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LA QUESTION D" ORIENT

Ce qu'il a dans la querelle autrichienne, ce qu'il y a dans l'affaire du port serbe, comme dans celle de F Albanie, c'est la question d'Orient, et la question d'Orient ce n'est pas seulement celle de Constantinople et de son organisation internationale, déjà commencée en fait par Je débarquement des marins de toutes les nations sous le commandement d'un amiral français ; ce n'est pas seulement celle du partage de la Thrace et de la Macédoine, de laquelle il est impossible que la France se tienne à l'écart, en se laissant devancer près de la confédération balkanique par les courtisans intéressés de la victoire, déjà empressés autour d'elle.

C'est encore, c'est surtout la question d'Asie- Mineure, sur laquelle je me propose d'insister dans un prochain article, parce que c'est, pour nous, la plus grave de toutes, à cause des droits que nous avons à défendre en Syrie et en Palestine, et des devoirs traditionnels que nous avons à y remplir, celle cependant qui paraît le moins occuper l'esprit public, et qui, demain, par l'explosion d'événements trop probables, va pourtant s'imposer à nos résolutions.

Voilà ce qu'il faut répéter au pays, sincère-

l\S L'HEURE DÉCISIVE

ment, loyalement, en lui donnant conscience du rôle que lui tracent son histoire et sa position parmi les nations de l'Europe, au lieu de l'abuser par des clameurs irraisonnées et des manifestations stériles.

Un grand pays ne peut pas donner à sa diplomatie pour unique objet le souci d'empêcher la guerre. En se réduisant à ce rôle négatif, il s'exposera a la subir un jour, sans s'y être préparé. Les ministres qui, dans tous les Etats du monde, ont fondé la grandeur de leur patrie, ont compris autrement la politique extérieure. Ils y ont vu le moyen d'assurer la puissance de la nation et de sauvegarder ses intérêts, même en recourant, s'il le fallait, à l'action militaire,

Les confédérés balkaniques écrivent, une fois de plus, cette leçon d'histoire. Lassée de la tutelle impuissante que lui infligeait l'égoïste aveuglement des grands empires, la « Pologne musulmane », comme déjà M. Guizot l'appelait en i8/io, a résolu, préparé, réalisé sa propre libération. Elle l'a réalisée par la victoire, après l'avoir préparée par la diplomatie. Nous assistons à la revanche des peuples contre les calculs des gouvernements.

LA OUESTION D'ORIENT

Toutes les complications orientales, comme aussi la funeste orientation de la politique autrichienne, sont sorties du congrès de Berlin. L'œuvre fatale accomplie par le prince de Bismarck avec la complicité de l'Europe est anéantie.

La France va-t-elle en relever les débris et se laisser traîner, par la plus impolitique des hésitations, a des solutions provisoires, où d'autres peut-être trouveraient leur profit, mais d'oià elle ne tirerait que la ruine définitive de son influence en Orient? Telle est la question qui se pose devant la conscience nationale.

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