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Un autre, trop attaché à ses doctrines ou à son incrédulité, se montrera impitoyable pour toutes les cérémonies religieuses d’un culte étranger; c’est à quoi n’a pas manqué M. de Kotzebüe, dans ses Souvenirs d'Italie, et c est ce qui donne à cet ouvrage, non-seulement une couleur révoltante, mais quelque chose «l'ignoble aux plaisanteries que l’auteur se permet.
Sil’ observateur ambulautest unliomme mal élevé , il ne recherchera que ses pairs , et ne sera accueilli que par eux : qui se ressemble s'assemble. Dès-lors, voulant punir la bonne compagnie de l’exclusion dont il s’est frappé , parce qu’au fond il se rend justice, ilj trouvera charmant de l’outrager, de l’accabler par d’odieuses imputations ; semblable à ces laquais , qui médisent du salon pour se venger de l'ennui qu’ils éprouvent dans 1 antichambre.
Ainsi , les pauvres nations sont à la merci des humeurs noires ou des manies
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du peintre étranger qui vient faire leur portrait malgré elles. Il en résulte souvent de hideuses phisionomies ; mais ce qu il y a d’intolérable, ce sont les personnalités, et malheureusement, pour se rendre piquant, on n’abuse que trop de la faculté d’individualiser ses peintures.
Lorsqu’on 1824 je débarquai à Cherbourg, je vis ces mots , écrits par un Anglais sur la boiserie d'une glace d’auberge : « J’ai diné aujourd’hui avec des Français complètement ridicules, et je pense que cela m’arrivera tout le tems de mon voyage en France * . » Certes , voilà
* Dans ta même année parurent deux relations de voyageurs anglais en France. L’un nous fait des complimens sur les visages joufflus et rubiconds de nos paysans, sur l’expression de gaîté et de bonheur dont sont empreintes ces bonnes physionomies villageoises ; l’autre, <jui a parcouru les mêmes pays , s’appiloie sur les mines blêmes et hâves des paysans , et part de là pour les croire très-malheureux. Lequel des deux se trompe? Cela devient embarrassant , puisqu’ils décrivent les mêmes objets et se grisèrent peut-être dans les mêmes auberges.
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un Anglais facile à se prévenir contre les gens qu’il visite ; si cet écrivain de murailles est aussi un barbouilleur de papier , nous courons gros jeu. Ces injustices sont communes à tous les peuples ; on rend une nation responsable d’une difficulté de passeport , d’une scène à la douane, d’une contrariété de logement, ou de la rencontre d'un sot, comme si partout il ny avait pas des douanes, des sots et des agens de police. Pour juger sainement des choses, il faut savoir s’isoler de soi-même , et ne point soumettre sa manière de voir aux influences des intérêts privés et aux amertumes d’un mécompte.
On peut aussi reprocher à quelques voyageurs de trop s’attacher à peindre ce qui leur plaît, et de trop négliger ce qui plairait à tout le monde; les uns s’appesantissent sur les galeries de tableaux, d’autres sur les monumens ; ceux-ci font pâlir le lecteur sur des détails statistiques ; ceux-là sur la vie privée de grands per-
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sonnages qu’on sait par cœur. Cinq anne'es de séjour en Russie m’ont mis en rapport avec quelques-uns de ces voyageurs exclusifs : chacun m’interrogeait sur l’objet de sa marotte , sans qu’il lui vînt à l’idée de s’intéresser à autre chose. L’un d’eux fut surnommé le Chevalier des pilastres , parce qu’il comptait minutieusement toutes les canelures des édifices publics ; il passait des heures entières devant un portique. Si ce chevalier écrit , son livre aura un grand air de probité ; mais les plus honnêtes gens veulent plus que de la probité dans un ouvrage.
Un académicien russe , qui connaissait mon projet de publier mes observations , me disait , avec une aimable franchise :
« M. l’observateur, dites-nous de bonnes vérités , nous les recevrons sans humeur ; nous n’aimons pas plus les flatteries insipides , que les censures trop amères. Les libelles irritent et ne corrigent personne ; critique saine et de bon goût , satire des
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ridicules et justice rendue à ce que nous avons de louable , voilà ce qu'on attend de vous ; si vous suivez cette marche , vous serez du très- petit nombre d’écrivains dont nous n’avons pas à nous plaindre.
« — J’ai obéi à vos inspirations avant de les connaître , répondis-je à mon académicien : imparialité et vérité , telle est ma devise. Si j’ai été parfaitement accueilli dans le monde , je n’ai retiré de mon voyage ni fortune , ni honneurs. Je ne suis donc nullement sous le charme des bienfaits ; la liberté de mes jugemens ne saurait indisposer un protecteur ni un Mécène , car il n’y en a plus chez vous. Ainsi , mes opinions restent parfaitement indépendantes ; le bien et le mal que je dirai seront l'expression franche de ma pensée. »
Toutefois , jc’crois que le bien sera en majorité dans cet ouvrage. A moins d’avoir l’humeur chagrine ou beaucoup de mauvaise foi, il est impossible, après
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quelques années de séjour en Russie, d’échapper à cette conviction : c’est que ce peuple est éminemment bon, spirituel, valeureux, religieux et charitable. Il me semble que ces qualités , incontestables pour la masse de la nation , devaient désarmer les écrivains allemands et anglais , qui traitèrent les Russes avec une impitoyable sévérité.
Je me suis peu étendu sur la littérature nationale, parce que l’Introduction de mon Anthologie russe * renferme un précis historique en ce genre , depuis la naissance des lettres jusqu’à nos jours ; chaque morceau de poésie est précédé ou suivi dune notice biographique, historique et littéraire. Dans les circonstances actuelles , cet empire attire assez les regards pour donner de l’intérêt aux pro-
* Cet ouvrage , formant un volume in-8° de quatre cents pages, se trouve à Pans, chez Trouvé, imprimeur-libraire, rue Notre-Dame-des-Victoires, n« ,6; et chez Pillet aîné. Prix : 6 fr.
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