LE DUC DE SERIIA-CAPRIOLA
ronnes avaient transigé : M. de Serra fut inébranlable. Il avait promis à sa conscience que jamais il ne représenterait que son roi, il lui tint parole. Et cependant, il avait besoin de sa place; les orages politiques des Deux-Sicilcs engloutirent sa fortune particulière.
La restauration des Bourbons de Naples le trouva sans tache, sans reproche, et pur comme l’honneur. Leur premier soin, après le retour aux augustes loyers , fut de restituer au duc ses fonctions d’ambassadeur à Pétersbourg , qu’il n’avait point quitté.
Ce héros de la fidélité monta l’escalier du palais impérial (où il allait présenter ses lettres de creance) avec le cœur gai et la conscience nette; pouvant regarder derrière lui, et contempler d’un œil satisfait cette longue carrière dans laquelle il marcha sans broncher, ensuivant d’un pas ferme les sentiers épineux du devoir et de la vertu. Qu’on me nomme les honneurs, qu’on me dénombre les richesses, comparables aux délicieuses sensations d’une ame échappée aux misères de son tems , et récompensée d’un dévouement sans bornes par la reconnaissance de son souverain.
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Avec quelle orgueilleuse joie le corps des ministres étrangers ouvrit ses rangs pour y recevoir celui qui venait encore l’honorer; hélas! avec quelle douleur aussi il se pressera autour de sa tombe, et lui adressera le dernier adieu. J’ai passé la soirée chez Mme la princesse Serge Galitzin ; on devait y faire de la musique. Chez une personne ordinaire , peut-être les projets frivoles auraient-ils suivi leur cours; mais, dans le salon de la princesse, on ne devait pas craindre l oubli des bienséances du cœur. Sans dessein comme sans affectation , la soirée prit une teinte sombre et mélancolique , qui répondait à nos pensées.
La princesse Serge, dont l’organe, d’une extrême douceur, contraste souvent avec l’énergique éloquence de ses expressions, nous disait: « Le roi de Naples perd un serviteur fidèle , et la Russie un homme de mérite, qu’elle avait adopté et qu’elle chérissait comme l’un de ses enfans; depuis longues années l’estime publique lui décerna des lettres de naturalisation: jamais, envoyant le duc, nous ne pensions qu’il fût étranger; un homme aussi remarquable appartient à tous les pays. Il, a été admirable dans les
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derniers jours de sa vie , et on dit que , plusieurs heures après la mort, sa figure portait encore l’empreinte des affections pieuses et tendres de son cœur. Une fin si douce et si calme est le juste prix d’une vie irréprochable. Il est permis de douter que ce beau caractère fût toujours resté à la même hauteur, avec cette opiniâtreté dont se lasse notre faible nature, si la religion eût manqué à ses vertus. Voyez quel ascendant exerce sur notre capitale une fin si édifiante; plus on l’admire, plus on pense à l’imiter; allons, ajouta la princesse , il ne faut pas trop désespérer des hommes , lorsque de grands exemples ont encore sur eux un si grand empire. »
J’aimais à entendre cette princesse adresser de si justes hommages à la mémoire du duc de Serra ; nous étions venus chez elle avec un sentiment de tristesse et de découragement ; nous quittâmes le salon doucement préoccupés de réflexions consolantes et salutaires. Tel est le charme attaché à la société d’une femme aussi distinguée par les richesses de l’ame que par celles de l’esprit.
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