LE CONFLIT GERMANO-SLAVE
sait k sa rive méridionale, d'où elle dominerait la grande voie de l'Orient asiatique.
Soudain, ce rêve est interrompu, brisé par le plus brusque des réveils, dans le fracas imprévu de la victoire balkanique. Salonique, que le sultan Mourad n'avait pu, en i43o, arracher aux \énitiens que par des assauts formidables et dans le sang des Grecs massacrés, s'ouvre d'elle-même, quatre siècles et demi plus tard, devant les soldats helléniques, abandonnée presque sans combat, par celte armée ottomane en qui r Allemagne avait mis toute son espérance.
Comprend-on l'étendue du désastre ? Quoi î Faut-il abdiquer trente années de persévérance? Faut-il renoncer, à tout jamais, a ce Gibraltar de la Méditerranée orientale, depuis si longtemps convoité? Et, comme si ce n'était pas assez, faut-il encore que, coupée de la mer Egée, l'Autriche le soit de l'Adriatique, par l'établissement de la Serbie sur ses côtes, et qu'ainsi, repoussée, rejetée sur elle-même par la race slave, que, dans son propre sein, agitent d'impatientes aspirations, elle ne soit plus, pour l'empire allemand, au lieu d'une avant-garde hardie, qu'un satellite impuissant?
Le problème se pose ainsi, el il se double, pour la Triple Alliance, de la question italienne. L'Albanie est la pomme de discorde. Elle domine l'Adriatique. Yallona, son port le meilleur, est à quelques heures de Brindisi. L'Italie ne peut pas accepter que les Grecs ni les Serbes y soient établis, mais moins encore que l'Autriche, par une manœuvre détournée, essaye d'y trouver une compensation. Il y a longtemps que ses hommes d'Etat redoutent de voir la mer qui baigne ses rivages la border a comme un fosse entoure une prison», et que déjeunes écrivains français, M. René Henry, après M. Charles Loiseau, découvraient ces perspectives dans des livres publiés il y a dix ans, redevenus aujourd'hui des livres d'actualité.
Ainsi, de toutes parts, l'empire allemand est menacé dans l'œuvre européenne sur laquelle, depuis trente ans, s'est fondée son hégémonie.
Voila ce qu'il y a dans la question d'Autriche, tout à coup dévoilée aux regards imprévoyants par le grand déchirement de la guerre orientale. Et c'est pourquoi, consciente de sa destinée, l'Autriche, en dépit des paroles de paix, des promesses de modération, multiplie ses armements et pousse sa mobilisation. C'est pourquoi aussi le feu peut tout h coup s'allumer dans