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LA DEMISSION DE M. MILLERAND III

partie restait à jouer, criminel, mais peut-être décisif: le frapper, en abattant l'homme qui, devant le pays, était le garant de la sécurité nationale, et le jeter dans la tragique alternative de mourir avec lui, ou de périr sans lui. Le secret de la conjuration est là. Quand le prétexte surgit avec un à-propos singulier, elle était prête. Pour comble d'anarchie, un ministre était, dans le conseil, le rival de son chef. Ce fut lui qui donna le signal de la défection ! Les chroniqueurs, sans doute, raconteront un jour, dans son détail, la honteuse histoire. Je ne m'abaissepai pas à fouiller cette misérable intrigue. Ce qui est affreux, ce qui devrait, s'il s'en rendait bien compte, soulever la colère du pays, c'est qu'elle ait pu naître, et qu'étant née, elle ait pu réussir.

Or, il faut qu'il se rende compte. Le devoir est de lui dire la vérité sans détours. En vain, nous nous endormons dans la naïve confiance de la paix à tout prix. Les faits sont là. L'optimisme de commande ne tient pas devant la réalité. Je n'ai cessé de le répéter et je n'y ai pas eu de mérite : il suffisait d'ouvrir les yeux.

Les victoires balkaniques furent, pour la

puissance germanique, un échec formidable. Il lui faut une revanche. L'Autriche la prépare ; la Roumanie, entrant en scène, découvre son jeu. Déjà, l'orient de l'Europe tremble du bruil des armes. Tous ceux qui en arrivent rapportent le même témoignage. La guerre est prête sur la frontière serbe, comme sur la frontière bulgare, et la guerre, c'est la victoire des Slaves remise en question, leur vie nouvelle arrêtée, comprimée, refoulée. La Russie, jusqu'à cette heure, semble paralysée, inconsciente de son devoir et de son intérêt. Mais une sourde colère agite les âmes de son peuple, grandit et gronde, tous les jours plus impérieuse. L'agression contre les frères de Serbie et de Bulgarie la fera déborder, menaçante, irrésistible. Il n'y a pas de gouvernement, pas de souverain qui résiste à cela.

Le reste, tout le monde le sait. M. de Kiderlen est mort : mais la parole de M. de Bethmann demeure. Dès que la Russie fera un geste, l'Allemagne sera debout, à côté de l'Autriche. Déjà, elle se lève sans bruit. Qui, ce jour-là, sérieusement, en sa conscience, acceptera pour la France, une humiliante neutralité ? Qui peut croire, s'il l'ose espérer, qu'elle lui sera permise ?

Voilà les faits. Nul n'en contredira la dure

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certitude. Compte-t-on sur le concert européen ? Il n'y en a pas. Les puissances peuvent toutes redouter la guerre ; elles ne peuvent pas s'accorder sur la formule propre à la conjurer. Leurs intérêts se heurtent en d'insolubles conflits. La guerre est sur l'Europe, qui rêve de la paix, comme le glaive, sur la tête du courtisan, qui croyait au bonheur des rois.

En cet état, une seule chose importait : fortifier, par l'accord de tous les partis, le gouvernement de la France, pour grandir au dehors son prestige et son autorité, pour inspirer à ses alliés confiance et résolution ; soutenir, avec une abnégation patriotique, le ministre qui, dans un labeur acharné, préparait courageusement la défense nationale, dont la discussion de la loi des cadres faisait, hier encore, apparaître les redoutables lacunes.

Contre ce double devoir, des hommes se sont insurgés, dans l'obscurité d'un complot, les mêmes qui, sept ans plus tôt, après Tanger, jetèrent la France aux pieds du Aainqueur. Elle peut dire, comme la mère du tyran :

Je reconnais les coups,

Je connais l'assassin.

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Mais la France d'aujourd'hui n'est plus celle de 1905. L'épreuve d'Agadir lui a révélé son âme nouvelle. L'injure, cette fois, révoltera son cœur rajeuni. J'aurais voulu, je l'avoue, que M. Poincaré lui marquât cette juste confiance.

Il sait avec quelle persévérance, malgré nos dissentiments sur d'autres et de graves sujets, je l'ai soutenu dans sa tâche patriotique. Je suis prêt à le faire encore. Mais cette fidélité même me donne le droit de lui parler librement.

J'ai lu, dans les comptes rendus de la journée de samedi, qu'il avait aouIu, pour ne pas abandonner M. Millerand, quitter lui-même le pouvoir. Ce n'était pas cela, j'ose le lui dire, qu'il fallait faire. 11 fallait venir jeudi devant la Chambre, et y traîner ceux qui le trahissaient. Là, non plus dans lombre des conseils secrets, mais à la face du pays, INL Millerand. j'en suis sûr, eût foncé sur ses agresseurs, fort de la promesse donnée par son prédécesseur, plus fort encore de sa ferme et loyale politique. Et, devant ces hommes troublés, il serait alors venu, lui, le chef du gouvernement, parlant, non pas au nom d'un ministère, mais au nom de la patrie, et, jetant au panier des intrigues l'incident per-

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fidement exploité, il eût, en quelques paroles de fierté patriotique, dissipé les conjurations occultes, montré nettement à la nation le péril qui la presse et revendiqué hautement le devoir qui lui commandait de faire front, avec son ministre de la guerre. Ainsi, dès les premières nouvelles de l'affaire, j'avais compris son rôle.

La Chambre, qui n'est pas toute entière dans le groupe des conspirateurs, qui, à certaines heures, devant certaines paroles, se souvient du grand souille national dont fut soulevé son berceau, la Chambre, je le crois, l'aurait suivi. Si elle ne l'eût pas fait, si elle eût ainsi achevé d'écrire sa propre condamnation, tombé devant elle, le pays l'eût relevé, plus populaire que jamais.

Mais ce sont des rêves, sans doute, qu'étouffait à l'avance la discorde d'un ministère où, déjà, la trahison s'était installée. D'autres résolutions ont prévalu. Je sais du moins que M. Poincaré a lutté jusqu'au bout pour ne pas rompre la solidarité qui l'unissait au ministre abandonné.

La dure condition qu'il a subie ne servira pas les calculs de ceux qui l'ont imposée. Il fau-

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dra bien, à la fin, que le pays dicte sa loi à ses représentants en révolte contre lui.

C'est la leçon que lui donne l'événement d'hier. Puisse-t-elle être comprise de celui qui, demain, recevra la lourde charge du pouvoir suprême ! Pour lui-même, comme pour la France, sonne plus que jamais l'heure décisive.

L'ÉLECTION DE M. POINGARÉ '

Jamais, depuis quarante ans, la première magistrature de la République ne fut décernée dans des circonstances aussi graves pour la France. Ma situation politque ne me donne, pour ofïrir des conseils à M. Poincaré, aucune autorité. Mais je sais ce qu'attendent de lui une foule de bons Français, avec qui, par l'échange des idées et des sentiments, je vis, depuis longtemps, en contact intime et constant, et j'ai le droit, j'ai le devoir de le lui dire ouvertement.

Ceux dont j'essaye d'exprimer les pensées profondes, n'ont au cœur qu'une passion, vio lente et impérieuse, l'amour de la patrie, et

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cette passion est assez puissante pour les conduire à tous les sacrifices, hormis ceux dont souffrirait l'objet même de leur culte. C'est la garantie de leur désintéressement, par la même de leur loyauté.

Or, une angoisse étreint leurs âmes, qui grandit de jour en jour, qu'un récent et douloureux événement vient encore d'accroître. La patrie est en danger I Ils sentent monter autour d'eux, comme un appel, ce cri dramatique, évocateur d'héroïsme.

L'Europe toute entière, incertaine et troublée, s'apprête pour une guerre inévitable, dont l'heure lui est cachée, dont la cause immédiate lui demeure encore ignorée, mais qui s'avance vers elle, avec l'implacable sûreté du destin, tandis qu'à tâtons elle cherche à l'éviter. Ainsi, en 1869, Prévost-Paradol annonçait la rencontre de la France et de la Prusse, lancées face à face, comme des locomotives sur la même voie. Les gouvernements peuvent essayer d'aiguiller ou de serrer les freins. La guerre ne dépend pas d'eux. Elle vient de la force des choses, de cet «impondérable )) que Bismarck discernait au fond de l'histoire. Et cela est bien autrement terrible,

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bien autrement irrésistible que la volonté des hommes.

De cette guerre, la France est l'enjeu nécessaire. Il ne sert à rien de répéter qu'elle ne veut pas en courir le risque. Ce sont des propos enfantins. Le jour où, dans l'Orient, se heurteront les empires, l'Occident frémira tout entier. L'Allemagne, engagée dans le choc formidable, sommera la France de donner, par le désarmement de sa frontière, le gage de sa neutralité. Ce sera, pour sa sécurité, son premier devoir. Il n'est pas un Français, pas un, même parmi les socialistes, dont le sang, alors, ne bondisse dans ses veines. L'Allemagne le sait, et c'est pourquoi, déjà, elle se prépare par l'appel dissimulé de ses réserves. Mais, si redoutable que soit un tel péril, là n'est pas le danger.

Le danger de la patrie, il vient de passer sur nous comme un frisson mortel. C'est, à cette heure formidable, le retour offensif des hommes qui pendant quinze ans, ont émasculé la nation, détruit son énergie morale, anéanti sa force matérielle, et qui, par une manœuvre criminelle, en face du pays indigné, de l'armée consternée,

du monde stupéfait, arrachaient hier de son poste le ministre, dont le nom apparaissait au pays comme sa sauvegarde ; des hommes qui, enfermés dans l'étroite prison de leurs passions sectaires, insensibles à l'aspiration de tous les cœurs patriotes vers la concorde et l'union, s'acharnent à perpétuer les divisions et les haines, par les lois d'un parlement discrédité et les mœurs d'une administration asservie.

Le danger, de la patrie, c'est la rentrée de ces hommes dans le gouvernement. C'est pourquoi, au moment oii les représentants du peuple, contraints, malgré les intrigues, d'obéir à la volonté puissante, qui montait comme une vague des profondeurs de l'opinion, viennent d'investir du pouvoir suprême M. Raymond Poincaré, les bons Français, pour qui je parle, se tournent vers lui, émus d'inquiétude et d'espoir.

c( A la place otj vous êtes, monsieur le président, vous n'êtes plus l'homme d'un parti. Vous n'êtes même pas, comme on a coutume de le dire, l'arbitre des partis. Vous êtes bien plus, et quelque chose de bien plus haut. Vous êtes le chef de l'Etat français, le représentant de cette

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grande et antique nation qui, sous des noms divers, a tenu, dans le monde, une place dont elle n'a pu, un jour, être précipitée, sans que l'Europe entière en fût ébranlée dans tout son être. C'est à elle seule qu'il vous faudra désormais penser. Quand vous recevrez les chefs d'empires, quand, au delà des frontières, vous irez visiter les rois et les peuples, ce n'est pas un parti qui vous fera escorte, c'est la France. Quand, au bruit du chant national, passant devant le front des troupes alignées sous les armes, vous verrez les drapeaux s'incliner et les épées s'abaisser, ce n'est pas un homme politique qu'ils salueront, c'est le représentant de la France.

)) Chargé de ce fardeau, pesant et glorieux, conscient de la redoutable responsabilité qu'il jette sur vos épaules, allez-vous, par une fausse conception de votre haute fonction, abdiquer ses prérogatives devant les prétentions d'une oligarchie tyrannique.^ Allez-vous abandonner la nation aux hommes qui l'ont mise, il y a si peu d années, au bord de l'abîme, confier sa diplomatie à ceux qui voudraient, par des rapprochements impies, abolir les deuils et les espé-

rances, ou, par des abaissements coupables, acheter la triste satisfaction d'un repos humilié? Allez-vous livrer son armée et sa flotte à ceux dont une funeste expérience a fait maudire la mémoire, et qui les laisseraient devant l'ennemi, désorganisés par le virus politique dont périrent hier les soldats de la malheureuse Turquie ? Allez -vous, enfin, permettre que, sous la vaine apparence d'un apaisement verbal, la discorde et la persécution continuent de troubler le pays, d'inquiéter les consciences et de troubler les âmes croyantes?

)) Vous avez le pouvoir d'orienter la vie nationale. La Constitution vous le donne. C'est vous qui choisirez l'homme chargé de gouverner en votre nom. C'est vous qui pourrez, dans le conseil, exercer sur les délibérations une influence décisive, par l'ascendant du caractère et la clairvoyance d'un jugement, affranchi du souci des luttes quotidiennes. Appelé à promulguer les lois, vous pourrez en exiger une discussion nouvelle et les soustraire ainsi à l'entraînement des passions. Par-dessus tout, responsable devant l'histoire du nom de la France, dont il vous appartient désormais d'écrire la signature sur

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les traités qui engagent son honneur et oui lient son destin, vous serez l'inspirateur nécessaire de sa politique extérieure et le gardien naturel de sa puissance militaire, qui, seule, peut la rendre efficace. Laisserez-vous au hasard des conflits personnels ou des fluctuations de parti, le choix des hommes qui dirigeront la défense et la diplomatie de la nation ? A ous ne le pouvez pas ».

Ainsi parlent les hons Français, j'ose le dire, sans crainte d'être désavoué. Ah ! sans doute, celui qui signe ces lignes ne peul pas l'ignorer, heaucoup gardent au fond du cœur, songeant aux destinées que Ihistoire a faites à leur pays, des regrets inconsolés. Mais s'ils ont rê\é pour lui d'autres conditions de sa grandeur, c'est cette grandeur qu'avant tout ils veulent passionnément, à l'exemple de leur grand Berryer, qui, servant l'héritier, travaillait d'abord à sauver l'héritage. Laissez-moi a^ous redire ce qu'il y a déjà plus d'un quart de siècle je disais à un de vos devanciers. A otre honneur, votre gloire serait de donner à ce pays tant de prospérité à l'intérieur et tant de prestige à l'extérieur, que le patriotisme séduit se courbât

devant votre œuvre, et que la défaite des opinions trouvât sa consolation dans la grandeur de la patrie. Sans doute aussi, beaucoup parmi ces bons Français, et je m'honore de compter dans leurs rangs, immuablement attachés à d'immortelles croyances, convaincus que, sous tous les régimes, la France doit rester lidèle à sa vocation catholique, restent fermement résolus à d'imprescriptibles revendications. Mais, j'ai le droit de le dire, dans cette lutte où les réduisent d'injustes attaques, ils gardent les yeux sans cesse fixés sur le drapeau, prêts à courir à lui, dès qu'il est menacé, comme, sur le plateau du Mans, les volontaires de l'Ouest se serraient à son appel héroïque, derrière Gougeard, le soldat républicain.

C'est hier que les survivants du dernier combat rendaient hommage à leur chef d'un jour en rappelant ce souvenir illustre. Aucune image ne convient mieux à la solennité de l'heure présente.

Le draneau est menacé. Nul n'en doute. La France est debout, prête au sacrifice, non pas résignée à l'immolation. Elle veut que, demain, quand sonnera l'heure, son armée soit puissante,

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non seulement par ses armes, par son labeur et par sa force technique, mais par sa discipline, par sa confiance envers ses chefs et par sa force morale. Elle veut, derrière ses étendards, voir tous ses fds unis dans une même pensée, rassemblés dans un seul amour, et que, dès aujourd'hui, pour former cet infrangible faisceau, l'abolition des haines fratricides rapproche leurs cœurs et joigne leurs mains.

Elle veut vivre enfin, elle le veut avec une intense et grandissante ardeur. Et c'est pour vivre que, d'un mouvement instinctif, sans hésitation et sans brigue, elle a désigné le président de la République, choisissant l'homme que, depuis un an, à travers toutes les déceptions, toutes les faiblesses d'un gouvernement intérieur encore dominé par l'esprit sectaire, elle a vu servir dignement son intérêt national, grandir son prestige et fortifier son autorité. Sa voix a plus fait pour M, Raymond Poincaré que nos bulletins de vote. Il faut qu'il l'entende et qu'il lui réponde.

LE COUP D'ÉTAT DES JEUXES-TURGS '

Si le coup de théâtre de Cuiistantinople a jeté quelque trouble parmi les représentants des puissances, assemblés à Londres, je pense qu'il ne les a, du moins, pas trop surpris. Nul d'entre eux, j'imagine, n'a pu se flatler, avec quelque confiance, que l'empire ottoman, théâtre séculaire des conflits historiques, allait disparaître de la carte européenne sans que de violents soubresauts vinssent secouer sa lamentable agonie. L'agitation croissante des hommes de parti, qui cherchaient, avec une singuHère audace, une revanche politique dans le désastre national, n'était, depuis longtemps, un mystère pour per-

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sonne. Je crains que l'Europe, par son intervention directe, ne leur ait rendu la tâche trop facile.

La Turquie, en effet, se trouvait, par la note collective, réduite à une affreuse extrémité. Sans doute elle est vaincue. Mais ses soldats ont vaillamment combattu. Andrinople, la ville sainte, résiste avec une stoïque énergie. Derrière les lignes de Tcliataldja, l'armée fait belle contenance. L'heure était venue, pourtant, malgré cette force apparente, de consentir à la plus douloureuse des capitulations. L'Europe l'exigeait, le patriotisme le conseillait, la nécessité l'ordonnait. L'arrêt, il faut l'avouer, était cruel. Pouvait-on croire qu'il serait subi sans révolte?

Je ne dis pas que, par là. le coup d'Etat se trouve justifié. Rien, à mes yeux, ne justifie les révolutions accomplies devant l'ennemi : et celleci, par les meurtres qui l'ont déshonorée, apparaît d'autant plus odieuse. Mais les circonstances en font comprendre l'étonnante facilité. De fait, elle n'a rencontré que des complices, résignés ou satisfaits. Ces hommes, condamnés à mutiler leur patrie, pour essayer d'en sauver les débris, ont, sans protester, courbés par la fatalité, accepté leur destin.

Le sultan lui-même abandonna, dit-on. près-

que avec soulagement, les victimes expiatoires de la défaite. Ce fut un spéciale pitoyable et sans grandeur.

Ainsi, la brutale complication, survenue dans l'état du malade, est une manifestation nouvelle de la décomposition qui, depuis si longtemps, détruit ses organes. Les médecins, assis a son chevet, ne l'avaient-ils pas prévue?

En tout cas, la leçon doit les avertir. J'ai plus d'une fois, au cours de ces articles, marqué quelque inquiétude au sujet des interventions collectives, derrière lesquelles les puissances européennes aiment à dissimuler leurs inévitables désaccords. La même appréhension, avec plus de force encore, s'éveille dans mon esprit, au lendemain de la révolution de Constantinople.

Je disais, il y a un moment, qu'elle n'avait dû surprendre que médiocrement les cabinets européens. Peut-être en est-il qu'elle n'a pas surpris du tout. C'est un terrain sur lequel je ne m'avance qu'à pas comptés, car il est enveloppé d'une mystérieuse obscurité. Les historiens de l'avenir auront, sans doute, quelque peine à y trouver leur chemin.

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