‹ L'hermite en Russie, ou observations sur les moeurs et les usages russes au commencement du XIXe siècleChapitre 36 sur 37 · PEINES CORPORELLES · texte numérisé non relu

PEINES CORPORELLES

personnes avaient été victimes de sa férocité , lorsque »

Mais si quelques-uns de ces hommes, domptés par l’âge bien plus que par le repentir, sont amenés devant les tribunaux pour simple fait de vagabondage, quel est le plus ardent de leurs vœux P c’est la prison. Repoussés de tout le monde, privés de travail, ils implorent de la pitié des juges la réclusion , comme on réclamerait un bienfait.

Espère-t-on rendre à la vertu, que dis-je? au dégoût du crime, des âmes endurcies par l'effet même d’un frottement continuel qui fortifie la corruption? On condamne un demi-scélérat à cinq ou dix ans de travaux forcés ; ce terme expiré, les galères nous rendent un scélérat tout entier : voilà un bénéfice très-clair. C’est vainement qu’un pauvre aumônier sue sang et eau pour obtenir quelques rares conversions; hélas! elles sont si difficiles, même chez les hommes qui n ont jamais \ole ni tue personne. Comment espérer ce prodige parmi des monstres qui se jouent de tous les sentimens humains, qui n’accueillent toute pensée vertueuse que par un rire infernal ?

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Les Anglais se montrent plus sages que nous dans leur législation pénale : ils pendent ou ils exilent. Un criminel est lancé dans Vèternité , comme ils disent, ou rejeté à quatre mille lieues du sol qu’il désolait : c’en est fait, on ne le craint plus. Chez nous, c’est une séparation temporaire d’un membre gangrené ; chez eux , c’est une franche amputation : contre le crime , les demi-mesures sont toujours funestes.

Cet ordre de choses réglé par le bon sens , chez nos voisins, jette un grand ridicule sur nos bagnes , qui ne font pas un pas dans un siècle où tout avance si rapidement , que nous sembions prêts à dérober le feu céleste. Que! tableau que celui d’hommes enchaînés, trainan le boulet, maudissant ieur sort, et jetant un regard menaçant et sinistre sur cette société qui les repoussa de son sein !

Rivarol , très-injuste pour les Allemands , disait d’eux : « Ils sont toujours en arrière d’une année, d’une armée et d’une idée. » Sauf l’armée, ne. peut-on pas nous appliquer cette épigramme pour une multitude de routines qu’on s’obstine à respecter? Quoi! nos possessions au delà des mers n’offrent-elles pas de contrée

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assez vaste pour contenir quelques centaines de scélérats? le grand point serait de les isoler.

La terre de Van-Diêmen est, dit-on , le pays des métamorphoses; pour quelques criminels, elle est aussi une terre d: Eldorado . Tel coupable qui rasa le cordon devient un honnête homme sous un ciel nouveau. On en cite qui , à force de bonne conduite, s’éle-vèrent aux premiers emplois de la communauté ; d autres roulent carrosse légalement, sans avoir fait tort à ceux qui vont à pied.

Si on veut obtenir les prodiges de la Nouvelle- Hollande, il faut rompre ce faisceau de corruption, il faut donner aux criminels un air plus pur. et leur infliger des expiations lointaines. Navigation longue et orageuse, changement total de climat , dislocation complète d’habitudes coupables et licencieuses , attrait de la propriété , bonheur d’échapper à la honte et au mépris public, séjour des champs, aspect d’une belle nature, enfin, espoir d’arriver à l’aisance ou a la fortune sans placer un échafaud dans son horizon il ne faut rien moins que tout cela pour obtenir des cures miraculeuses. Cette révolut.on subite peut produire le même effet qu’obtenaient jadis les amans par le fameux saut de Leucadc.

LES TITRES

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