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PATRIOTISME BALKANIQUE

Dans les très fermes et très nettes déclarations que M. Daneff, chef des plénipotentiaires bulgares, a faites au Temps, en passant à Paris mardi dernier, il a dit un mot, extrêmement frappant : « Nous espérons préparer la naissance d'un patriotisme nouveau, qui sera le patriotisme balkanique. » L'idée est belle et la parole est heureuse. Elle exprime à la fois une féconde pensée d'avenir, et, dans le présent, une évolution décisive de la politique orientale.

Je souhaite qu'elle soit entendue à Bucarest. Sans parler du péril général qui peut en sortir, il n'y a rien de plus pénible pour des cœurs

1 7 février 191 3.

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français que le conflit menaçant entre la Bulgarie et la Roumanie. Je n'ai pas besoin de redire ici quelles raisons puissantes ont, dès l'ouverture de la crise balkanique, déterminé les ardentes sympathies que j'ai témoignées au peuple et à l'armée bulgares. Ces cinq mois qui virent, au bruit de leurs victoires, s'écrouler les fondements donnés par le prince de Bismarck à la paix germanique, ont formé entre la France et les heureux artisans de cette grande transformation historique, des liens étroits et durables.

Mais qui pourrait, chez nous, oublier les vieilles traditions de l'amitié roumaine? Dans un de ces beaux livres qui, depuis quelques années, ont jeté tant de lumière sur les questions orientales, et qui sont, dans les événements actuels, des informateurs et des guides infiniment précieux, M. René Pinon écrivait : «C'est un des plus étranges phénomènes de l'histoire de l'Europe que cette survivance d'un noyau de peuple latin sur le Bas-Danube et dans les Carpathes. ))

Ainsi s'explique l'affinité naturelle qui porte la jeunesse roumaine vers nos écoles et notre culture, et cette intelligence singulière de notre langue, de notre littérature et de notre génie, qui, chez ces descendants des colons de Trajan, nous étonne et nous séduit. Sympathie du cœur,

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non moins que de l'esprit ! Car nul parmi nous ne peut ignorer qu'en 1870, à la nouvelle de nos désastres, elle s'affirma par de publiques et audacieuses m.anifestations.

Cependant, malgré tant de liens formés par le sentiment, la Roumanie, longtemps, a cherché, dans la politique allemande son conseil et son appui. Je ne pense pas que la fidélité envers la Maison de HohenzoUern ait été, pour le roi Carol, la seule raison de cette attitude. Ce prince, sage et respecté, dévoué aux intérêts de son peuple, a cru que son devoir était de réagir contre l'instinct a qui portait ses sujets vers les nations latines, pour chercher leur salut dans l'accord avec la plus forte des puissances continentales ». Ce sont presque les termes exacts d'une des notes, rédigées d'après les lettres et le journal du roi, que M. Jehan de AA itte a citées clans son histoire des premières années de la Roumanie.

11 est permis de se demander, après cette longue expérience, ce que les Roumains ont gagné à la politique allemande. Ils ont échangé la riche Bessarabie, peuplée de i,3oo,ooo de leurs frères, contre la pauvre Dobroudja, que

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