LIVRE IV. — CHAPITRE V
" trop déchu pour offrir de tels exemples. " Il faut remonter jusqu'à l'antiquité la " plus reculée, pour trouver, surtout dans " une fille, cette pratique parfaite de la vie " érémitique.
" Passons sous silence, pour un moment, " ses antres vertus, et arrêtons-nous à sa " solitude sacrée, qui fait son caractère. " Et, pour la comparer à celle des soli- " taires les plus remarquables, ne considé- " rons pas, dans notre admirable Vierge, 11 cette innocence parfaite ; cette blancheur " immaculée ; cette dévotion si connue " par ses œuvres, si inconnue dans la su- « blimité de sa contemplation ; cette cha- " rite si généreuse pour les pauvres. Ou- " blions son amour pour la pauvreté, son " humilité et ses autres vertus : sa solitude « seule, peut la faire passer pour le prodige " de notre temps, pour le phénix de son " siècle, pour celle, enfin, à qui sans mi- " racle, personne ne succédera.
" La vie solitaire a toujours passé, pour " le plus haut degré de la sagesse chré- " tienne, et pour le triomphe de la grâce
* le plus illustre, parceque naturellement ' l'homme est fait pour vivre en société. 1 Lisez les anciens écrivains de la Vie des ' Pères du désert : vous y verrez, que les ' uns comparent les Anachorètes à des 4 Anges sublimes, qui sont continuellement ' devant le trône de Dieu ; les autres à ' Enoch et Elle, qui vivent dans une ré- ' gion éthérée, affranchis des nécessités
* de cette vie, et dans une perpétuelle ' contemplation ; d'autres, enfin, les ont ' comparés à ces astres du firmament, si { éloignés et si élevés au-dessus de nous, 1 que nous ne les connaissons que par « leurs influences.
" Telle est donc la vie, que notre illus- 1 tre Anachorète, a entrepris de renou- 1 vêler.
" Mais, pour montrer plus clairement { encore l'excellence de la sienne : compa- ' rons-la avec celle des Anachorètes an- 1 ciens. Pénétrons dans l'épaisseur de ■ leurs forêts, dans la solitude de leurs { déserts : demandons-leur la cause de 1 leur retraite. Ce sont des pénitents,