‹ L'héroïsmeChapitre 4 sur 17 · UNE ÉCOLE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

UNE ÉCOLE PHILOSOPHIQUE

Dix ans après Salamine, naquit à Athènes un homme qui vit se dérouler devant lui toutes les péripéties de la guerre du Péloponnèse, fut épargné par la peste, la guerre, les tyrans, et mourut, au lendemain du sublime coup de main de Thrasybule, condamné à mort par les juges d'un peuple libre.

Cet homme fut un sage par sa vie, et un héros par sa mort. Et si, en suivant d'âge en âge les beaux caractères qui surgissaient dans les annales du peuple grec, on ne l'a pas nommé avec ceux de son époque, c'e^st qu'il adroit aune place à part ; c'est que, par son génie, il n'appartient pas à la Grèce, mais à l'humanité. Aristide, en faisant de la justice la première loi de TËtat, Léonidas ou Philopœmen, en illustrant le dévouement patriotique, eurent une influence décisive sur les événements politiques de leur temps. Pour cet homme, rien de semblable. Quelques disciples enthousiasmés par ses enseignements marquent seuls sa trace dans Athènes,

iOO L'HËROÎSME.

pendant sa vie. Il ne changea rien dans les limites du territoire, dans la forme du gouvernement, dans le nombre des soldats et des colonies ; son œuvre fut toute d'avenir, toute en dehors des choses du jour ; il prépara, la morale future du monde. Aussi, tout en laissant sa gloire à la Grèce qui l'a produit, il est juste de l'isoler, de faire planer son nom dans une sphère plus haute que celle où se suivent les événements.

Jusqu'à présent, en Grèce, l'histoire n'a présenté que des héros recherchant, comme guerriers ou hommes d'État, des triomphes de l'ordre matériel : triomphés éphémères après tout, puisqueles cités grecques ontbientôt disparu sous le joug de la Macédoine et que, Grèce et Macédoine, tout ce qui parlait la langue d'Homère, après avoir conquis l'Orient, a été à son tour conquis par rOccident. Lui, ce fut par la seule pensée qu'il établit son influence, influence qui, différente dans son principe, le fut aussi dans sa marche ; presque insensible au début, alors que les autres arrivaient à leur apogée, elle devint universelle et s'éternisa, alors que les autres avaient disparu. Pour toute l'antiquité, il fut le grand élévateur des âmes ; pour le monde moderne, il est le précurseur de Jésus-Christ, Socrate.

Le sort ne lui avait donné qu'un physique vulgaire et une condition médiocre. Xénophon lui fait dire qu'à rencontrer un bon acquéreur, il aurait pu trouver cinq mines (250 francs), de sa maison et de tout ce qu'elle renfermait. Se livrer exclusivement aux études philosophiques dans de telles conditions, c'était renoncer au bien-être.

Il est vrai qu'il avait beaucoup de disciples athéniens

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