‹ L'héroïsme de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 11 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le tribunal de Rouen n'observa pas la réserve, en usage à Rome, à l'égard des révélations particulières.

Il dénonça les visions et les révélations de Jeanne comme provenant de Satan, et la somma d'une manière péremptoire de les renier. Et pourtant c'était Jeanne, et non pas le tribunal, qui avait été favorisée de ces révélations. C'était elle qui avait reçu les signes et les preuves que ses révélations étaient d'origine divine.

Cependant les juges et les membres du tribunal avaient connu la réalisation des événements prédits par la Pucelle avant la campagne d'Orléans. On pourrait croire que des hommes instruits auraient hésité à prendre une décision entraînant la peine de mort contre une fille qu'aucun témoin n'avait accusée d'hérésie.

Mais quand sur leur demande elle refusa de renier ses révélations, ils la dénoncèrent comme hérétique et contrevenant à l'article du Credo : Unam Sanctam Ecclesiam. Lorsqu'on lui reprocha son manque de fidélité à l'Eglise, Jeanne s'écria : « Quant à l'Eglise, je l'aime et je voudrais la soutenir de tout mon pouvoir pour notre foi chrétienne, et ce n'est pas moi qu'on devrait détourner ou empêcher d'aller à l'église, ni d'ouïr la messe. » (17 mars).

Jeanne dit avec raison que l'Eglise fut établie pour la foi chrétienne, c'est-à-dire pour enseigner toutes les nations, leur montrer la voie du salut, et les encourager dans la pratique de la sainte religion. Comment se faitil donc, comme elle semble le demander aux juges, que si vous êtes vraiment les représentants de l'Eglise, vous me détourniez et m'empêchiez d'aller à l'église et d'ouïr la messe?

De nouveau elle fait profession de foi chrétienne en ces termes : « Je vous certifie que je ne voudrais rien faire ou dire contre la foi chrétienne; et si j'avais rien fait ou dit qui fût sur le corps de moi, que les clercs sussent dire que ce fût contre la foi chrétienne que notre Sire a établie, je ne le voudrais soutenir, mais le bouterais dehors. » (15 mars).

En présence de ces professions de foi peuton admettre qu'elle était hérétique? Il existe une tradition constante parmi les théologiens définissant en quoi consiste une proposition hérétique \ Citons par exemple le cardinal Mazzella. Il dit que « la proposition hérétique est celle qui est en opposition directe et immédiate avec une doctrine révélée par Dieu et proposée par l'Eglise, qu'elle en soit le contraire ou la contradictoire 2. » Donc pour qu'une proposition soit hérétique il faut deux choses : a) qu'elle soit en opposition avec une doctrine révélée, et b) que la doctrine soit proposée par l'Eglise.

Or nulle proposition semblable ne fut soutenue par Jeanne. Qu'on fouille le Procès de Condamnation d'un bout à l'autre on n'v trouvera pas qu'on ait soumis à Jeanne une proposition de doctrine révélée et promulguée par l'Eglise.

Contre une personne de cette condition, étrangère à la dialectique, l'accusation d'adhérence à une proposition hérétique aurait dû être formulée d'une manière très simple et très nette.

1. Voir les extraits cités par l'abbé Garzend. L'Inquisition et V Hérésie.

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