LA NOUVELLE ÉGLISE D'ISA AC
L'uni ver* Mt un i«inple où si<|e rEtarad. ToLVAiax, Rtligio» natiÊTtlU.
Le voyageui*) en pai'coilraiit t^ëtersbourg, ckerche l'église métropolitame de cette grande cité et ne la trouve point. A Rome , il vit Saint-r- Pierre ; à Paris , Notre-Dame ; à Londres, Saint- Paul. La ville de Pierre-le- Grand offre bien à la curiosité une multitude de riches églises ; mais il lui manque une cathédrale digne de sa grandeur. Jaloux de signaler sa haute piété, l'empereur Alexandre résolut, il y a quelques années , d'en élever une sur l'emplacement occupé par l'église d'Isaac , dont la construction défectueuse attristait Tun des plus beaux quartiers de la ville. M. de Montferrand , Français ,
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et architecte de sa majesté, reçut l'ordre de lui soumettre plusieurs plans , entre lesquels Tempereuc eut à choisir. De plus, Alexandre voulut qu'un modèle lui offrit la miniature très-exacte du monument projeté. L'architecte exécuta cet ouvrage avec une rare perfection. Ce petit chefd'œuvre excite l'admiration de tous les amateurs des beaux-arts. La famille impériale, la hante société , et les étrangers de toute nation, . rendent hommage à la magnificence , à la beauté des proportions, à l'élégance des détails , enfin , à fout l'ensemble de ce modèle , Vrai modèle de grandeur et de bon goût ; déjà plus de cinq mille personnes l'ont visité; il est dans un des salons de l'architecte. Le plafond de cette pièce est d'une hauteur ordinaire, et cependant on ne peut poser la croix sur le dôme principal ; c'est donner une exacte mesure de sa grandeur. M. de Montferrand eut l'ingénieuse pensée de séparer l'ouvrage en deux parties égales : l'église s'ouvre au moyen d'une manivelle. Ainsi, on se trouve placé au milieu du temple, et l'on peut voir jusqu'aux plus petits détails. Statues en bronze, tableaux, fresques, marbres, lustres, lampes, omemens divers, tout est mo-
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delé en petit , tout offre l'image exacte da saint lieu , tel qu'il doit être le jour de Tinauguratioa. J'ai déjà vu beaucoup de modèles dans ce genre, mais ma mémoire ne m^en fournit autnn que je puisse lui comparer. Le plan de cette nouvelle église, offrant des dimensions beaucoup plus vastes que celles du ))âtiment qu'elle remplace , Tartiste a pu faire exécuter les fondations avant même de démolir ; mais il fut obligé de descendre à trente pieds pour trouver un fond solide^ J'ai vu les souterrains de l'ancienne église ; ils sont remplis d'eau^; on n'avait pas eu la précaa* tion indispensable d'établir les fondemçns au dessous du niveau de la rivière pour les préserver des filtratiôns. Plus sage et plus habile^ l'artiste françajùs augmenta leur profondeur de trois pieds , et établit un pilotage sur toute la surface. Les bois ont sept verchoh de diamèfre et vingt-huit pieds de hauteur. La dbposition tsX telle , que le vide est égal aii plein. Afin de doa-^ ner toutes les garanties possibles à la solidité , on a rempli le radier par deux fortes assises de granit. Tous les points d'appui direct et indirect de cet édifice sont montés de fond aussi en granit , et le reste des murs est construit d'une pierre
LA NOUVELLE EOLISB D'iSAAC. |4< de roche par^ssise réglée ^ dont les morceaux sont d^iine forte dimension.
La couronne fit de grands sacrifices pour Tachai des bâtimens dont la démolition devait donner l'espace voulu; ces maisons Furent estimées par des architectes du gouvernement contra dictoirement avec ceux des propriétaires.^ On rencontra quelques taquins , quelques indépendans , qui firent payer chèrement la nécessité de déguerpir. L^eînpereur, avec toute sa puissance , dut fléchir devant des prétentions déraisonnables. La maison de Tun des voisins fut évaluée cent dix mille roubles ; chaque semaine il demandait cinq mille roubles de plus ; enfin , il eut la modération de s'arrêter à cent quarante mUle qu'on se dépécha de lui compter.
Ce fut un beau spectacle pour cette ville que le débarquement des six premières colonnes formant l'avant-garde des trente-six destinées aux deux portiques du nouveau temple. Le public iie concevait point comment on pourrait réaliser ce transport. « Quand même on trouverait moyen , disait-on , d'arracher à leur sol ces masses énormes , sera-t-il humainement possible de leur faire franchir une si grande distance ? » Les
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envieux de Tarchitecte s'efforçaieiit'^de .démontrer Timpossibilité , en s 'appuyant pëdantesquement des termes de Part toujours imposans pour la multitude.
L^heureuse arrivée des colonnes interrompit brusquement ce commérage : depuis plusieurs [ours l'attente préoccupait les esprits ; une foule immense envahit les quais et la place d'Isaac pour être témoin du prodige. Le comte Golovin, président de la commission, et plusieurs grands personnages , assistaient à ce spectack , peut-être inconnu chez les peuples modernes. Par une singulière coïncidence, ies colonnes furent déposées auipieds de la statue de Pierreie-Grand ; c'était coipame un hommage rendu , par le fondateur du monument sacré , au oétèbre fondateur de cette capitale. Le génie de Pierre^ qui ne s'étonnait de rîen, aurait pu voir, avec quelque surprise, l'audace courageuse qui réalisa l'exploitation, le chargement et le débarquement de ces blocs énormes. Ce travail est le beau idéal de ta' patience , de la forcé et de l'adresse des hommes ; il est hors de comparaison avec les conceptions les plus hardies du moyen âge. Mais si l'on veut absolu*
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ment comparer, il faut aller foailler dans les sauveoirs de Tancienne Egypte ; il faut remonter à la jeunesse de4^univers. Quant à moi, occupe d'une seule idée , je regardais tour à tour , et la noble figure d^ Pierre * , et les colomies gisantes près de lui. Mon amour-propre national jouissait doublem^t jen me disant que ces deui^ prodiges sont dus au talent de deux artistes françab **.
Le débarquement de la première colonne se fit avec un rare bonheur, et aui^ acclamations de la foule. Les yeux étaient convaincus avant que Pesprit pût concevoir tout ce qu'il y avait de prodigieux dans- cet effort des arts. Un homme ,
*lious revenions d^un bal donne par madame Narischkin, femme du grand chambellan. Il était quatre heures du matin : les premiers rayons du soleil e'clairaient la noble figure de Pierre-le-Grand. Nous payâmes un tribut d^admirationà ce chef-d'œuvre digne de Pbidias. Un| dame russe qui était avec nous s* écria d*un ton plein de confiance : « C'est pourtant un mougih^ unç ^4iA^^ qui créa ce prodige. '— Non , Madame, répartit une Française , mieux informée ; détrompez-vous ; le créateur du prodige est un Français, qui se rasait très- $onTent. »
, , ♦* Falconet et Montferrand.
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d'une très-belle figure , et portant barbe Llan* che , était placé près de moi ; je jouissais de son étonnement; il adressa mille questions à un Russe de mes amis ; celui-ci, n^étant point assez ingénieur pour le satisfaire , lui dit : « Hossoudur pricasaly Tempereur l'a youIu. — Ah! je ne suis pas étonné, répondit le vieillard, dès qu'il Ta voulu, cela devait être, et il veut toujours de bonnes et de grandes choses! Que Dieu le conserve ce pieux souverain! je suis bien heureux d'être vieux , je n^aurai pas le chagrin de vivre après lui. »
On avait cru jusqu'alors que les colonnes de réglise de Kasan étaient le ner plus ultra de l'industrie humaine ; elles n'ont que trente-cinq pieds de haut sur trois et demi de diamètre ; celles de la nouvelle église ont cinquante-six pieds de hauteur sur sept de diamètrie , et formées d'un seul morceau. Le granit des premières est inférieur, celui des secondes (St le plus beau connu ; il se compose de feldspath rougeâtre, de quartzbrun et de mica\ les rayons du soleil ont infiniment plus d'action sur cçtte qualité de marbre. Enfin, dans^le monde entier, la seule colonne d'Alexandrie, dite de Pompée,
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surpasse celles 41saarq en grandeur, puisqu'elle est de soixantQ-trois^ieds un pouce trois lignes de hauteur : on n'en connaît point de pareille.
Déjà les dômes de Tancienne église. ne frappent plus nos regards ; déjà ses murs gémissent sous le marteau démolisseur: un s'entiment pénible s'attache toujours à la destruction. Les ruines, ouvrage du tems, inspirent une mélancolie rêveuse ; mais on éprouve une sorte d'effroi à l'aspect de ces milliers de bras acharnés contre un grand monument; il résiste d'abord, puis il chancelle , et tombe enfin sous les efforts de l'homme , toujours victorieux quand il détruit. Ici, du moins, les regrets font place à l'espoir d'une construction prochaine ; les fmtdationsjs'ér lèvent déjà à la superficie du terrain , et vingthuit colonnes sont déposées sous un vaste hangar, où les ouvriers, à Tabri des injures de l'air, leur donnent le dernier poli.
Assis sur un bloc de graiiit , je vois le socle posé à un des angles du péristyle ; il attend la colonne gigantesque qui envahira les airs. Ma pensée^franchit le tems, elle s'élance vers le jour où cette majestueuse enceinte recevra les fidèles et retentira de leurs chants pieux, où des II. 7
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nuages erabeaumës s'élèjif^ront au faite de la coupole. Je vois ces masse^ maintenant gissantes , entourées d'herbes et de fleurs sauvages , comme des raines, se lever au signal de Tarcliitecte , et se ranger à la porte du temple dans l'ordre du Panthéon remain. Ainsi , quand les rois d'Egypte élevaient avec orgueil de magni- $ques monumensy les sauvages septentrionaux , plongés dans la barbarie, avaient à pdne le se* cret d'une chétive construction de cabalie. Par un étrange déplacement de l'industrie humaine, la Russie va s'embellir d'un àes plus beaux temples de l'univers , lorsque l'Egypte , ennemie des arts , abaisse un regard stupide sur les nobles ruines dont elle est jonch)ée.
J'aime à parcourir ces immenses catacombes, nouveaux asiles de la mort : grâce à une ingénieuse prévoyance , l'humidité est bannie de ces profondes demeures ; l'hiver n'y pénètre point ; l'œil ob3ervat6ur n'y découvre pas vestige des outrages de la saison^
En vi^tant les bases en bronze des colonnes, je rencontrai un musicien très-occupé à les Esiire résonner pour obtenir une tierce ou une qninte. Toutes donnèrent nne parfiiite égalité de son : 3
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s'en ëtonna; on lui ^ dit que cette égalité était due à la perfection de la fonte. Le mélomane cherchait la musique jusque dans l'architecture. « Monsieur, lui dis- je en:désignant la place du portique futur, cela seara d'une grande beauté. Oui, répliqua- t-il, surtout lorsqu'on y entendra les belles compositions de notre célèbre Bartiansky *. »
J'ai passé des heures entières sur le terrain de cette magnifique expectative ; j'y puisais de vives émotions, et j'admirais la pieuse munificence du prince qui rendait au maître des peuples et des rais un hommage que les siècles devront respecter. Comme la foule , je. m'étais extasié devant le spectacle qu'offrait le débarquement des colonnes. Mais il manquait encore quelque chose à ma curiosité. Par quels procédés^ ces masses de granit étaient- elles sorties de terre? Je l'ignorerais encore s)&m»une petite excursion que je fis en Finlande.
Cette contrée est l'un des plus intéressans théâtrels des bouleversemens diluviens. A la vue de cette nature en désordre , de ces rocs bri-
* Directeur gênerai des chanteurs de la cour.
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ses, de ces masses énoones de pieri:e^ toutes inclinées yers le pôle, on croirait que ce terrible mélodrame a été exécuté le mois dernier. Tout est resté en place , tout pojte l'effrayante image d'une catastrophe récente; en regardant autour de soi on peut se créer une idée parfaite du grand remue- ménage qui vint interrompre ia corruption de nps devanciers.
J'étais revenu à Fétersbourg avec une ample moisson de renseiguemens sur l'extraction des colonnes d'Isaac; j'avais sué sang et eau pour retenir de mon mieux une foule de termes techniques. La publication d'une savante notice de M. de Montferrand fulmina ce travail imparJEadt. Je ne m'aviserai donc poiut de lutter avec cet habile architecte, ni de répondre avec présomption gue mon siège est fait. Loin de là,, jetant au feu des notes si péniblement ramassées, jerends grâce à f artiite- quj veut bien se charger de donner lui-même tous les documens désirables. Eçoutons-le ;
« La carrière de l'entrepreneur Soukanoff est placée à vingts-cinq toises de la mer, sur le penchant d'une colline. Sa dimension à sa base est de douze toises et demie, sur huit; sa hauteur.
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depuis le sol , est de neuf pieds. On commençiBi par en découvrir toute la partie supérieure pour s'assurer de son étendue et de sa puissance, et jpaur reconnaître si aucune fissure ne pouvait *^n%ire^ la perfection des masses que l'on voulait en extraire; elle fut ensuite dégrossie sut ses quatre côtés et divisée sur sa surface en onA parties égales, nombre des colonnes qu'elle pouvait fournir (trois colonnes avaient déjà été exploitées sur le devant du rocher, avant cette opération). Â chacune des divisions mentionnées sur toute la largeur de la masse, l'on pratique une rigole de quatre pouces d'ouverture sur dix de profondeur: Cette rigolé se fait par le moyen de marteaux à piquer. Les ouvriers la commencent, placés à trois pieds l'un de l'autre , sur toute son étendue; lorsqu'elle est achevée, on la divise par des trous à six pouces de distance Fun de l'autre, qui, à partir dufond de la rigole, traversent la masse d'outre en outre. Ces trous ont deux pouces de diamètre à leur ouverture, et un pouce et demi, à leurs extrémités. On les perce au moyen de pics en fer trempé, de diverses longueurs , dont les ouvriers se servent , en raison de la profondeur. A cet effet , deux
hommes frappent avec des marteaux sur Textrémité du pic , tandis qu'un troisième le guide ^ en lui faisant faire à chaque ^;oup un mouyement de rotation. Pour faciliter ce travail et donner plus de mordant à rinstrument, on jette de tenns* en tems de Teau dans les trous , qui sert aussi à Hottiller la poussière qui résulte du travail , et on Tenlève avec un bâton éihaussé à Tune des extrémités.
» Afin d^éviter qu'il s'introduise des corps étrangers dans ces trous , lorsqu'ils sont en œuvre ou achevés , Touvrier a soin de les tenir exactement bouchés avec des chevilles de bois.
» Lorsque tous les trous sont percés jusqu'au bas de la masse , c'est alors qu'on procède pour diétacher complètement la colonne. De forts cbins en fer de quinze à dix-huit pouces de longueur, sont alors placés sur toute l'étendue de la rigole , à un pouce de distance l'un de l'autre; ils sont assujettis entre des cales en fer, afin de ménager les paremens de la, pierre , et de faciliter leur introduction. Les ouvriers se placent sur toute la ligne, en sorte que chacun puisse avoir en face trois *de ces coins. A un signal convenu tous les bras, frappant à la fois,
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étonnent la pierre, -qui résonne. C^est alors qn'il faut se placer sur l'un de ses côtés latéraux pour la voir, peu d'instans âpres, se fendre lentement jusqu'au moment où, arrivée au tiers de son épaisseur , la fente parcourt > avec la rapi^ dite du trait, le reste de la masse jusqu'au bas. Cette fente ne s^écarte jamais de la direction ^ui lui est donnée par les trous nombreux qui déterminent le plan de séparation.
» La masse, ainsi fendue, les coins sont remplacés par huit énormes leviers en fer, de quinze pieds de hauteur. Leurs extrémités sont placées dans la rigole , à égale distance l'un de l'autre : la partie supérieure de ces leviers est sivmontée d'un large anneau, qui reçoit un cable dont les bouts^ pendent également. Pour aider à sa manœuvre , quarante hommes sont employés à chacun des bouts de ce cable , et ils commencent d'abord par faire agir ces leviers, dont l'effet simultané est d'écarter la niasse d'environ un pied*et demi , pour permettre de placer dans l'écartemènt des madriers en bois de bouleau de vingt-cinq pieds de hauteur sur sept pouces de diamètre. Ces leviers , au nombre de huit, sont manœuvres de la même manière que
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les leviers de fer par le même nombre d^hdmmes / » Ces pièces "étant placées maintiennent la colonne dans la position que lui ont fait prendre les leviers, jusgu'à ce que des ouvriers, en se glissant dans cette ouverture de.dix-huit pouces de large, aient eu le tems.de percer des trous, d'environ six pouces de profondeur, sur la face de la partie détachée qui adhérait à la masse principale; ces trous terminés, Ton fixe des crampons de fer d'environ trois pouces de diamètre sur un pied.de longueur, auquel sont attachés les cables : il y a ordinairement quatre crampons qui correspondent à autant de cabestans avec mouffles , placés- en avant de la carrière, lesquels manœuvrent en même tems. La colonne alors se détache entièrement de la masse, et va s'asseoir sur la face déjà dégrossie, qui est reçue par une forte charpente servant de cale et chantiei*, sur laquelle elle est achevée *. La colonne étant bien fixée sur les eale^ un grand nombre d'ouvriers s'en emparent pour la dégrossir entièrement ; après Tavoir ébauchée , le
• C*est-à-dîre achevée, jusqu^au point nécessaire pour être transportée à ta place d*Isaac, où elles doivent être tercnînéés et polies*
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travail est réglé sur la longueur de la colonne par des lignes parallèles qui forment autant de cannelures, qu'un dernier travail ëgialîse avec des instrumens^ plus petits. La colonne ainsiavancée, on la dirige sur le bord de la mer , ett. , etc. , etc. »
Maintenant je reprends ma tâche pour décrire l'embarquement des colonnes.
Comme la mer n^est point asse:^ profonde près du rivage pour soutenir le poids de deux colonnes , on a construit une jetée en bois , ayant trois cents pieds de long sur quatre-vingts de large, séparée en deux parties. Le but de cette séparation est de laisser sur les eaux un intervalle où le navire puisse se placer. Quand on charge la première colonne , le bâtiment tend à chavirer du côté du poids; pour prévenir cet accident ,^n le maintient par d'énormes poutres placées à trois' pieds l'une de l'autre, et fixées sur la seconde jetée, en sorte que le bâtiment reste immobile sous le fardeau dont on le charge. On devine bien que le pont du navire s'appuîe sur une forte charpente intérieure capable de soutenir un aussi grand poids.
Avant d'amener la seconde colonne , on des-
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cênd k fond de cale, squs la charpente ^ ime quantité de pierres de granit à peu près égales en poids à celui de la colonne ; ces pierres se placent dn càté opposé , tout le long du navire , pour quMl conserve un parfait équilibre.
Après cette opération, le bâtiment sort de rétroit espace des deux jetées , et manœuvrant en pleine eau , il vient présenter le côté libre pour recevoir la seconde charge ; il est de nouveau maintenu par les. poutres, et dès qu^on a exécuté Tenlèvement des pierres formant le leste , la seconde colonne se place sans obstacle. Deux cent cinquante hommes sont employés à ce travail.
Le trajet est de cent cinquante werstes en droite ligne; mais les circuits l'augmentent au moins de cinquante. Le golfe étant semé d'écueils , la dernière expédition couru^ê grands dangers, les deux navires faillireH^se briser contre des roches. La longueur de ces bàtimens est de cent cinq pieds sur trente dé large; ils sont en bois de pin, à deux mâts, et coûtent soixante-dix mille roubles chaque. Le poids dn chargement est de trente-huit mille ponds : le poud représente quarante livres russes , livre de
LA NOUVELLE lÊGLISE D'ISAAC. i55 quatorze onces. Le navire prend alors sept et demie à huit pieds d^eau. hé voyage dure huit ou dix jours, où plusieurs semaines, suivant le caprice des airs.
Je me demande comment ces moyens d'exploitation, qui sont absolument les mêmes que ceuj: des Egyptiens , purent être aussi servilement imités en Russie. On voit encore, dans les carrières AlAssuan^ des blocs abandonnés qui offrent la trace des mêmes instrumens que ceux employés pour les colonnes russes. L'architecte auquel je témoignai ma surprise de ces ra[(ports industriels, me dit : « Les moyens primitifs d'exécution indiquent, par leur extrême- simplicité, qu'ils doivent être les mêip^s partout. Ici, comme chez les anciens , la seule force its bras est le mobile de toutes «lc;s opérations dans les carrières. »^
On s'étonnerait qu^ les passions les plus basses ne s'acharnassent point contre le nouveau monument et contre l'architecte honoré de la confiance 4^ souverain. Eh bien! qu'on ne s'étonne pas ; la haine, Tènvie et la calomnie se démènçnt autour du temple naissant ; à toutes les époques , le génie fut persécuté , les tradi-
l56 LiL NOUVELLE EGLISE D'ISAAC.
tîons sont là, et on s'y montre fidèle. Les architectes surtout font on beau train; quelques-uns essaient de prouver que les colonnes sont des bornes de grande cbemins, et que la coupole écrasera tous les fidèles. Il n'y a sorte de manèges dont on ne se soit avisé pour effrayer la conscience de l'empereur. Un jour je rencontrai un des envieux; il avait nn teint livide : c'est la livrée de l'envie. Deux heures après, je me trouvai en face de M. de Montferrand; il avait une figure calme et le teint fnus. Dès ce moment, je me dis qu'il sortirait vainqueur de la lutte* Je n'ai point été trompé dans ma présomption ^ la justice et la clairvoyance du sou"verain justifient mes présages : l'église se continue et s'achèvera.
Que peut contre !e roc une Tague animée ?
. G*est ainsi qu'Isaac , gra''nd et sublime ouvrage , S'élève f et des jalouic déconcerte la rage.
Il est probable que , dans dix ou douze ans , ce monument sera terminé.
LES PATSAKS. iSy