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LA CURÉE PARLEME^TAIRE ET LE PÉRIL EXTÉRIEUR

La Chambre, dans sa dernière séance, a continué d'élargir le fossé, chaque jour plus profond, qui la sépare de la nation. Ce fut un spectacle atrocement humiliant et douloureux. Il faut que le pays y assiste, qu'il comprenne et juge.

Quand je suis arrivé, la salle était comble, comme s'il se fût agi du destin même de la patrie. Les tribunes regorgeaient de ce public, frivole et curieux, qui vient là, lorsqu'une grande séance est annoncée, comme il court au Grand-Guignol. On attendait, on espérait une

1 3 février 1910.

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de ces scènes odieuses dont l'Affaire, tout à coup réveillée, évoque le tragique souvenir.

A peine étais-je assis, qu'une vision, avec une obsédante précision, s'empara de mon esprit. Le matin, j'avais lu le livre, si fortement étudié, que viennent de publier, sur Les Jeunes Gens d'aujourd'hui, deux d'entre eux, réunis sous le nom d'Agathon. J'avais dévoré ces pages pleines de vie, où palpite l'âme de toute une génération, et j'arrivais, plein du généreux frémissement qu'elles avaient répandu dans mes veines.

c( Puisse notre enquête, disent-elles, encourager cette jeunesse, par delà les disputes individuelles, à réaliser, dans l'union joyeuse de ses forces, notre idéal commun, qui n'est rien de moins que le vœu d'un Français nouveau, d'une France nouvelle. »

Ah! comme il avait, en moi, retenti au plus profond, cet appel émouvant, et comme le devoir m'était apparu, clair et rayonnant, pour nous, les survivants des luttes stériles, de répondre, par tout l'élan de nos vieux cœurs, à la belle confiance de cette jeunesse renouvelée, de lui répondre, comme elle le veut, par c( l'union des forces » dans « l'idéal commun ».

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Un député était à la tribune, pareil à un fantôme. Devant lui, d'autres fantômes, le visage figé dans une inquiétante immobilité, semblaient l'écouter. Des mots vides, des noms oubliés traversaient l'air pesant, retombaient comme des fusées éteintes.

Alors, je crus, près de moi, voir un des compagnons à'Agathon, un de ces jeunes hommes qu'il interrogeait hier, qui vont être, qui sont déjà l'élite intellectuelle du pays, celle qui, demain, ce dans la politique, l'armée, les lettres, l'industrie, l'administration)), dirigera ses destinées.

Je le connais, chaque jour je le rencontre. Il a vingt-cinq ans. C'était, au temps de l'Affaire, un enfant de neuf ans. Vaguement, il se souvient d'en avoir, autour de lui, entendu le fracas. Il a grandi. Au bord de sa route, il a vu passer les hommes dont le heurt terrible avait effrayé ses premiers pas, les uns montant allègrement au faîte des honneurs, les autres traînant durement le fardeau d'une vie brisée.

On avait montré à son enfance les grandes images de la justice et de la vérité, et, dans cette rencontre cruelle des vainqueurs gorgés et

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des vaincus piétines, il les cherchait en vain. 11 grandit encore, et le chemin de son adolescence fut jonché des débris immenses oli le doigt des siècles avait écrit l'histoire chrétienne de la nation. La justice et la vérité n'étaient pas assises sur ces ruines.

Ainsi, peu à peu, s'éveillaient dans sa pensée, avec le mépris des parvenus de la discorde, la haine des combats fratricides et la volonté d'en affranchir sa vie naissante.

Puis, tandis qu'il devenait un homme, une fièvre inconnue tout à coup s'allumait dans son sang. La patrie le regardait, montrant son liane déchiré, et, soudain, du choc de ses yeux, il connut qu'il l'aimait, qu'il croyait en elle, et que, de cette foi et de cet amour, naissait en lui une immense aspiration vers un autre et plus

glorieux avenir.

Ce jeune homme était près de moi. 11 contemplait les représentants du pays. Le député fantôme avait disparu, et le lugubre bruit des noms funestes avait cessé. Un autre était à sa place, bien vivant celui-ci, et maître de son verbe. Depuis un an, courbé sur sa tâche, insensible aux clameurs, il préparait, inlassable,

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