L'AFFRANCHISSEMENT
.ISioxÈS TÎmes , un soir, M"?* de V*** rentrei? toute émue dans son salon ; elle venait d'entendre une de ces karangues : ses y eux. et aient encore humides de larmes ; le surlendemain elle partit pour ses terres, destitua l'intendant, redressa les torts , -et rendit la paix à. son village ♦.
L'asservissement à la glèbe remonte au seizième siècle ; le czar Iwan , Vassilievitch IV, eut le premier cette mauvaise inspiration. Iwan
*I(yaiIans quelques provinces des paysans libres qui cultivent leurs propres biens; plusieurs sont princes ou gentilshommes sans titres.
. I^ jolie pièce du Melnik (le Meunier) donne une id^é très-just« de ces nobles déchus. Cette pièce fut repré» sentéepourla première fois sous le règne de Catherine. On la voit toujours avec plaisir; elle plait par la variété des airs nationaux: c'est, à proprement parler, un va'udeville. Voici, en très-peu de mots, quelle en est l'actiou. Un paysan épouse une demorselle noble , mais pauvre. Quand leur fille est en âge de se marier, grand débat dans la maison ; le père veut pour gendre un bon paysan qui travailFe bien; la mère veut un gentilhomme , et n*en démord point. Un ami commun est assez heureux pour concilier tvOus les intérêts. Il pré» sente un jeune homme qui est à la fois noble et paysan. Ce gendre mixte est d'autant plus convenable pour tout le monde, que, secrètement, il est aimé de la jeune fi'Ie.
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(lit siimommé modestement le Teniàie; pair pure courtoisie^ quelques auteurs russes se contentent de l'appeler le Menaçant , ëpithète très-insuffi-santé pour un prince dont la prompte férocité ne se donnait guère le tems de la menace. Ces variantes de surnoms prouvent que les Idstoriéns russes^ manquent de franchise ou de courage ; il fallait caractériser ce tyran comme il le mérite, et s'y tenir.. On a moins transigé dans le midi de l'Europe, où l'on dit franchement PUne-te^ Cruel et Charles-le-Mauvais ; cela ne laisse point de donte à Tesprit.
Aux yeux de la nation ^ Iwan IV conserve encore le mérite d'avoir conquis les royaumes de Kasan, d'Astrakan, et une partie de la Si*bérie. Quant à moi, je ne lui en sais aucun gré , ne pouvant concevoir que la conquête d'un pays très-éloigné du centre de l'empire doive beaucoup contribuer à sa prospérité. Je ne découvre
* Ce reproche ne "peut s'adresser qu'aux historiens antërkurs à M. Kararmsin. Cet illustre écrivain , dans le neuy^èflie yolume de son fiistoire de Russie , né ménage point la mëniQire dlwan : loin de là ; il peii^t ce monarque a-vec une si effrayante vérité , qu'on est tenté de prendre Néron et €ab'eula pour des moutons , corn? paratîvement à la férocité du tyraii moscof ite.
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dans ces exploits que Funique satisfatlioii du i:onquéiant; le peuple reste fioîd devapt ces lauriers, qui, presque toujours, toumevt à son dtoiment. Car, prenant sur le terrain de ses victoires le ton de la violence et de l'oppression, le héros , revenu au S6in de ses ^âSj se oHAtre violent et oppresseur par la force de rhabitnde ; le bras est désarmé, niais le caractère ne l'est point. Faute de mieux il fait la guerre aux institutions et aux sages libertés ; cela s^ésl vu de Ms jours comme de tous tems. Aussi ^ les luunr mes sages et doués d'un vrai patriotisme, ont tous un ^rand fonds de mépris pour les conquérans ; leur gloire n'éblouit que les orgueilleux ou les sots.
€e fut donc Iwan, le menaçant, le terrible ou le tyran, qui imagina d'anéantir la faculté que les paysans conservaient de changer de do*mioile et de maître. Cet acte despotique trouve des apologistes. On le justifie par Tempire des circonstances. On dit que Je brusque passage des ctiltivateuFS d'une pfDvînce dans une autre dégénérait en abus , qu*îl livrait l*empire à tous les maux du vagabondage ^, et par suite aux horreurs de la famine. La loi les contraignit à
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ttsxtï sédentaires dans leur village. Sous les règnes suivans, cette disposition subit de frëquenties altemaitvés, suivant les exigences et le caprice des érénemens. La liberté du cboix de domicile fut ôtée et rendue. Au milieu du dix-septième siècle j J^lms MikaëloTÎtséh * se prononça rigonreusement pour la stricte observance de lj| loi dlwan, et Pierre-le-Grand , fils d^ Alexis, lafixa irrévocablement, en 1 7 18, époque du pre* mier dénombrement de l'empire. Ce prince établit l'impdt de la capitation par tête; jusqu'alors il n'était prélevé que sûr chaque famille. Ce mode nouveau eugeait le séjour mamovibli des paysans, sons peine de percevoir irrégulièrement. Les choses se sont perpétuées* Touterfois 9 depuis ce menant , par Teffet de modifications sucèessives, le nombre des serfs a beaucoufi diminué, quoique d'une maniè't^ insensible , re* lativemmt k la population de (''empire.
Ces modifications sont nombreuses et diver-*
* Akxia Mikàëlt>vit8çii fut le^eul sourerain d*£ii|«pe qui refusa d'accorder audience aux jninistres plénîpo.* tentiairea de Cromwel. Ainsi, dans cette circonstance , la barbarie se montra plus fidèle à Tbonneur et à 1^ lé- ^îtfmitë que la ciyill3»taon.