LIVRE IV. — CHAPITRE V
" murs de sa petite cellule : toujours ces u mêmes murs, sans se lasser jamais. Oh ! " qu'une telle persévérance est héroïque, " pour la faiblesse humaine ! Qu'elle se- " rait intolérable à une âme, qui n'aurait " pas, comme celle-ci, la vue toujours " fixée sur l'Eternité ! C'est que cette " admirable Solitaire, dans l'attente de voir " un jour Jésus-Christ, avait fermé les " yeux à tout le reste, comme il est dit de " Saint Jean-Baptiste, son patron et son " modèle, et ne désira jamais que de voir " Jésus-Christ seul.
" Les plus austères Solitaires parlent de " Dieu aux hommes : mais vous, ô belle " âme ! vous avez mis un frein à votre " langue ; et vous vous en êtes comme in- " terdit l'usage. Si vous en avez usé, ce " n'a été, en quelque sorte, que pour vous " humilier avec Jésus enfant, dans votre " maison paternelle. Car, après ce premier " âge, votre vie a été toute consacrée au " silence ; elle a été une imitation de celle '* de Marie, qui conférait intérieurement " avec Dieu ; et vos vingt dernières années,
" n'ont été qu'une expression de la mort " et de la sépulture de Jésus-Christ. Ce " silence perpétuel est, sans contredit, le M caractère ft une femme forte, s'il en fut ja- M mais. Où la trouverons-nous, se demandait " le Sage ? Il faut, répond-il, la chercher au " loin. Notre Cité, Messieurs, a produit " ce trésor si précieux et si rare. Oui, la " vie seule de notre Anachorète a été un " miracle continuel ; et ce miracle était u réservé à notre Eglise naissante, et pour " nos jours uniquement ; à moins que par " un second miracle, elle ne suscitât une 11 héritière pour lui succéder. Mais, hélas ! " quelle apparence, de voir renaître un " phénix, de ses cendres sacrées !
" Serait-il possible, pourtant, que cette " vie incomparable, fût si élevée au-dessus " de la portée de ce siècle, pour que nous " ne puissions en retirer d'autre fruit, " qu'une stérile admiration ? Non, non : " quelque soin qu'ait pris notre Solitaire, rt de vivre cachée, inconnue, morte au " monde ; de s'ensevelir toute vivante, " pour se dérober à nos regards : elle n'a