‹ L'héroïsmeChapitre 9 sur 17 · ZOROASTRE — BOUDDHA — CONFUCIIS — LES JUIFS · texte numérisé non relu

ZOROASTRE — BOUDDHA — CONFUCIIS — LES JUIFS

Fils (le roi vêtu d'un linceul, il ne cessa jusqu'à sa mort — et il mourut à quatre-vingts ans — de parcourir rinde en prêchant, dans l'espoir d'arracher l'homme à la douleur. Ce ne fut pas un imposteur; en se donnant comme l'Accompli, il fut sincère. Pendant bien des années, depuis qu'il avait quitté le royaume paternel, il douta de lui, de sa mission. 11 cherchait son idée depuis six ans, quand il s'assit sous un figuier en disant : «Que sur ce siège mon corps se dessèche, que ma peau, ma chair et mes os se dissolvent, si, avant d'avoir obtenu rintclligencc suprême, je soulève mon corps de ce gazon. »

Après un jour et une nuit passés dans la contemplation immobile, au lever de l'aurore, il se crut sûr de luimême.

« Oui, s'ccria-t-il alors, c'est ainsi que je mettrai fin à cette douleur du monde. » Et, frappant la terre avec sa main : « Que cette terre soit mon témoin I Elle est la demeure de toutes les créatures, elle renferme tout ce qui est mobile et immobile, elle témoigne que je ne mens pas. »

Partie de l'idée de miséricorde, la prédication du Bouddha n'enseigna que la plus exquise bonté, la charité la plus large. Ses disciples rencontraient- ils un être d'une caste réputée maudite, ils allaient vers lui, le consolaient. « Je suis une impure, une Tchandala, disait une jeune fille à l'un d'entre eux qui lui demandait à boire, je ne dois pas m'approcher de toi. — Je ne te demande ni ta caste ni ta famille, ré(x»ndait-il, mais de l'eau, si tu peux m'en donner. » Et, relevée de sa déchéance, la jeune fille s'embrasait pour l'apôtre d'un

amour terrestre qu'il changeaiten extase divine. Le Boud dha enseignait la compassion envers toute la nature et défendait de tuer aucun animal . Une légende mogole met dans sa bouche un récit d'après lequel, dans une existence antérieure, il aurait sacrifié sa propre chair pour sauver une tigresse agonisant près de ses petits, les mamelles desséchées par la faim. Jean Beynaud, qui cite cette légende, dit avec raison : « Voilà le comble de l'abnégation ; mais qui ne conviendrait que c'est trop? » Du moins, la conséquence d'une miséricorde si universelle, conséquence rigoureusement observée par le bouddhisme, était de ne faire du prosélytisme que par la persuasion. Les fidèles ne persécutèrent personne pour sa croyance, et, quand on les persécuta, se laissèrent frapper sans se défendre. »

Après avoir constaté la noblesse des espérances de Bouddha, on est attristé de les voir mal aboutir ; sa morale est pure, mais énervante. Blessé de tout ce qw torture T homme moralement et corporellement, il ne lui crut de refuge que dans un détachement des choses qui touche au néant ; il fit consister l'élévation pro* gressive de l'homme à annihiler de plus en plus par la prostration des sens et de la pensée, le Nirvana; il ne repoussa pas les anciens dieux pour en substituer un nouveau, mais il les enferma dans le cadre de ce qui est, au-dessous de ce qui n'est pas. Il ne dégagea pas un dieu du monde pour le faire présider à la vie; son dieu, dans le sens où nous l'entendons, ridéal suprême, c'est l'abîme où la vie se perd.

Aussi, ceux qui ont embrassé cette doctrine se sont-ils faits doux, purs, charitables, mais n'ont-ils eu ni éner-

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