UNE ÉCOLE PHILOSOPHIQUE. H
Mais Denys le Jeune, fruit d'un arbre pourri, avait la tache originelle. Après s'être vu l'objet d'enthousiasmes, d'honneurs sans nombre, Platon fut privé desonamiDion, qu'on chassa de Sicile, et gardé lui-inéme à vue dans la citadelle.
Il ne dut sa liberté qu'à une guerre qui détourna, les idées de Denys. Après tant de catastrophes, Platon ne se tint pas pour battu. Appelé de nouveau avec la promesse que sa venue serait la fin de l'exil de Dion, il eut le courage de retourner affronter les fantaisie^ de cet homme gâté par la toute-puissance.
Denys manqua à sa parole, et répondit aux justes reproches du philosophe en le chassant du château et en le livrant aux mauvais traitements de ses gardes, mercenaires irrités contre l'homme qui conseillait de les licencier. Il ne fallut rien moins qu'une ambassade officielle de la puissante colonie grecque de Tarente pour que Platon fût délivré et pût retourner à Athènes, dont il ne sortit {îlus.
Denys, après son départ, s'abandonna à tous les penchants cruels ou vils qui ne l'avaient jusque-là possédé qu'à demi ; si bien que Dion crut de son devoir de quitter les doux loisirs de la Grèce pour tenter, les armes à la main, la délivrance de sa patrie. Avec trois navires et deux chaloupes, il osa affronter et vainquit celui qui disposait de quatre cents navires et de cent mille hommes, mais qui s'était rendu odieux à son peuple. Ce qui montra surtout la grandeur d'âme du libérateur, c'est la résignation avec laquelle il supporta, âans la victoire, l'injustice de ses concitoyens. Ayant avec lui des soldats dévoués, il se laissa chasser sans un mnr-
mure, alors qu'il n* avait qu'à vouloir frapper pour se venger ; puis, quand les Syracusains, menacés de nouveau par Denys, le rappelèrent, il revint à la hâte, oublieux du passé, pour les délivrer encore, souHrir de leurs discordes et finir par être assassiné. Il fallut que son œuvre compromise fût reprise par un autre ami de la liberté, par le Corinthien Tiraoléon.
Si les efforts de Platon ne servirent qu'à mettre en danger sa vie, si le courage de Dion ne put empêcher Syracuse de se reforger des chaînes, l'accord de l'action et de ridée dans les disciples de Socrate prouva que la conduite du maître, devant l'injustice et devant la mort, n'avait pas été un événement sans base, une vaillance personnelle de caractère, mais qu'il n'avait fait qu'agir dans la logique d'un principe, affirmer son enseignement, le jour où, comme dit Platon, il but la ciguë « avec une tranquillité et une douceur merveilleuses. »
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