LA MENACE ALLEMANDE ET NOTRE DÉFENSE NATIONALE
Tout le monde veut la paix. C'est entendu. Seulement, il y a la manière. Celle de l'empereur Guillaume est remarquable, entre toutes. Hier, il inaugurait, à Kœnigsberg, par un discours sensationnel, le monument du comte d'Aorck. Ce général, chacun le sait, mais il convient de le noter, pour montrer tout le prix de F à-propos, commandait, en 1812, un corps prussien, sous les ordi^es du maréchal Macdonald. Chargé, pendant la retraite fatale, d'arrêter la marche de l'armée russe, il se laissa envelopper par elle, ce séparant, sui^^ant l'expression
^ 12 Février 1918.
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de l'impérial orateur, le corps qu'il commandait des destins de la Grande Armée », et il conclut, le 3o décembre, à Tauroggen, avec le général Diebitch, une convention de neutralité qui fut le signal de l'universelle défection. Ainsi, dit encore l'empereur, fut arrêté « l'élan victorieux du téméraire Corse ». Et voici l'à-propos : a Le temps nous ramené, cette année, à ce chiffre
Oh! ne craignez rien! c'est la paix de 191 3 que Guillaume II entend opposer à la guerre de i8i3. Qui peut le soupçonner d'autres pensées? Seulement, si, que Dieu l'en garde! le roi de Prusse était « contraint » à la guerre, la Prusse orientale, d'oii partit, il y a cent ans, sous l'impulsion de Scharnhorst et du comte de Dohna, le grand mouvement qui souleva toute l'Allemagne contre la France, retrouverait encore sa glorieuse énergie.
Le soir, au banquet, la parole impériale s'exalte encore à l'éveil des grands souvenirs. Grâce à sa force militaire, l'Allemagne jouit en paix de sa puissance, mais l'empereur le déclare aussitôt : « Il apparaît comme nécessaire d'ajouter des contreforts a ce grand ouvrage, et le peuple allemand sera prêt à s'imposer avec joie de nouveaux sacrifices personnels. »
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Voilà comme on aime la paix à Berlin! Et n'allez pas croire que je m'en plaigne, ni m'en scandalise ! Ce souverain fait son devoir, il le fait noblement, en chef d'Etat pénétré du sentiment de sa haute mission, et son exemple achève de m'émouvoir, quand il ajoute à ces paroles viriles un appel au secours divin, que je voudrais entendre en d'autres bouches.
Ce que j'aime dans ce discours de Guillaume II, ce pourquoi je l'honore, c'est que, s'il veut la paix, il veut surtout être prêt à la guerre, pour le cas oïj il serait ce contraint » à la faire. On est toujours contraint, à l'heure opportune : le secret de la dépêche d'Ems n'est pas perdu. L'empereur s'en souvenait peut-être, quand, le lendemain de Kœnigsberg, devant les étudiants de Berlin, il fit acclamer le nom de Bismarck.
L'histoire recommence. En 1869, ^® ^'^^ Guillaume, inaugurant la session du Parlement allemand, disait : ce Mon peuple peut, en toute confiance, croire à la durée de la paix. » En France, c'était une idylle. « Rien ne menace la paix de l'Europe, » avait dit à Troyes Napoléon III, à l'heure où s'éteignait le rayonnement lumineux de l'Exposition.
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Parloul, clans les deux pays, c'était comme un concours de paroles pacifiques, et le contraste était si grand, des mots et des faits, qu'au Parlement italien le général Menabrea disait : ce J'espère la paix, mais, vraiment, on l'affirme trop et j'y croirais davantage si on en parlait moins. »
Que dirait-il aujourd'hui, où tous les discours pacifiques sont ponctués par les coups du canon d'Orient, et scandés par la marche des régiments autrichiens vers la frontière serbe?
Quelques-uns, qui veulent bien s'intéresser a mes articles, s'étonnent et s'alarment d'y trouver, comme une obsession, l'idée de la guerre menaçante. Mais qu'ils me permettent de m'étonner à mon tour, et de m' alarmer de leur surprise. Qu'est-ce donc qui me rassurerait?
Les dispositions intimes de l'empereur allemand? Ce n'est pas mon affaire de sonder les cœurs impériaux. Je ne connais, je ne juge que les faits. Et les faits, pour ne citer que les plus récents, c'est le coup de Tanger et la démission forcée de M. Delcassé; c'est le coup d'Agadir et la négociation de 191 1; c'est, hier, l'évocation de l'année i3^ réplique de hautaine ironie à la réserve excessive que la France observa devant les grands anniversaires d'Iéna et d' Auerstœdt ; c'est encore, c'est surtout la loi militaire de 1912^
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qui porte à 706.000 liommes refTeclif de larmce allemande, el la loi nouvelle qui, demain, va Taugmenler encore. « le contrefort du grand ouvrage », dont Guillaume II vient d'annoncer à Kœnigsberg la création nécessaire.
Voilà les faits. Je ne sais, je ne dois rien savoir de plus. Le reste, les secrètes pensées des souverains, leurs répugnances, leurs hésitations, je ne m'en occupe pas. Ce ne sont pas eux qui mènent les événements, ce sont les événements qui les mènent.
Hier, le Lokal Anzelger écrivait : ce Tout l'art diplomatique ne réussira pas à empêcher l'éclatement d'une guerre mondiale, qui sera une lutte au couteau, pour défendre la grandeur de r Allemagne », et M. Bassermann^ qui venait d'entendre à la commission du Reichstag les déclarations de M. de Jagow, disait, en en sortant, à ses amis du parti national-libéral : ce La situation internationale est telle qu'elle nécessite, de notre part, un puissant eifort militaire, un effort tel qu'il restera unique dans l'histoire du monde. »
Il faut, des deux côtés du détroit, retenir et méditer cette parole. Elle éclaire le discours de
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Kœnigsberg. Comment douter, maintenant, qu'en avouant l'impossibilité, pour l'Allemagne, de soutenir contre l'Angleterre la concurrence de l'armement naval, le ministre de la Marine ait voulu surtout montrer à l'opinion publique la nécessité du grand eiïbrt militaire préparé contre la France, dans l'éventualité d'un concours redouté.
J'espère que le Gouvernement français se rend un compte exact de cette situation. Je voudrais m'en sentir assuré. J'ai appris avec joie qu'une conférence ministérielle avait eu lieu au quai d'Orsay, pour étudier le programme militaire, et préparer, en vue d'y faire face, une demande de crédits extraordinaires. C'est k merveille. Mais, dans les projets énumérés, je n'ai rien vu qui eût trait à la durée du service, et c'est pourtant la grande question, celle qui domine toutes les autres. Les obusiers, les camps d'instruction, c'est parfait; mais les hommes, les aurons-nous?
Il y a une réforme urgente toute prête, qui peut être votée en deux séances : c'est le rétablissement du service de trois ans pour la cavalerie. Là-dessus personne n'hésite, parmi ceux