I.OT£RI
air d'assurance , il reprend docilement le travail sans se permettre aucune demande. Toutes les formalités remplies, M. Harre signe /et place sous son chevet le précieux écrit , dont le notaire garde un double. Ce travail dura trois jours.
Bientôt le testateur mourut , conservant, jusqu'au dernier soupir, ses illusions bienfaisantes. On conviendra que la fortune serait adorable si elle s'avisait de les réaliser.
-r- N" ïxxvni. —
A la religion disçritement fidële.
Sois doux , compatissant, saga, indulgent comme elle. VoLKAïas, RêUgiom nmturtUt,
L^ÉGLisE grecque ne reconnaît point, le pape comme chef suprême de TEglise. Elle condamne Taddition que TEglise latine a faite au symbole de Constantinople , pour exprimer que le Saint-Esprit procède du Père ; elle nie qu^on puisse consacrer avec du pain azyme.' La communion se fait sous deux espèces: les enfans en bas âge sont admis à la confirmation , et même à la communion. Il arrive souvent que ces deux sacremens leur sont administrés avec le baptême. Dans le clergé, il n'y a que les évoques, les archiinandrites et les moines Vjui ne se marient point. Voilà, autant que je puis le croire, les points
principaux sur lesquels TEglise grecque diffère de la nôtre.
Quand les missionnaires russes vont propager la foi en Sibérie , comme dans plusieurs de ces contrées sauvages ils ne peuyent se procurer du vin ni en porter avec eux parce quil gèlerait, ils donnent la communion sous la seule espèce du pain; FEglise a prévu ce cas, qui se représente souvent. Les prêtres portent dans une boite fittachée sur leur poitrine, un pain consacré. Quand les catéchumènes sont jugés dignes d'approcher de la sainte table , on leur confère le sacrement , au.moyeii d'une fraction de pain trem^ pée dans Teau bénite : cette tolérance s'étend aux malades de campagne trop éloignés des villes et bourgadeSé .
Le concile qui eut lieu sous le règne du czar Alexis Mikaélowitsch , déclara bon et valable le baptême reçu dans toutes les communions chrétiennes^ Ainsi , les princesses d'Allemagne, luthériennes ou calvinistes, qui épousent des grands ducs , sont tenues pour, bien baptisées , et ne reçoivent que le sacrement de la confirmation ; cette cérémonie précède celle du mariage , ou se combine avec elle.
126 jla religion.
Il n'y a dans les églises grecques, ni chahés^ ni bancs , tout le monde reste debout sans distinction de places ; les génuflexions spnt rares, mais les prosternations se multiplient à Tinfini , on les appelle pokianL Toute espèce d'instm* mens sont interdits ,anéme l'orgne; la pcrfettian des chants ne les fait point regretter, rien n'égale-cette pieuse et touchante mélodie. L^autel est placé derrière ce qu'on appelle la porte sarinte; cette porte reste fermée pendant une grande partie de Toffice divin, lors de la ccHn sécration et de la commikiian ; elle s'ouTre dis que le célébrant a communié , alors il bénit les assistans avec le calice.
Les cérémonies du rit grec se distinguent par beaucoup de pompe et de ma)esté. Les habits sacerdotaux richement brodés, une longue barbe et des cheveux on^oyans , donnent aux prêtres un aspect >énérable. Les images décorant la porte sainte et les murs du sanctuanre étincel* lent de pierreries , d'or, et d'argent , dans les grandes paroisses ; celle de Kasan est une des plus riches.
L'Eglise russe prie pour les morts, qumqne ne reconnaissant pas le purgatoire ; elle admet
LA RHLIGIQNI 127
que les âmes, avant d'entrer en paradis, passent par neuf degrés iarHwa , à chacun desquels le pêcheur rend compte des actions de sa vie.
Cette Eglise prescrit quatre carêmes : celui qui précède le tems pascal commence à minuit, le jour du dimanche gras , et dure sept semaines.
L'abstinence ordonnée par le rit grec est extrêmement sévère; le poisson, le beurre, les œufs et le lait sont prohibés. Beaucoup de gens font faire du lait d'aman^^ pour prendre le thé. Les personnes d^une haute dévotion portent le sera* pyle jusqu'à s'interdire les aliinens chauds. \^ nourriture habituelle se compose de chamjMgnons, betteraves, choux aigres, c<mcombres confits , oignons , carottes , raves , fruits secs , etc. ; toute la cuisine se fait à Thuile. Les dimanches, et le jour de T Annonciation^ Tusage du poisson est permis. Les hautes classes ne s'astreignent point à cette austérité , mais le peuple l'observe rigoureusement, et personne ne s'en exempte durant toute la semaine sainte.
Le second carême s'observe dans le tems qui précède les fêtes de saint Pierre et saint Paul ;
128 LA aELlGIO^.
sa. durée dépend du retard ou de Tayaiice de Pâques ; elle est de quinze jours ou trois semai nés. Les mêmes privations >sont imposées , mais on les observe moins exactement ; le peuple se permet le poisson.
Le troisième carême dure depuis le i*' août jusqu'au i5, jour de T Assomption.
Le quatrième est celui des Agents ; il commence le i4 novembre, et dure jusqu'à Noël : ces deux derniers ne varient jamais d'époque m de durée. Lts jours maigres de toute l'année sont les mercredis et vendredis, à Texception des semaines de Pâque et l'avan^-demière semaine du carnaval ; le jour de Texaltation de la crojx et de la décollation de saint Jean-Baptiste smit voués au maigre , même quand ils se présentent un dimanche.
Lors du grand carême , chaque fidèle fait ses dévotions; l'Eglise ne rend point ce devoir obligatoire pendant les trois autres. Ainsi , grands et petits, nul ne s'exempte d'approcher de la sainte table au moins une fois Tan ; les exceptions sont infiniment rares *. On pourra juger du prjx que
^ II aàl permis de croire que l 'absence des livrer im<^
les Russes mettent à- r^ccomplissement de ce devoir , lorsque Ton saura qu^ il est d'usage pour les parens et amis intimes de venir féliciter, le jour ou le lendemain , celui qui a fait ses pâques ; on Taborde en lui disant : « pozdrawlaiou , waspritshasççchis ^ sfpiatiekiaïn ( je vous félicite d'à voir communié ).
Pendant toute la semaine sainte , chacun vit retiré dans sa faniille ; les relations de société sont rompues. II y aurait de l'inconvenance à se présenter chez les Russes ; ils consacrent exclusivement ces huit jours aux exercices pieux ; il n'y a pas même de concerts spirituels.
Pendant les quatre carêmes, les spectacles sont fermés ; mais durant celui qui suit le carnaval , il y a des concerts jusqu'à la semaine sainte \ c'est l'époque choisie par les artistes étrangers pour se faire entendre.
Une cérémonie imposante signale le premier dimanche de ce carême. Le métropolitain, accompagné des moines et archimandrites , se transporte à la cathédrale pour y procéder à la cérémonie de l'anathéme (praços- laçié ortodoxia) ;
pies et. immoraux favorise cette fidélité du peuple russe aux règles de sa religion.
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il est lancé contre les hérétiques, les conspirateurs, les traîtres à la patrie, etc., etc. Cette cérémonie peut oflrîr une singulière contradiction ; par etemple , le célëbre Mazeppa fonda plusieurs églises ; si l'anniversaire d'une fondation coïncide avec le premier dimancBe du carême , il arrivera que le même jour et dans le même temple, on prononcera Tanathême contre ce transfuge de l'armée russe , et on priera pour le repos de l'ame du fondateur de l'Eglise.
Tous les traîtres et chefs d'hérésie sont nommés à haute voix ; pendant l'énoncé de cette liste , chaque membre du clergé tenant un flambeau le renverse et l'éteint ; le chœur répète : anaihema. On chante ensuite un requiem général pour ceux qui servirent glorieusement l'Egliise et la patrie. Cette solennité est d'autant plus remarquable, qu'il existe peu de nations aussi tolérantes que la nation russe , sans exception des prêtres eux-mêmes que ton voit quelquefois exagérer ce sentiment. Dans la ïlussie méridionale, Un voyageur rencontra deux popes, faisant une quête pour aider de pauvres. Tatares à la construction d'une mosquée. L'immense rue de. la Perspective se nomme aussi rue de la Toli-
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rance^ et c'est à juste titre; car on y trouve à peu de distance les uns des autres TégUse russe-, rëglisecatbiolique , celle des Armëniens, le feïnpie des calvinistes, celui des luthériens, «t je crois même une mosquée.
Il y a des schismes en Russie commèchez les peuples méridionaux. Le concile assemblé parie czar Alexis Mikaélowitsch, père de Pierre 1*% fiit l'origine d'une hérésie. Le but de cette assemblée était la révision des livres saints oii se ttonyaient de grossières erreurs causées par Tignor rance et le trop grand nombre des copistes. Quelques hommes du peuple, fort superstitieux, et égarés par de perfides suggestions , prét^n^ dirent que, ces livres venant direetément du Saint-Esprit , l'altération du texte était un sa- . crilége. Bientôt ces clameurs enfantèrent une espèce de secte, qui déclara ne pas reconnaître les livres rectifiés par le concile. On voulut sévir contre ces insensés ; et , comme il arrive tonjours, les moyens de rigueur augmentèrent leur nombre. Cependant la clémence ne réussit pas mieux ; cette rébellion au culte dominant snb^ Âste toujours, et le gouvernement la tolère. Elle se subdivise , car il est dans la destinée de
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tous les hérésiarques de manquer d'unité. Les uns se rapprochent en quelque sorte de la religion dominante par Teffet de mutuelles concessions. Leurs prêtres se font consacrer par les évéques ; de très-légères nuances dans le rite les séparent de l'Eglise russe ; mais ib ne reconnaissent que les livres anciens, tels qu^ils étaient avant le concile dont je viens de parler.
Les autres ont des prêtres qui ne sont point reconnus parlé saint synode. Ces sectaires, appartenant presque tous à une classe obscure et misérable, sont souvent embarrassés pour le choix de leurs popes ; alors ils acceptent les services d'un officier renvoyé , ou d'un soldat déserteui', qui se réfugie dans leurs monastères : ils lui font exercer les fonctions sacerdotales ; la science de lire et d'écrire est la seide qu'on exige de ces popes improvisés.
Cette secte ne peut faire reconnaître ses mariages par le spode ni par les tribunaux. Le gouvernement les frappe d'illégitimité. Aussi se montrent-ils très-soigneux d'éviter les procédures et tout ce qui peut les mettre en contact avec l'action des lois. Ils ont des diaconesses, diakonotchina.TovXelois ils se livrent à l'exer-
cice de leur culte sous la protection da gouvernement. •
Une classe d^hërëtiques s'est totalement septf ée du culte chrétien ; elle ne reconnaît que Dieu pour autorité divine et terrestre ; elle ne pr Ae point serment au souverain. On lui permet de se soustraire à la loi du recrutement, au moyen de sacrifices d'argent. La discipline de cette secte, appelée doukho-bortzyf «permet le mariage entre frères et sœurs. Le gouvernement n'a point à s'en plaindre depuis qu'il Ta colonisée et isolée de la société. Se^ institutions offrent quelques rapports avec celles des frères Morayes.
L'erreur la plus bizarre et la plus déplorable d'une de ces sectes, est de se condamner à des mutilations qui , en les assimilant aux gardiens d'un sérail , ne les empêche point de se tnarier. Leurs femmes, entraînées par le même fanatisme, emploient aussi des moyens yiolens pour ne pas rompre le vœu de chasteté. Ces hoipmes, également désavoués par la religion et par la nature, ne se n^arient que pour vivre en communauté d'intérêts et de sentimens fraternels. On prétend que ces unions ne sont jamais troublées par
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des orages; comme Tamoar n^y est pour rien, il n^aveugle point avant le nferiagè, et ne sautait troubler la paix domestique ; c'est ce qui explique rharmonie de ces étranges ménages. Dans les promenades publiques , on m'a quel* quefois désigne de ces couples stériles ; sans doute nous les plaignons beaucoup plus qu'ils ne se plaignent eux-mêmes, J'étaiis confondu de l'air de satisfaction et d'hilarité empreint sur leurs visages.
Sous le règne d'Elisabetb, il se forma une secte de Russes judaïsés, qui n'admettaient le culte que de Dieu seul , et celui de la nature , comme Divinité subalterne. Le gouvernement se montra intolérant contre elle ; il employa la violence pour ramener ces hommes dans le sein de la religion chrétienne ; mais ils soutinrent la persécution avec une force de caractère et un mépris de la mort qui finit par décourager tes poursuites. Les habitans de tout un village se brûlèrent dans des fossés oh ils. avaient entassé des matières inflammables.
Les persécutions que subirent ces diverses sectes, sous les règnes antérieurs k Catherine 11^ amenèrent des émigrations; un grand nombre
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de &milles s'établirent dans les contrées polonaises touchant la Gallicie. L'impératrice , affligée de cette dépopulation, publia, en 1763, seconde année de son règne , un manifeste qui garantissait à ces peuplades la liberté de conscience , et tolérance entière dans l'exercice de leur culte. Elle fit plus encore , on leur proposa des concessions de terrain pour y établir leur résidence , principalement dans le gouvernement de Saraloff. L'amour du sol natal , et une confiance illimitée dans la parole de leur souveraine, les ramenèrent en Russie. Tant que Catherine vécut, leur existence fut douce et tranquille, parce que toutes les dispositions du manifeste étaient strictement observées. Mais l'empereur Paul conçut l'espoir de les ramener au cuhe grec ; on employa la contrainte et les voies de rigueur; mais, ces mesures ne réussissant point, on finit par y renoncer.
Ces essais malheureux ne se sont plus renouvelés. ^^jr^Tzir^ augmenta même le bien-être de cette petite partie de ses sujets, en leur assignant de nouvelles habitations dans le gouvernement de Ekaiherinoslaçp et de Kerson,
Mais s'il faut de l'indulgence pour les hommes
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qtti se trompent, on ne saurait disconvenir qu'il entre dans les devoirs d'un gouvernement d'empêcher le plus possible que les sectes se multiplient et se subdivisent à Vinfini, puisqu'elles sont un principe de malheurs et de désordre. Sous ce rapport, les dépositaires du pouvoir s'égarèrent encore dans ces derniers tems , et contribuèrent sans doute involontairement à réchauffer l'esprit de secte, à créer de nouveaux prosélytes à des croyances nouvelles et absurdes. Primitivement la Bible était imprimée en langue slavonne , avec toute la majesté , la réserve et la pudeur de cette langue. On proposa de la traduire en russe , et en regard du texte slavon. Ce qui fut exécuté. Quelque tems après , on la répandit, à tort et à travers, avec une si extravagante profusion , que cela fit dire à un journal anglais : « Le moment approche où la Russie, s'affranchissant des ténèbres de la superstition, s'élèvera à la hauteur de la religion réformée. » Le journaliste de Londres était un vrai sorcier. Une partie de la prédiction s'accomplit : une multitude de gens dépassèrent même ses espérances. Les paysans de plusieurs provinces embrassèrent la religion judaïque. Cette apostasie
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devint à la mode dans les régimens de l'armëe, ce qui avait été prévu par les chefs de corps , lorsqu'à leurs très-grands regrets, ils virent arriver d'énormes chargemens de traductions de la Bible, avec ordre de distribuer un exemplaire à chacun de leurs soldats. L'effet fait électrique ; on eut toutes les peines du monde à calmer Tiniluence de cette lecture , et à modérer l'essor des esprits vers un changement de religion. Honneur au génie du ministre éclairé, qui conçut le projet de cette sublime munificence: La Russie lui aura l'obligation d'avoir vu s'élargir le cercle des hérésies, et augmenter le nombre des mutilations dans les campagnes et dans les régimens.
l38 LA NOUVELLE ÉGlISE d'îSAAC.