paternel , le coeurie plifâ pénétré d'espérance et :.d'amouT ressent un malaise indéfinissable ; c'est nn ttibut de Tecdnîiaitôiifice et de tendresse iSliale; c'est im dernier regret donné à Tinnocente vie de la jeunesse. - > A sept heures^ la comtesse fut se ebttVr^ de

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la robe nnptialei toutes ses jeunes compagnes la suivirent pour aider à sa toilclte. Chacune d'elles voulait poser une épingle : cela porte bonheur. Bientôt après , M . et M"* de Modène se rendirent dans Tappartement de leur fille , qui , restée seule , attendait leur bé)feflîctîon? c'est alors qu^une mèi*è et lin père Uissent échapper ce cri du coeur si doux et si déchirant h la fois ; car il est l'expression -du regret et de l*espérance. Dans toute la vie d^une femme , il y à peu de souvenirs plus touchans que celui de ce moment solennel. En revoyant ces trois personnes'si profondément émues , je me rappelai cette 4 pensée de M"** de Genlis : « Une mère qui n*a pas tnatié sa fille ne sait point combien elle l'aime. »

' Dans toute la soirée , le promis ne i^e montra point; je trouvai cette réserve de bon goût : c^est une touchaiite délicatesse que de laisser ainsi celte qu'on aime uniquement livrée à la piétés filiale : le tableau d'un autre amour nuirait à la pureté de ce noble sentiment.

Enfin, nous montâmes à la chapelle. La célébration se faisait dans le palais de leurs altesses le grand duc^t la grande duchesse Ni-

3a MAEIAGE ET BAPTÊAIK.

colas * ; ce prince el son auguste épouse daignaient remplii: les fonctions de père assis et de mère assise du jeune couple; ce terme ne rend pas du tout 1.^ expression russe qui est intraduisible. Autrefois , les pères et mères n^as^ sistaient pas plu»|fi mariage de leurs enfans qu'à leur baptémejcet usage se conserve en-

, core chez le peuple) ; le père et la mère assis sont leiurs représentans. Jamais mot i^ fut plus mal trouvé , puisque ^ dans le. rit grec , on ne s'asseoit point dans Les églises.

Quand nous entrâmes dans la chapelle ^ le

[ clergé , ainsi que les parens, étaient réunis. A neuf heures, leurs altesses impériales , les pare et mère , les promis arrivèrent , et la cérémonie commenta.

Au milieu de la chapelle , en face de la porte sainte, était une grande stable sur laquelle on avait posé le saint Evangile 'et une image nonvellepent bénite pour être placée dans la chambré nuptiale.

Après les premiers chants, deux acolytes mirent un tapis à une légère distance de la ta-

* Aujourd'hui empereur et impëralcice de RumU.

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ble, et les deux époux s'arancèrent pour répondre au célébrant. Oà prétend que le premier des deux qui pose le pied sur le tapis sera le m^ê^ dans la maison. Les demoiselles né man^ quent guère de se bâter. Cependant, )e ne me suis point aperçu que la comte^e Adèle songeât à assurer ses* droits ; tous d^iix Toccupèrent en •mène tems, ce qui est d'un bon augure pour l'harmonie du ménage. '

Les demandes et les réponses sont à peu près les mêmes que chez npuflif ainsi que l'échange des anneaux ; mais f ai été charmé d'une pratiwque dont Fallégorie est aussi ingénieuse que ton*' chante. Le popè a pris , sur un ^latca]^ , une «oûpe remplie de vin , et l'a fait bmre alterna* ti?ement aux époux : c'est rengagem^ent tacite de tout partager^ans le.Toyàge difficile qu*on entreprend. Cette idée se reproduit encore dans une promenade £dte trpis fob autour de la table par les époux ayant leurs mains .enlacées.

Je n'oublierai jamais l'expression de douceur et de pureté virginale qui régnait sur là figure et dans toutes les^poses de M"* de Modène ; son froioit portait l'empreinte d'une émotion aussi tetldre que religiettse. En la regardant , il était

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impossible de ne pas faimdes Tœixx pàur son bonheur.

Après le mariage , nous vîmes leurs altesses impériales verser des larmes enembrassanfVfaeiireuse famille., Madame Ja grande duchesse embrassa aussi toutes tes femmes pësentes. Cette simplicité bienveillante, qtii ferait frémir Tétiquette des cours nitéridionales , donne un tM*table charme à la grandeur des princes eu N^rd.

Voilà le récit exact d'un mariage fasse. On prétend que les noces-, dans la classe marchande , donnent le secret de quelques autres coutumes ; mais je n'ai pas eu occasion d'ei» voir, le renvbie à&ac à l'histoire de Lévéïfue on du.révérend M. Tatt , qui , certainement , n^ont pas vu uoe cérémonie plus intéressante et plus noble que celle dont nous f&mes témoins.

Quant aux baptêmes , \t puis en détailler également toutes les particularités. Les céré* monies religieuses d'un peuple ne doivent pas échapper à l'œil de IJobiervateut; elles forment les pages les plus touchantes de Tlftstoirè dès nations. .y

Depuis long-tems je guettais un baptême du rit gfec , lorsque J^appri^ la naissance d^ln

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prince. Ici, c'est un ëvënement fort ordinâfre que la naissance d'un prince ; cela ne^fait pas la moindre sensation. Moi je bénis Tarrivëe ie cet enfant, parce que j'aime beaucoup sa fa- ' niille , et que j'attendais cet heureux événement pour voir une cérémonie qui m'était inconnue.

Chez les riches particuHers, le baptême se fait dans la maison paternelle. A midi , heure du rendez r vous , j'entrai dans une salle spacieuse; j'y vis une grande table où on avait placé les saintes images ; sur une autre table se trouvait un énorme vase d'argent rempli d'eau , et entouré de petits cierges. Dès que le parraki et la marraine entrèrent, le baptême commença. Un archiprêtre de l'église de Kasan, après avoir récité des prières, auxquelles répondait un chantre , procéda à la. bénédiction des/onts ^ en plongeant, à plusieurs reprises , une croix dans l'eau ; puis il revêtit ses.omemens , et adressa plusieurs questions au parrain et à la marraine, qui priaient à ses côtés. , .

II s'empara ensuite de l'enfant, qui reposait sur les bras de sa nourrice , et , le dépouillant entièrem^t , il le plongea , à Jeux reprises , dans le^ grand vase d'argent, de manière à ce que la-

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ttte de l'enf^Bt disparût sous les eau; il le rendit à. lâ nourrice , et le sacrement de confirmation lui fut administre. Le prêtre offrit eursuite une bougie au parrain et à la marraine ; cette dernière prit l'enfant, et on fit trois fois le tour du vase en récitant des prières ,^qu'on termina par des acti(Hi5 de grâces. Le père n'y assista point ; ce n^est pas Tusage. Toutes les personnes inyitëes se rendirent dans Tappartement de la princesse pour la féliciter ainsi que le prince.

Autrefois , lorsqu'un pau^e enfant avait le malheur de se fourvoyer dans ce mon4e au milieu de rhiver, an le plongeait impitoyablement sous Teau glacée; aujourd'hui, PÉglise russe tolère que le bain sacré soit un peu tftdè ; mais le peuple obserye encore scrupuleusement l^anrtique usage. On assure que beaucoup^ d'enfans , d'une complexion, délicate, ne orésistent point au danger de cette immersion.

Je me suis esquivé au moment où l'on servait un déjeuner splendide ; ce n'est pas ce que j'ai fait de mieux : les Russes n'aiment pas qu'on se dérobe à leur hospitalité.

On voit que , sauf le bain complet et la pro-

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menade autour du vase, le baptême grec est^'^à peu de choses près , celui du culte lafin ; seulement l'on s'étonnerait de voir s'y joindre le sacrement de confirmation réserve, par notre église, pour une époque où la raison de l'enfant commence à se développer. Là-dessus, je ne me permettrai aucune réfiexiôn , persuadé qu'il n'y a rien de plus inutile que les discussions sur la différence des cultes.

Ce nouveau né me rappelle une ;saillie du

prince Micbel G II arriva un jour dans un

salon où plusieurs dames parlaient de leurs enfans. « Quant à moi , dit le prince , je n'ai qu une fille; mais, si j'en crois sa physionomie, elle sera -un jour très-spirituelle; elle annonce déjà les plus heureuses dispositions. » Alors une dame étrangère demanda quel âge avait la pe^ tite princesse : <« Dix minutes et trois secondes , » répondit te prince en regardant sa montre.

38 PIÉTËKHOFF.

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