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LA DÉMISSION DE M. MILLERAND

Tout disparaît devant la lionle qu'hier a subie la patrie française. Un ambassadeur de la République, M. René Millet, écrit ces mois cinglants: (( On illuminera à Berlin ! » Nous en sommes là. Qui l'eût dit, lorsque, il y a deux mois, le cœur plein d'angoisses et d'espérances, je commençais cette série d'articles, sous un litre oii j'exprimais à la fois leur intense gravité, et leur confiante ardeur.

En moins d'une année, par sa belle et indépendante énergie, M. Millerand avait rendu la confiance à l'armée, délivrée des politiciens, la

1 1 4 janvier 1918.

LA DEMISSION DE ^l . ^LILLERAND I OQ

fierté militaire k la nation, afiranchie des timidités humiliantes. A mesure que le péril croissait au dehors, l'âme populaire s'afTermissait dans le sentiment de la Torce reconquise. Les ennemis de la France redoutaient son réveil ; ses amis le saluaient, comme le gage de leur propre sécurité. Le nom de Millerand avait, à l'étranger et chez nous, conquis ce haut prestige et cette heureuse fortune.

Et c'est fini ! Il part, frappé par une cabale obscure, dénoncé par des colères factices, abandonné par ceux dont le premier devoir était de le soutenir. Sa démission n'est pas seulement un malheur public. Elle éclate, dans notre ciel sombre, comme un funeste présage. Une fois de plus, la hideuse politique, par les mains qui, si longtemps, déchirèrent la patrie, a ravagé le sol national. Voilà l'horrible et brutale vérité, que le pays doit comprendre et juger.

Le complot éclate à tous les yeux. Qui jamais pourra croire à l'émotion spontanée dont, à l'heure même oii paraissait le Journal officiel^ quelques hommes se montrèrent tout à coup saisis comme d'une sainte colère, parce que M. le

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lieutenanl-colonel du Paty de Clam y était désigné pour surveiller en cas de guerre une ligne d'étapes ou une gare de chemin de fer;^ Qui jamais croira que les survivants des luttes impies d'un passé aboli aient pu sérieusement accuser M. Millerand de vouloir les rallumer, par la modeste satisfaction, légale autant que légitime, donnée, pour acquitter une promesse formelle, à riionorable désir d'un officier impatient de servir, l'heure venue, son pays menacé?

Les rancunes, si durables quelles soient, les haines, si A^vaces qu'elles demeurent, ne suffisent pas à expliquer cette soudaine et prodigieuse explosion. Seuls, les engins savamment préparés détonnent avec une si opportune violence, à la minute précise où leur effet peut être meurtrier. Ces hommes, vertueusement indignés, étaient tous initiés aux dessous mystérieux de l'élection présidentielle. Depuis deux mois leur vie était suspendue à cette seule pensée ; ni la guerre balkanique, ni la conférence de Londres, ni les ruptures menaçantes ne les en pouvaient distraire.

Contre M. Poincaré, toutes leurs embûches avaient été vaines, toutes les manœuvres de couloir, toutes les surprises de la tribune avaient échoué. L'heure pressait. Un dernier coup de

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